{"id":4199,"date":"2022-02-23T05:29:22","date_gmt":"2022-02-23T05:29:22","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4199"},"modified":"2023-06-01T15:06:49","modified_gmt":"2023-06-01T15:06:49","slug":"un-episode-peu-connu-des-guerres-dites-de-religion-dans-la-drome","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4199","title":{"rendered":"Un \u00e9pisode peu connu des guerres dites de \u00ab\u00a0religion\u00a0\u00bbdans la Dr\u00f4me"},"content":{"rendered":"\n<p><br><br><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-text-color\" id=\"unepisodepeuconnudesguerresditesdereligiondansladrome\" style=\"color:#1307e3\"><strong>UN EPISODE PEU CONNU DES GUERRES DITES DE &nbsp;\u00bb RELIGION&nbsp;\u00bb DANS LA DROME<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><strong>\u00a0\u00a0\u00ab\u00a0Les d\u00e9fenseurs de la cause commune\u00a0\u00bb<br>et \u00a0 \u00ab\u00a0La guerre des paysans\u00a0\u00bb\u00a0<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br><em><strong>Extrait du bulletin N\u00b0 15 de f\u00e9vrier 1968 de l\u2019Association Universitaire d\u2019Etudes Dr\u00f4moises<\/strong><\/em><br><br><\/p>\n\n\n\n<p>I<strong> \u2013 <a href=\"#lesracinesdesmouvementspopulaires\">Les racines des mouvements populaires<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>I<strong>I \u2013&nbsp;\u00a0\u00bb <a href=\"#lesdefenseursdelacausecommune\">Les d\u00e9fenseurs de la cause commune<\/a>&nbsp;\u00a0\u00bb et &nbsp;\u00bb la guerre des paysans&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br><br><br><br>\u00ab&nbsp;<em> L\u2019histoire des guerres de religion en Dauphin\u00e9 n\u2019est pas encore fait, \u00e9crivait en 1885 l\u2019\u00e9rudit Brun-Durand,\u2026 l\u2019on est de plus en plus surpris de voir combien l\u2019histoire qui est \u00e9crite dans les papiers du temps et que l\u2019on peut appeler l\u2019histoire v\u00e9cue, diff\u00e8re de celle qui est \u00e9crite dans les livres \u2026 Abstraction faite de quelques r\u00e9cents et remarquables travaux sur l\u2019histoire locale, les historiens de cette province et de cette \u00e9poque ne nous disent presque rien des mis\u00e8res, des souffrances et des efforts des classes roturi\u00e8res \u00e0 cette \u00e9poque tourment\u00e9e \u2026 ils oublient ou peu s\u2019en faut le peuple, \u00ab&nbsp;ceux qui ne bougent de leurs maisons et qui paient les frais&nbsp;\u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>(Brun-Durand, Pr\u00e9face aux M\u00e9moires d\u2019E. Pi\u00e9mond, p I-XXX).<\/p>\n\n\n\n<p><br>Ces appr\u00e9ciations restent toujours valables. Certes Brun-Durand, Lacroix, Roman, ont publi\u00e9 de nombreux documents, mais il reste \u00e0 en faire la critique et \u00e0 les mettre en \u0153uvre dans une \u00e9tude d\u2019ensemble; beaucoup d\u2019autres textes sont encore \u00e0 exhumer des archives municipales, comme le montre, pour Vienne, les recherches du chanoine Cavard, et pour Romans, l\u2019\u00e9tude de Thom\u00e9 de Maisonneuve.<br><br>Cette esquisse vise seulement \u00e0 donner une id\u00e9e forc\u00e9ment sch\u00e9matique sur l\u2019ampleur, les caract\u00e8res et l\u2019importance ds grands mouvements populaires qui, dans nos campagnes et nos villes, ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 les r\u00e9voltes, beaucoup mieux connues, des \u00ab&nbsp;Gautiers&nbsp;\u00bb de Normandie, des \u00ab&nbsp;Croquants&nbsp;\u00bb du P\u00e9rigord.<br><br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p id=\"lesracinesdesmouvementspopulaires\">I<strong> \u2013 Les racines des mouvements populaires<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"lesracinesdesmouvementspopulaires\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br><em><strong><u>\u2013 Si la R\u00e9forme a d\u2019abord ralli\u00e9, dans nos r\u00e9gions, de larges masses populaires, c\u2019est avant tout en raison de son caract\u00e8re antif\u00e9odal et \u00e9galitaire.<\/u><\/strong><\/em><br><br>Les villes paraissent avoir \u00e9t\u00e9 conquises presque unanimement. On a soulign\u00e9, \u00e0 Valence, le r\u00f4le des <strong><a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4240\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">professeurs<\/a><\/strong> et \u00e9tudiants de <a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4238\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\"><strong>l\u2019Universit\u00e9<\/strong>,<\/a> le ralliement de \u00ab&nbsp;gentilshommes arm\u00e9s&nbsp;\u00bb. Mais, quel est pour l\u2019essentiel, la composition ds grandes assembl\u00e9es que tiennent les R\u00e9form\u00e9s? On y trouve des marchands dont certains, \u00e0 Valence, \u00e0 Romans, \u00e9taient en relations d\u2019affaires avec Gen\u00e8ve, capitale de Calvin. Il y a les artisans, les boutiquiers, mais aussi la masse