{"id":4244,"date":"2022-02-23T12:27:17","date_gmt":"2022-02-23T12:27:17","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244"},"modified":"2023-06-02T03:33:20","modified_gmt":"2023-06-02T03:33:20","slug":"les-pestes-a-romans","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244","title":{"rendered":"Les pestes \u00e0 Romans sur Is\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p><br><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-text-color\" id=\"lespestesaromans\" style=\"color:#3100fb\"><strong>LES PESTES A ROMANS<\/strong><br><br><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li><a href=\"#lemurdelapeste\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Le mur de la peste<\/a><br><\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p><br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/96\/22\/07\/962207533b75d52c16c69c2b0be3235e995d411e.jpg?v=v1\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><br><br>Lorsque, dans un simple but de curiosit\u00e9, on compulse des vieilles archives locales, on ne tarde pas \u00e0 ressentir une incommensurable piti\u00e9 pour ces malheureuses populations du moyen-\u00e2ge, qu\u2019accablaient toutes sortes de calamit\u00e9s : guerres incessantes, maladies \u00e9pid\u00e9miques et contagieuses, famine, les fl\u00e9aux naissant ainsi des fl\u00e9aux. \u00ab Avoir du pain sur la planche et du vin dans le broc \u00bb n\u2019\u00e9tait point alors une m\u00e9taphore, mais constituait pour le plus grand nombre litt\u00e9ralement le bien-\u00eatre. De l\u00e0, ces chansons de table, o\u00f9 d\u00e9bordait la joie d\u2019avoir en abondance du vin et des victuailles, et cette expression populaire \u00ab avoir tant \u00e0 manger par jour \u00bb pour exprimer les revenus d\u2019un homme riche. Alors, la maigreur des statues des cath\u00e9drales \u00e9tait, non une repr\u00e9sentation id\u00e9ale et symbolique, mais la reproduction r\u00e9elle de la maigreur g\u00e9n\u00e9rale (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note1<\/a>).<br><br>Notre projet est de retracer ici, d\u2019apr\u00e8s des-documents contemporains, un coin douloureux de ce sombre tableau ce qui se rattache aux maladies \u00e9pid\u00e9miques connues sous le nom g\u00e9n\u00e9rique de pestes..<br><br>On donnait ce nom \u00e0 toute affection, contagieuse ou non, qui exer\u00e7ait de grands ravages. Les autorit\u00e9s, plus r\u00e9serv\u00e9es dans leurs communications officielles, \u00e9vitaient avec soin de faire usage du nom terrifiant de peste; elles se servaient de quelque euph\u00e9misme, tel qu\u2019infection, contagion, \u00e9pid\u00e9mie, mal contagieux, etc\u2026 (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 2<\/a>). Issues de l\u2019Orient, la peste et la l\u00e8pre, ces deux fl\u00e9aux du moyen-\u00e2ge, sont \u00e9galement contagieuses et incurables. Leur cause et leur nature sont inconnues et leur rem\u00e8de est encore \u00e0 trouver. Elles apparaissaient et agissaient en d\u00e9pit de toutes les pr\u00e9visions humaines.<br><br>L\u2019absence de toute description m\u00e9dicale des fl\u00e9aux dont nous allons parler (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 3<\/a>), ne permet pas de trancher la question de la nature des maladies \u00e9pid\u00e9miques qui afflig\u00e8rent. la population de Romans du XIVe au XVIIe si\u00e8cle. Nous nous contenterons donc, sur ce sujet, des renseignements que peuvent fournir les documents administratifs.<br><br>La provenance m\u00e9ridionale, la marche progressive du midi au nord (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 4<\/a>), le caract\u00e8re contagieux et \u00e9pid\u00e9mique, la grande mortalit\u00e9, les sympt\u00f4mes dont il est fait mention, particuli\u00e8rement des tumeurs charbonneuses, tout indique que ces affections \u00e9taient de la m\u00eame nature que la peste ou typhus d\u2019Orient.- Car, aux \u00e9poques o\u00f9 la ville de Romans offrait le moins d\u2019avantages hygi\u00e9niques, on n\u2019y a jamais observ\u00e9 d\u2019\u00e9pid\u00e9mies sporadiques, et m\u00eame celles qui y ont \u00e9t\u00e9 import\u00e9es n\u2019y ont fait aucun progr\u00e8s ni victimes dans la population. En 1683, les d\u00e9bris de l\u2019arm\u00e9e du mar\u00e9chal de Coeuvres, en 1806, les prisonniers autrichiens, atteints en grand nombre du typhus des arm\u00e9es, ne propag\u00e8rent pas ce mal dans la ville.