des \u00ab&nbsp;petites gens&nbsp;\u00bb, et c\u2019est ce qui suscite la m\u00e9fiance des autorit\u00e9s, des notables. A Valence, par exemple, en 1560, selon le registre consulaire, \u00e0 la suite \u00ab&nbsp;<em> de conventicules et assembl\u00e9es illicites, le Conseil de Ville prie et exhorte les sires Zappelon, Mervilloux et autres, fabricants de draps, de donner cong\u00e9 \u00e0 leurs cardaires (ouvriers) pour quelque temps et pour y aider d\u2019y employer MM. de Roux et aussi de prier M le juge de faire r\u00e9p\u00e9ter ses proclamations , et donner ordre de faire sortir les vagabonds hors de la ville, et pour \u00f4ter le moyen \u00e0 une infinit\u00e9 de gens \u00e9trangers qui se viennent retirer en, cette ville de faire fermer toutes les portes\u2026 sauf les portes Sauni\u00e8re et Tourd\u00e9on <\/em>&nbsp;\u00bb . (6 mars 1560).Ces m\u00eames pr\u00e9cautions \u00e9taient prises lorsque les autorit\u00e9s craignaient une \u00e9motion populaire. Les Cordeliers de Romans, pour leur part, se plaignent, en 1561, d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 menac\u00e9s d\u2019expulsion par des s\u00e9ditieux de \u00ab&nbsp;bonne condition&nbsp;\u00bb appartenant \u00e0 \u00ab&nbsp;la nouvelle religion&nbsp;\u00bb.<br><br>Ces gens ne se sont pas ralli\u00e9s \u00e0 la R\u00e9forme seulement pour les raisons religieuses, bien connues. Il se trouvaient qu\u2019\u00e0 Valence, Die, Saint Paul Trois Ch\u00e2teaux, les \u00e9v\u00eaques exer\u00e7aient le pouvoir f\u00e9odal; qu\u2019\u00e0 Romans, les chanoines de Saint Barnard jouaient le m\u00eame r\u00f4le. C\u2019est en tant que f\u00e9odaux, depuis des si\u00e8cles, ils \u00e9taient en conflit avec leurs vassaux. Long le reconna\u00eet dans l\u2019ouvrage souvent bien tendancieux qu\u2019il a publi\u00e9 \u00ab&nbsp;<em>La R\u00e9forme et les guerres de religion en Dauphin\u00e9<\/em>\u00ab&nbsp;; il y \u00e9crit \u00e0 propos de Die: \u00ab&nbsp;l<em>es habitants ont embrass\u00e9 la r\u00e9forme avec empressement pour briser le joug de leurs \u00e9v\u00eaques<\/em>\u00ab&nbsp;.<br><br>Il est plus difficile de mesurer l\u2019expansion de la R\u00e9forme dans les campagnes; Monsieur le doyen D. Faucher, dans son \u00e9tude sur le pays de Quint, note que l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la R\u00e9forme fut particuli\u00e8rement g\u00e9n\u00e9rale et enthousiaste, la m\u00eame o\u00f9 l\u2019oppression f\u00e9odale de l\u2019Eglise \u00e9tait le plus sensible. Dans ce pays de Quint, o\u00f9 les Chartreux de Bouvante poss\u00e9daient les for\u00eats, se partageaient les p\u00e2turages avec les Cisterciens de L\u00e9oncel, o\u00f9 le prieure de la Commanderie de Sainte Croix percevaient les d\u00eemes, comment les paysans n\u2019auraient-ils pas avec empressement adopt\u00e9 la religion nouvelle, qui pr\u00eachait le retour de l\u2019Eglise \u00e0 la simplicit\u00e9 primitive par l\u2019abandon de ses richesses ? N\u2019en fut-il pas de m\u00eame dans de nombreux villages, comme \u00e0 la Baume Cornillane, o\u00f9, d\u2019apr\u00e8s le cur\u00e9 de Beaufort, &nbsp;\u00bb <em>il n\u2019y en a pas un qui veuille assister \u00e0 la messe<\/em>\u00ab&nbsp;, tous les habitants \u00e9tant de \u00ab&nbsp;la religion pr\u00e9tendue r\u00e9form\u00e9e&nbsp;\u00bb ?<br><br>Mais passer de la lutte contre l\u2019oppression f\u00e9odale de l\u2019Eglise \u00e0 une lutte plus g\u00e9n\u00e9rale contre les cens seigneuriaux, contre toute forme de f\u00e9odalit\u00e9, contre tous les seigneurs: il n\u2019y avait l\u00e0 qu\u2019un pas relativement facile \u00e0 franchir; pour les f\u00e9odaux le pouvoir il \u00e9tait dangereux de l\u2019encourager.<br><br><br><em><strong><u>\u2013 En prenant la direction du mouvement, les armes \u00e0 la main, la noblesse \u00e9vitait ce danger, d\u00e9pouillait la R\u00e9forme de son caract\u00e8re antif\u00e9odal, et en m\u00eame temps pouvait esp\u00e9rer satisfaire ses app\u00e9tits et ses ambitions politiques.<\/u><\/strong><\/em><br><br><br>L\u2019adh\u00e9sion \u00e0 la R\u00e9forme, vers 1560, d\u2019une grande partie de la noblesse dauphinoise imprima une nouvelle orientation \u00e0 ce qui devint \u00ab&nbsp;le parti des huguenots&nbsp;\u00bb, comme disaient les catholiques, en changea le caract\u00e8re, modifia le cours des \u00e9v\u00e9nements.<br><br>A Valence, pour ne prendre que cet exemple, les nobles, de suite, introduisent les m\u0153urs militaires de l\u2019 \u00e9poque. Sans tenir compte de l\u2019avis du consistoire de la jeune communaut\u00e9, ils s\u2019emparent \u00e0 main arm\u00e9e de l\u2019\u00e9glise et du monast\u00e8re des Cordeliers. Selon le pasteur Arnaud, &nbsp;\u00bb plusieurs personnes de marque, entre autre Claude de Mirabel et Jean de Quintel \u2026 Fran\u00e7ois de Saillans, Fran\u00e7ois Giraud, Fran\u00e7ois Marquet, procureur, et bon nombre d\u2019autres s\u2019\u00e9tablissent en armes dans le clo\u00eetre attenant au temple\u2026 \u00ab&nbsp;. Par ailleurs la tradition veut que ce soit un de ces gentilshommes, Jean de Vesc, qui ait poignard\u00e9 de sa main le lieutenant g\u00e9n\u00e9ral la Motte-Gondrin.<br><br>En 1562, sous la direction du baron des Adrets les barons huguenots et leurs bandes de guerre remport\u00e8rent de foudroyants succ\u00e8s. Mais la noblesse huguenote, victorieuse dans notre province, ne tarda pas \u00e0 d\u00e9masquer ses v\u00e9ritables intentions. Les r\u00e9solutions adopt\u00e9es sous son contr\u00f4le, par l\u2019assembl\u00e9e des huguenots du Dauphin\u00e9, en 1562, \u00e0 Mont\u00e9limar, sous le pr\u00e9texte de \u00ab&nbsp;r\u00e9gler et policer le pr\u00e9sent pa\u00efs&nbsp;\u00bb, ne laissant aucun doute, \u00e0 cet \u00e9gard: \u00ab&nbsp;Tous libertins et anabaptistes qui pr\u00e9tendent secouer la servitude qu\u2019ils doivent \u00e0 leur seigneur sous pr\u00e9texte de l\u2019Evangile, veulent affranchir tant le vassal de son seigneur, que les feudataires \u00e0 la prestation censuelle ne paier autres devoirs de fiefs et seigneuries, doivent \u00eatre punis comme s\u00e9ditieux et perturbateurs de l\u2019Etat public.&nbsp;\u00bb Et imm\u00e9diatement les seigneurs huguenots se mirent \u00e0 s\u2019emparer des biens de l\u2019Eglise et aussi des biens des nobles rest\u00e9s catholiques. Et ils pr\u00e9lev\u00e8rent \u00e0 leur profit droits f\u00e9odaux et \u00ab&nbsp;contributions de guerre&nbsp;\u00bb.<br><br>Alors que les premiers propagandistes de la R\u00e9forme, les ministre, appelaient \u00e0 la lutte, non seulement pour l\u2019\u00e9galit\u00e9, mais aussi pour la libert\u00e9 de conscience \u2013 l\u2019adh\u00e9sion libre \u2013 , la contrainte directe ou indirecte, devint la r\u00e8gle. L\u2019on nous dit que Montbrun, selon ses propres paroles, pr\u00e9tendait convertir ses sujets au calvinisme &nbsp;\u00bb en joignant les coups de b\u00e2ton aux exhortations lorsque les vassaux persistaient dans la foi catholique&nbsp;\u00bb.<br><br><br><strong><em><u>\u2013 Dans ces conditions les guerres dites de \u00ab&nbsp;religion&nbsp;\u00bb furent en r\u00e9alit\u00e9 des guerres \u00ab&nbsp;de bandes&nbsp;\u00bbet de brigandage.<\/u><\/em><\/strong><br><br><br>\u00ab&nbsp;Heurt de deux religions&nbsp;\u00bb ? Non, mais bien plut\u00f4t, selon l\u2019expression de Brun-Durand, &nbsp;\u00bb une effroyable m\u00eal\u00e9e d\u2019app\u00e9tits, d\u2019ambitions et de convoitises, dans laquelle la religion joua le r\u00f4le de cocarde et de drapeau&nbsp;\u00bb. De cette m\u00eal\u00e9e , les masses populaires et les bourgeois faisaient les frais.<br><br>&nbsp;\u00bb L\u2019homme est en proie \u00e0 l\u2019homme: un loup \u00e0 son pareil&nbsp;\u00bb, \u00e9crit le grand po\u00e8te protestant Agrippa d\u2019Aubign\u00e9. Il serait trop facile de c\u00e9der au go\u00fbt de l\u2019anecdote, et de s\u2019\u00e9tendre sur le r\u00e9cit de ces atrocit\u00e9s, rappelant celles des guerres f\u00e9odales et les \u00ab&nbsp;exploits&nbsp;\u00bb des Grandes Compagnies&nbsp;\u00bb. Deux exemples suffiront.<br><br>Le chef huguenot Montbrun, le 5 mai 1575, s\u2019empare de la Motte Chalancon: &nbsp;\u00bb Tous les habitants qui s\u2019y trouv\u00e8rent, d\u00e9clare un t\u00e9moin oculaire, le nomm\u00e9 Jacques Jony, furent meurtris et tu\u00e9s, leurs meubles pris, pill\u00e9s, le dit lieu tout ouvert et d\u00e9mantel\u00e9, plusieurs maisons d\u00e9molies; \u00e9tant habit\u00e9 \u00e0 pr\u00e9sent la plus grande partie par gens \u00e9trangers, soudards de la dite religion qui ont \u00e9pous\u00e9 les veuves et filles de ceux qui furent tu\u00e9s.&nbsp;\u00bb Et voici, en contre partie, comment un t\u00e9moin protestant, Thomas Gay, d\u00e9crit la prise de Gr\u00e2ne par les catholiques et, \u2013 qui plus est \u2013 par les catholiques \u00ab&nbsp;soldats du Roy&nbsp;\u00bb: les hommes, \u00e9crit-il,r\u00e9ussirent \u00e0 s\u2019enfuir; \u00ab&nbsp;il en venait \u00e0 petits troupeaux, morfondus ou d\u00e9valis\u00e9s, sans armes\u2026 Les pauvres femmes n\u2019eurent si bon moyen de se sauver, car aucunes d\u2019elles furent meurtries, d\u2019autres viol\u00e9es, d\u2019autres mises \u00e0 ran\u00e7on; plusieurs filles apr\u00e8s avoir perdu leur pudicit\u00e9, furent vendues des uns aux autres; plusieurs autres m\u00e9chancet\u00e9s furent perp\u00e9tr\u00e9es; bref des choses si barbares que le Turc serait marri d\u2019en faire de semblables sur les chr\u00e9tiens&nbsp;\u00bb.<br><br><strong><a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=5059\">La vie quotidienne<\/a><\/strong> elle-m\u00eame se d\u00e9vide sous le signe de l\u2019angoisse, de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9 permanente des personnes et des biens. Le s\u00e9jour, ou m\u00eame simplement le passage des bandes se r\u00e9clamant simplement des deux partis, des troupes royales dites \u00ab&nbsp;r\u00e9guli\u00e8res&nbsp;\u00bb, fait revivre sans cesse les m\u00eames sc\u00e8nes de banditisme et de brigandages : villages et bourgs mis au pillage, livr\u00e9s sans recours possible aux viols et incendies. Entre temps, les imp\u00f4ts, les ran\u00e7ons s\u2019abattent de toute part sur les campagnards et les citadins ruin\u00e9s par les guerres et les garnisons; ce sont les \u00ab&nbsp;foules&nbsp;\u00bb, contributions en nature ou en argent, exig\u00e9es avec une impitoyable rigueur par les \u00ab&nbsp;capitaines&nbsp;\u00bb, chefs de bandes, par les gouverneurs, les chefs des deux partis, et, bien s\u00fbr, par le fisc royal. La place manque pour \u00e9voquer la ruine de l\u2019agriculture, de l\u2019artisanat, du commerce, l\u2019ench\u00e9rissement du bl\u00e9 et des autres denr\u00e9es provoqu\u00e9 par les pillages et d\u2019incessantes r\u00e9quisitions. La disette est permanente. Tout s\u2019accumule pour rendre intol\u00e9rable la mis\u00e8re. Ni le paysan, ni l\u2019artisan ou le marchand ne peuvent \u00eatre s\u00fbr du lendemain.<br><br>Pour d\u2019aucuns, par contre, les guerres sont une fructueuse source de profits.Le plus grand b\u00e9n\u00e9ficiaire n\u2019en est point le menu fretin des pauvres bougres et aventuriers de tout poil qui s\u2019enr\u00f4lent dans l\u2019une ou l\u2019autre bande, un jour rassasi\u00e9s de butin, le lendemain, repartent en qu\u00eate, le bissac vide. Les profiteurs, pour l\u2019essentiel, ce sont les nobles, les usuriers, les agents de l\u2019absolutisme, qui b\u00e2tissent leur fortune par la mis\u00e8re des autres.<br><br>Les nobles, les \u00ab&nbsp;gentilshommes&nbsp;\u00bb, comme disait Rabelais. Le risque, sauf exception, n\u2019\u00e9tait pas bien grand pour les chefs de guerre qui presque tous appartenaient \u00e0 la noblesse. La pauvre bougre y allait de sa vie, s\u2019il \u00e9tait pris par une bande adverse ( \u00e0 moins qu\u2019on ne l\u2019y admit). Mais le noble, lui, sauvait g\u00e9n\u00e9ralement sa peau au prix d\u2019une bonne ran\u00e7on. En vertu d\u2019accords tacites, ses biens \u00e9taient presque toujours \u00e9pargn\u00e9s dans les pillages. Les loups ne se mangent pas entre eux.<br><br>Les f\u00e9odaux huguenots et en particulier l\u2019un des plus pauvres, le petit hobereau Lesdigui\u00e8res, accrurent consid\u00e9rablement leurs biens, fonciers par la s\u00e9cularisation de biens d\u2019\u00e9glise, et diverses spoliations, ce qui fut \u00e0 l\u2019origine d\u2019un important transfert de propri\u00e9t\u00e9; d\u2019autre part, un pourcentage important des contributions, ran\u00e7ons et pillages s\u2019investissaient en placements plus s\u00fbrs et plus durables, par des achats de terres, \u00e0 vil prix, aux roturiers accul\u00e9s \u00e0 la mis\u00e8re.Nous trouvons un exemple de ce m\u00e9canisme dans une d\u00e9lib\u00e9ration du Conseil de Ville de Pierrelatte, (prise au lendemain des guerres): \u00ab&nbsp;depuis 1560 jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent les nobles ont acquis des roturiers 1345 s\u00e9t\u00e9r\u00e9es de terre ou de pr\u00e9, 214 journaux de vigne et 1421 aunes de maisons \u2026sans y comprendre un moulin qui est au dit lieu&nbsp;\u00bb.<br><br>Que dire des usuriers, \u00e9ternelles sangsues vivant des emprunts auxquels sont accul\u00e9s les particuliers, les communaut\u00e9s et aussi, sur une plus large \u00e9chelle, les Etats de la province! Ces derniers durent emprunter 200000 \u00e9cus, \u00e0 14% d\u2019int\u00e9r\u00eats, \u00e0 des banquiers lyonnais, les Henry: le capital, \u00e0 ce taux doublait en sept ans! Si la f\u00e9odalit\u00e9 fonci\u00e8re accaparait la terre, cette f\u00e9odalit\u00e9 nouvelle, d\u00e9j\u00e0, commen\u00e7ait \u00e0 accumuler des capitaux.<br><br>Les agents de l\u2019absolutisme pr\u00e9levaient aussi leur part, de diverses mani\u00e8res: agents du fisc, tr\u00e9soriers, notables, gouverneurs\u2026Tous ? Non! Le brave notaire Pi\u00e9mond, de Saint Antoine en Viennois, s\u2019\u00e9tonne, tant c\u2019est chose peu commune, que le gouverneur de Gordes &nbsp;\u00bb payoit ce qu\u2019il prenoit et vivoit du sien sans fouler personne&nbsp;\u00bb.De Gordes avait sans doute assez d\u2019autres sources de profit.<br><br><br><em><strong>\u2013 Le pouvoir royal et ses repr\u00e9sentants dans la province, tout en accablant le peuple de charges et d\u2019imp\u00f4ts, s\u2019av\u00e8rent incapable de r\u00e9tablir l\u2019ordre et la paix.<\/strong><\/em><br><br><br>L\u2019absolutisme royal pr\u00e9tendait se pla\u00e7ait au-dessus des clans et des classes. Ce r\u00f4le \u00ab&nbsp;d\u2019arbitre&nbsp;\u00bb lui servait \u00e0 justifier son existence et aussi les charges qu\u2019il pr\u00e9tendait exiger pour prix de ses \u00ab&nbsp;services&nbsp;\u00bb: le maintien de l\u2019ordre et la s\u00e9curit\u00e9. Les gouverneurs et De Gordes, en particulier,affirment sans rel\u00e2che leur profond d\u00e9sir d\u2019\u00e9tablir la paix. Mais, en fait, ils sont partie dans le conflit; leurs int\u00e9r\u00eats sont li\u00e9s \u00e0 ceux du clan f\u00e9odal qui se r\u00e9clament du catholicisme. Les compagnies \u00ab&nbsp;r\u00e9guli\u00e8res&nbsp;\u00bbsont des bandes comme les autres et on se d\u00e9fend des garnisons royales comme de la peste. L\u2019absolutisme est aussi partie dans le conflit des classes : malgr\u00e9 les plaintes du Tiers Etat, il persiste \u00e0 maintenir l\u2019in\u00e9galit\u00e9 fiscale, \u00e0 faire passer uniquement sur les malheureux roturiers tout le poids de charges sans cesse accrues. \u00ab&nbsp;Si les ligues sont entr\u00e9es en action, \u00e9crit le chanoine Cavard, c\u2019est parce que le gouvernement, malgr\u00e9 les promesses d\u2019Henri III, n\u2019avait rien fait pour le soulagement du peuple&nbsp;\u00bb.<br><br>Les victimes, pourtant, mirent longtemps \u00e0 comprendre qu\u2019elles pouvaient seulement compter sur elles-m\u00eames, \u00e0 prendre conscience de leurs forces. Elles ne pass\u00e8rent \u00e0 la r\u00e9volte qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9puis\u00e9 tous les autres moyens, et parce qu\u2019elles n\u2019avaient point d\u2019autre solution pour mettre un terme \u00e0 leurs maux. Apr\u00e8s quinze ans de guerre et d\u2019anarchie, la r\u00e9sistance s\u2019organise, par en bas, . Les paysans et les citadins, des deux religions, s\u2019unirent et prirent les armes pour r\u00e9pondre \u00e0 la violence par la violence, et mettre ainsi fin au brigandage , au choc f\u00e9odal et \u00e0 la guerre.<\/p>\n\n\n\n<p id=\"lesdefenseursdelacausecommune\"><br>I<strong>I \u2013&nbsp;&nbsp;\u00bb Les d\u00e9fenseurs de la cause commune&nbsp;&nbsp;\u00bb et &nbsp;&nbsp;\u00bb la guerre des paysans&nbsp;\u00bb<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br>&nbsp;\u00bb Les soul\u00e8vements des paysans dauphinois, \u00e9crit l\u2019\u00e9rudit J. Roman, furent \u00e0 cette \u00e9poque si soudaine et si formidable, ils touch\u00e8rent de si pr\u00e8s au triomphe, et il fallut r\u00e9pandre tant de sang pour les comprimer que les historiens, comme d\u2019un commun accord,ont \u00e9vit\u00e9 d\u2019en parler avec de longs d\u00e9veloppements, de peur de r\u00e9veiller des haines encore mal \u00e9teintes&nbsp;\u00bb.<br><br><br><em><strong>\u2013 En 1578, les paysans s\u2019assemblent, s\u2019arment et marchent contre les bandes de guerre.<\/strong><\/em><br><br><br>Les origines de \u00ab&nbsp;l\u2019Union&nbsp;\u00bb ou \u00ab&nbsp;Ligue&nbsp;\u00bb restent encore assez obscures. Ce qu\u2019en dit le baron de Coston dans son &nbsp;\u00bb Histoire de Mont\u00e9limar&nbsp;\u00bb m\u00e9rite d\u2019\u00eatre revu et compl\u00e9t\u00e9. Un sondage effectu\u00e9 dans les archives de plusieurs communes du Bas-Valentinois ( r\u00e9gions de Mont\u00e9limar et Pierrelatte) prouve, en tout cas, que, d\u00e8s la fin de 1577, dans ces r\u00e9gions, les communaut\u00e9s paysannes refusent de satisfaire aux exigences des \u00ab&nbsp;capitaines&nbsp;\u00bb, et m\u00eame par \u00ab&nbsp;r\u00e9bellion au son du tocsin&nbsp;\u00bb. A Pierrelatte un messager du capitaine Huguenot La Cloche, retranch\u00e9 \u00e0 Roussas, est re\u00e7u par les habitants \u00e0 coups de b\u00e2ton, alors qu\u2019il venait r\u00e9clamer du bl\u00e9 et de l\u2019avoine.<br><br>D\u2019un village \u00e0 l\u2019autre, les consuls, repr\u00e9sentants des communaut\u00e9s paysannes, \u00e9changent des informations; d\u00e8s de d\u00e9but de 1578, se tiennent, surtout \u00e0 Marsanne, et \u00e0 Savasse, des assembl\u00e9es o\u00f9 l\u2019on se rencontre, o\u00f9 l\u2019on se concerte. Les archives locales renferment un grand nombre de ces petits papiers qui servent de convocation \u00e0 ces r\u00e9unions. C\u2019est, le 25 mai, par exemple, une convocation \u00e0 une assembl\u00e9e devant se tenir \u00e0 Marsanne, le lundi suivant. Le message adress\u00e9 aux consuls de la Garde-Adh\u00e9mar les prie de \u00ab&nbsp;ne faire faute d\u2019y venir, et en avertirez vos voisins&nbsp;\u00bb; le 5 ao\u00fbt , les consuls de Mirmande lancent une nouvelle convocation; elle circule, entre autre lieux, \u00e0 Donz\u00e8re, Pierrelatte, Ch\u00e2teau neuf du Rh\u00f4ne, et arrive \u00e0 la Garde Adh\u00e9mar. Une autre, encore, avertit les consuls de Marsanne, Sauzet, les Tourettes : &nbsp;\u00bb Messieurs les Consuls, nous avons avis\u00e9 de vous mander la pr\u00e9sente pour vous prier de venir ici vendredi prochain pour, tous assembler et d\u00e9lib\u00e9rer de nos affaires qui sont telles qu\u2019elles requi\u00e8rent qu\u2019on y donner ordre, nous assurant que vous y viendrez&nbsp;\u00bb. La lettre recommande de faire \u00ab&nbsp;tenir la pr\u00e9sente demain en main&nbsp;\u00bb.<br><br>Si ces fr\u00e9quentes rencontres, les id\u00e9es de solidarit\u00e9, de communaut\u00e9 d\u2019int\u00e9r\u00eats, et aussi la conscience de la force que donne l\u2019union gagnent de jour en jour. \u00ab&nbsp;Nous avons besoin tant les uns que des autres&nbsp;\u00bb, \u00e9crivent le 15 mai les consuls de Ch\u00e2teau neuf du Rh\u00f4ne \u00e0 ceux de la Garde-Adh\u00e9mar. Ainsi ce constitue peu \u00e0 peu ce que les villageois , entre appellent simplement \u00ab&nbsp;l\u2019Unyon&nbsp;\u00bb. Contrairement \u00e0 ce qui a \u00e9t\u00e9 suppos\u00e9 par De Coston et Brun-Durand, c\u2019est un mouvement spontan\u00e9 et venu d\u2019en bas.<br><br>En octobre 1578, la ligue des communes de Valdaine et de la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne se sent assez forte pour passer \u00e0 l\u2019action. Le 19 octobre, les consuls de Sauzet adressent \u00e0 leurs voisins la lettre suivante: &nbsp;\u00bb Ne faites faute de ramasser tant de gens que vous pourrez, avec armes, suivant l\u2019union qui a \u00e9t\u00e9 faite entre nous, et rendez-vous \u00e0 Mirmande, et si vous voulez passer ici de grand matin, nous en irons ensemble, car esp\u00e9rons partir devant jour, et ce, pour emp\u00eacher une troupe de gens , qui descendent et ont pris terre \u00e0 la Paillasse, et se sont log\u00e9s par tous les villages ouverts et font de grands d\u00e9sordres, comme ont fait ceux qui ont d\u00e9j\u00e0 pass\u00e9, jusques \u00e0 emmener de jeunes pauvres filles avec eux, que doit faire penser que peut nous en autant advenir de nous, si nous ne sommes unis ensemble pour r\u00e9sister \u00e0 telles m\u00e9chancet\u00e9s , pour ce vous assurant que ne faudront \u00e0 notre devoir. Montboucher mandera \u00e0 Espeluche et Allan, Allan mandera \u00e0 Ch\u00e2teauneuf et Rac; Espeluche mandera \u00e0 la Touche et Puygiron, etc\u2026&nbsp;\u00bb<br><br>A la m\u00eame \u00e9poque se constitue \u00e0 Mont\u00e9limar une ligue pour le refus de l\u2019imp\u00f4t; le 22 ao\u00fbt, l\u2019exacteur de la taille d\u00e9clare au Conseil de Ville &nbsp;\u00bb qu\u2019il y a plusieurs particuliers qui \u00e0 l\u2019occasion de la ligue qu\u2019ils ont faite\u2026. ne veulent payer aucune chose&nbsp;\u00bb. Cette ligue \u00e9tablit une liaison avec l\u2019Union des communaut\u00e9s paysannes.<br><br>Le mouvement fait rapidement tache d\u2019huile. En janvier 1579, des actions analogues s\u2019engagent au nord de l\u2019Is\u00e8re \u2013 la rivi\u00e8re \u2013 : les habitants de Chantemerle, Marsaz et des villages voisins s\u2019assemblent, se groupent et s\u2019arment. A l\u2019approche des bandes, le tocsin sonne, toute la r\u00e9gion se soul\u00e8ve. C\u2019est ainsi qu\u2019une compagnie de soudards aux ordres du roi, command\u00e9e par le gouverneur d\u2019Embrun, est contrainte \u00e0 abandonner son butin, et \u00e0 \u00ab&nbsp;se sauver de vitesse&nbsp;\u00bb dans la pays de Lyonnais. Quelques jours apr\u00e8s, \u00ab&nbsp;pourchass\u00e9e par les paysans&nbsp;\u00bb, une autre compagnie , celle du gouverneur de Provence, est contrainte \u00e0 s\u2019enfuir.<br><br><br><em><strong>\u2013 1579 : les villes, elles aussi, passent \u00e0 l\u2019action, et chassent leurs garnisons.<\/strong><\/em><br><br><br>Sans l\u2019appui des villes, les paysans n\u2019auraient pu \u00e9largir leurs actions, imposer leurs objectifs, ni m\u00eame poursuivre longtemps leur r\u00e9sistance. Mais la bourgeoisie urbaine souhaitait, tout comme la paysannerie, en finir avec la guerre, le brigandage, l\u2019ins\u00e9curit\u00e9, les insupportables charges fiscales.<br>Romans, dans cette histoire a jou\u00e9 un r\u00f4le capital. Le 10 f\u00e9vrier 1579, s\u2019y assemble devant la maison de ville &nbsp;\u00bb un grand nombre de peuple de ladite ville, tant artisans que laboureurs jusques au nombre d\u2019environ mille au moins \u00ab&nbsp;\u2026 Sous la pression populaire , les consuls, r\u00e9ticents doivent s\u2019adresser au gouverneur de la province, qui est alors Maugiron, pour exiger de lui un retour \u00e0 une paix effective et un all\u00e8gement des charges &nbsp;\u00bb tant par tailles que par diverses impositions, auxquelles ils se trouvent tellement opprim\u00e9s qu\u2019il est impossible qu\u2019ils les puissent plus endurer, et se voyant la plupart d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9s pour aller tout leur travail et moyens au paiement desdites tailles et impositions.&nbsp;\u00bb<br><br>Effray\u00e9 par l\u2019annonce de &nbsp;\u00bb l\u2019\u00e9motion romanaise&nbsp;\u00bb, Maugiron r\u00e9pond par retour de courrier: il ch\u00e9rit le peuple \u00ab&nbsp;plus que sa vye&nbsp;\u00bb , lui veut \u00ab&nbsp;servir de p\u00e8re&nbsp;\u00bb ; pour ce qui est de la paix, il n\u2019en est meilleur artisan que lui, etc \u2026 Mais en m\u00eame temps il envoie des troupes \u00e0 Romans. Les Romanais savent par exp\u00e9rience ce que valent les promesses et ils sont sur leurs gardes. Les drapiers qui constituent la corporation la corporation la plus nombreuse et la plus active, organisent le mouvement que dirige l\u2019un d\u2019eux, Jean Serve dit Paumier. Ils s\u2019arment, ferment leurs portes et se refusent \u00e0 laisser entrer les troupes dans la ville, Romans est au pouvoir de la ligue et en devient la citadelle.<br><br>Suivant cet exemple, les Valentinois, le 15 f\u00e9vrier, expulsent la garnison royale. A cette date, la ligue ou \u00ab&nbsp;Union&nbsp;\u00bb \u00e9tant son influence du Tricastin jusqu\u2019au nord de Vienne, sur plus de 150 km du nord au sud. Un mouvement analogue se d\u00e9veloppe en Vivarais.<br><br><br><em><strong>\u2013 Qu\u2019est ce que l\u2019Union ? Quels sont ses objectifs, ses moyens d\u2019actions ?<\/strong><\/em><br><br><br>L\u2019Union est d\u2019autant plus difficile \u00e0 d\u00e9finir que ses adversaires pour attirer et justifier la r\u00e9pression en ont alt\u00e9r\u00e9 l\u2019image. Contrairement \u00e0 certaines affirmations, elle ne semble avoir ni organisation centrale v\u00e9ritable, ni chefs, bien que Paumier et son adjoint Brunat , tous deux marchands drapiers, exercent une influence r\u00e9elle en dehors de Romans. L\u2019Union para\u00eet bien \u00eatre une coalition assez l\u00e2che de de Ligues locales, les unes paysannes , les autres urbaines, un mouvement d\u00e9centralis\u00e9 et d\u00e9mocratique, venu d\u2019en bas? La bourgeoisie des villes, seule capable d\u2019assurer les liaisons et d\u2019organiser un mouvement d\u2019ensemble, a pu souhaiter lui donner plus de coh\u00e9sion, d\u2019orienter vers ses objectifs propres, et le contr\u00f4ler, car elle ne tient ni \u00e0 une jacquerie, ni \u00e0 une r\u00e9volte de la pl\u00e8be urbaine contre les poss\u00e9dants. Mais n\u2019a t-elle pas, par ailleurs, craint de trop se compromettre, en prenant ouvertement la t\u00eate de la r\u00e9bellion, en l\u2019organisant ? Cela pourrait expliquer l\u2019attitude h\u00e9sitante , contradictoire des notables, en particulier \u00e0 Valence, et aussi la trahison ult\u00e9rieure d\u2019une fraction de la bourgeoisie romanaise.<br><br>Cet ensemble de mouvements a cependant des objectifs communs. D\u2019abord et avant tout, la Paix. &nbsp;\u00bb Les Amis de la Paix&nbsp;\u00bb , voila l\u2019un des noms d\u00e9signant cette Union aux contours assez flous, mais qui veut en finir avec les guerres de brigandage, avec les bandes, qu\u2019elles aient des chefs se r\u00e9clamant du catholicisme ou du protestantisme, qu\u2019elles soient ou non aux ordres du roi. L\u2019accord est g\u00e9n\u00e9ral pour les expulser du pays et pour ne plus accepter l\u2019intol\u00e9rable fardeau des garnisons royales.<br>L\u2019autre objectif commun , c\u2019est la \u00ab&nbsp;D\u00e9fense de la cause commune&nbsp;\u00bb, celle du Tiers Etat, des roturiers. Sous ce nom, plus expressif, l\u2019Union revendique l\u2019\u00e9galit\u00e9 de tous devant l\u2019imp\u00f4t, exige que l\u2019\u00e9glise et la noblesse contribuent, elles aussi, aux lourdes charges fiscales dont les ligueurs d\u00e9noncent les exc\u00e8s.<br><br>Mais il faut souligner , comme un aspect nouveau, et important, dans l\u2019histoire des mouvements populaires, l\u2019indiff\u00e9rentisme de l\u2019Union en mati\u00e8re de religion. Il ne s\u2019agit point d\u2019indiff\u00e9rence des participants en cette question. Mais sans renier leur foi, protestants et catholiques s\u2019unissent pour leurs int\u00e9r\u00eats communs et dans des actions communes. Qu\u2019elles se r\u00e9clament de l\u2019une ou l\u2019autre religion, les villes ligu\u00e9es expulsent les gens de guerre de l\u2019un et l\u2019autre parti. Dans les assembl\u00e9es populaires on pr\u00eate sur les Evangiles, le serment de &nbsp;\u00bb rester unis, tant d\u2019une religion que de l\u2019autre&nbsp;\u00bb, et on ajoute, pour n\u2019\u00eatre tax\u00e9 de r\u00e9bellion, &nbsp;\u00bb sous l\u2019ob\u00e9issance et service de Dieu et du Roy \u00ab&nbsp;.<br>De quelles forces disposent l\u2019Union ? Si l\u2019on en croit certain t\u00e9moignage, elle aurait compt\u00e9, en 1578, 14 000 arquebusiers sous les armes? Celles-ci \u00e9taient fournies \u00e0 Romans par un quincaillier du Forez. Les Ligueurs pr\u00eataient le serment de &nbsp;\u00bb vivre et mourir pour la cause commune \u00ab&nbsp;. Ils avaient, parait-il, des signes de reconnaissance: un chaperon sans cordon, signe d\u2019\u00e9galit\u00e9,. Ils s\u2019avertissaient en cas de n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un village \u00e0 l\u2019autre, par le son du tocsin, par le tambour et des cornets &nbsp;\u00bb \u00e0 la mode de Suisse \u00ab&nbsp;.<br><br>La force de l\u2019Union se r\u00e9v\u00e9la lorsqu\u2019elle d\u00e9cida en 1579, de donner l\u2019assaut aux deux puissants repaires o\u00f9 s\u2019\u00e9taient fortement retranch\u00e9s deux des plus audacieux chefs de bande se r\u00e9clamant des huguenots : Roussas, \u00e0 l\u2019est de la plaine du Tricastin, et Ch\u00e2teaudouble, en marge de la plaine de Valence. Des milliers de paysans et de citadins arm\u00e9, venus de Valence, de Romans, des bourgs et des villages, en firent le si\u00e8ge, et emport\u00e8rent la victoire.<br><br><br><em><strong>\u2013 Les forces de r\u00e9action, ligu\u00e9es contre \u00ab&nbsp;l\u2019Union&nbsp;\u00bb , \u00e9crasent le mouvement.<\/strong><\/em><br><br><br>Il serait trop long d\u2019exposer dans le d\u00e9tail comment un mouvement si large et si profond peut \u00eatre bris\u00e9. Les causes de l\u2019\u00e9chec sont complexes.<br><br>A Paris, les nouvelles de cette r\u00e9bellion qui embrasait le Dauphin\u00e9 provoquaient de grandes craintes. Catherine de M\u00e9dicis se trouvait alors \u00e0 Aix en Provence, et c\u2019est de l\u00e0, que le 28 juin 1579, elle annonce au roi Henri III sa volont\u00e9 de &nbsp;\u00bb rompre ces ligues et communaut\u00e9s qui sont dangereuse et pernicieuse cons\u00e9quence \u00ab&nbsp;. Les autorit\u00e9s de la province, impuissantes, auraient d\u00e9j\u00e0 fait appel \u00e0 la reine-m\u00e8re pour qu\u2019elle vint les aider \u00e0 r\u00e9soudre leurs difficult\u00e9s.Elle arriva \u00e0 Mont\u00e9limar le 16 juillet 1579 et passa trois mois en Dauphin\u00e9, entre le 16 juillet et le 16 septembre. Elle \u00e9tait accompagn\u00e9e par le cardinal de Bourbon, le prince de Cond\u00e9, le c\u00e9l\u00e8bre \u00ab&nbsp;escadron volant&nbsp;\u00bb mais n\u2019avait qu\u2019une faible escorte. Dans ses lettres quotidiennes \u00e0 son fils, elle se plaint de l\u2019accueil r\u00e9serv\u00e9 et m\u00e9fiant que lui ont fait les Valentinois. Mais \u00e0 Romans, c\u2019est bien pis. Les ligueurs, hors des portes de la ville, sont venus \u00e0 sa rencontre \u00ab&nbsp;en bon nombre, et bien arm\u00e9s&nbsp;\u00bbPaumier, \u00ab&nbsp;ce m\u00e9chant drapier, a si grand cr\u00e9dit et autorit\u00e9 parmi ces ligues qu\u2019au moindre mot qu\u2019il dit, il fait marcher tous ceux de cette ville et des environs \u00ab&nbsp;.Ce roturier n\u2019a t-il pas l\u2019insolence de recevoir sa souveraine, d\u2019\u00e9gal \u00e0 \u00e9gal, allant jusqu\u2019\u00e0 refuser de plier devant elle le genou ?<br><br>Catherine, au cours des trois mois qu\u2019elle passa \u00e0 Grenoble, multiplia les intrigues, les promesses et les s\u00e9ductions. Elle parvint en particulier \u00e0 trouver des auxiliaires dans la bourgeoisie romanaise. Au cours d\u2019un reinage Paumier et Brunat furent assassin\u00e9s par tra\u00eetrise, Romans fut reprise en mains et l\u2019Union d\u00e9capit\u00e9e. La noblesse se mobilisa pour traquer et pourchasser les r\u00e9volt\u00e9s. Une puissante arm\u00e9e royale, rassembl\u00e9e \u00e0 Lyon, fit le reste.Les paysans de la Valloire ne c\u00e9d\u00e8rent pourtant qu\u2019\u00e0 la force. Mais la lutte \u00e9tait trop in\u00e9gale. La &nbsp;\u00bb guerre des paysans&nbsp;\u00bb s\u2019acheva \u00e0 Moirans, le 28 mars 1580 par un horrible massacre, la chasse \u00e0 l\u2019homme et une impitoyable r\u00e9pression. &nbsp;\u00bb Ce qui \u00e9chappe au fer est pendu \u00ab&nbsp;, \u00e9crit Roman. Et, comme il en conclut, il ne restait plus aux historiens , apr\u00e8s tout ce sang vers\u00e9, qu\u2019\u00e0 &nbsp;\u00bb \u00e9viter d\u2019en parler avec de longs d\u00e9veloppements, de peur de r\u00e9veiller des haines encore mal \u00e9teintes.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\"><br><br><strong>Roger Pierre<\/strong><br><\/p>\n\n\n\n<p id=\"notesurmirabel\"><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>UN EPISODE PEU CONNU DES GUERRES DITES DE &nbsp;\u00bb RELIGION&nbsp;\u00bb DANS LA DROME \u00a0\u00a0\u00ab\u00a0Les d\u00e9fenseurs de la cause commune\u00a0\u00bbet \u00a0 \u00ab\u00a0La guerre des paysans\u00a0\u00bb\u00a0 Extrait du bulletin N\u00b0 15 de f\u00e9vrier 1968 de l\u2019Association Universitaire d\u2019Etudes Dr\u00f4moises I \u2013 Les racines des mouvements populaires II \u2013&nbsp;\u00a0\u00bb Les d\u00e9fenseurs de la cause commune&nbsp;\u00a0\u00bb et &nbsp;\u00bb la [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-4199","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chroniques-dromoises","entry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.4 - 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