<br><br>De m\u00eame, \u00e0 plusieurs reprises dans ces derniers temps, le chol\u00e9ra, qui a r\u00e9gn\u00e9 dans les environs, n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 observ\u00e9 \u00e0 Romans. Cette immunit\u00e9 peut \u00eatre attribu\u00e9e \u00e0 l\u2019exposition de la ville, aux eaux courantes, au sol calcaire, etc. Nous ne mettons pas au nombre des grandes \u00e9pid\u00e9mies, l\u2019invasion de cas plus ou moins nombreux de varioles, de fi\u00e8vres typho\u00efdes et catarrhales, qui font principalement leurs victimes parmi les soldats de la garnison. Mais les \u00e9pid\u00e9mies contagieuses et meurtri\u00e8res ont toujours \u00e9t\u00e9 import\u00e9es des pays d\u2019outre-mer.<br><br>La peste a pour lieu d\u2019origine l\u2019Egypte et pour cause des exhalaisons putrides d\u00e9velopp\u00e9es sous l\u2019influence d\u2019une haute temp\u00e9rature. Elle \u00e9tait transport\u00e9e par des navires de commerce d\u2019une rive \u00e0 l\u2019autre de la M\u00e9diterran\u00e9e, d\u2019o\u00f9 elle se propageait de proche en proche sur le continent.<br><br>Situ\u00e9e sur un passage tr\u00e8s fr\u00e9quent\u00e9, entre Marseille, le Dauphin\u00e9 et la Savoie, la ville de Romans offrait, au moyen-\u00e2ge, une ceinture de hautes murailles, des rues \u00e9troites et tortueuses, o\u00f9 l\u2019air circulait difficilement. L\u00e0, comme partout ailleurs \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, les maisons \u00e9taient malsaines, les v\u00eatements mis\u00e9rables, la nourriture mauvaise et insuffisante, les r\u00e8gles de l\u2019hygi\u00e8ne en oubli, les secours m\u00e9dicaux \u00e0 peu pr\u00e8s nuls (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 5<\/a>). On pr\u00e9voit quels ravages devaient causer les maladies contagieuses aussi virulentes que la peste parmi une population plac\u00e9e dans de semblables conditions.<br><br>La peste s\u2019est montr\u00e9e \u00e0 Romans d\u00e8s les temps les plus recul\u00e9s. La premi\u00e8re qui nous, soit connue est celle de 1348 (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 6<\/a>). Elle avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une horrible famine : aussi, quoiqu\u2019elle dur\u00e2t peu, fit-elle de grands ravages. Elle fut le pr\u00e9texte qui fit diff\u00e9rer le mariage du dauphin Humbert II avec Jeanne de Bourbon. Parmi les nombreuses victimes on cite Jacques Prunier, chancelier de ce prince (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 7<\/a>).<br>Dans l\u2019assembl\u00e9e capitulaire tenue le 2 ao\u00fbt I36I, Hugues de Clairvaux, sacristain de l\u2019\u00e9glise de Saint-Barnard, repr\u00e9senta que l\u2019\u00e9pid\u00e9mie r\u00e9gnante causait une grande mortalit\u00e9 parmi les malades de l\u2019h\u00f4pital de Sainte-Foy qu\u2019il \u00e9tait urgent de pourvoir cet \u00e9tablissement des choses dont il manquait et de d\u00e9signer un chanoine pour surveiller le service dans la ville. La mortalit\u00e9 \u00e9tait si grande que, au dire des chroniques, \u00ab chaque maison \u00e9toit devenue un cimeti\u00e8re \u00bb.<br><br>Les \u00e9pid\u00e9mies de 1381, 1442., 1466 sont simplement mentionn\u00e9es.<br><br>Le 2 juin 1494, les consuls de la ville obtinrent du chapitre la permission de faire mettre une traille et un bac au-dessous du pont, vers le confluent du torrent de la Savasse, pour faire passer les \u00e9trangers venant du Midi. Ils donnaient pour motif de cette mesure que le mal contagieux \u00e9tant r\u00e9pandu dans le Comtat-Venaissin et aux environs, les gens de ces pays-l\u00e0 d\u00e9sertaient : il-en passait beaucoup sur le pont. En traversant la ville plusieurs s\u2019arr\u00eataient pour boire et pour converser avec les habitants, en sorte que cette communication pouvait \u00eatre dangereuse.<br><br>La peste faisant des ravages, il est permis \u00e0 M. Dalmacieu, le 18 juin 1494, d\u2019administrer les malades. Les chanoines et les pr\u00eatres habitu\u00e9s sont autoris\u00e9s \u00e0 s\u2019absenter sans perdre leur pr\u00e9bende : ceux qui demeureront en ville jouiront de la double livre.<br>Le 30 juin, le \u00ab&nbsp;chapitre g\u00e9n\u00e9ral s\u2019assemble, \u00e0 cause de la peste, dans le ch\u00e2teau de Poitiers, \u00e0 Pisan\u00e7on. Le 18 octobre suivant, il se r\u00e9unit \u00e0 Jabelin, dans la grange des fr\u00e8res Odoard.<br><br>Quoiqu\u2019on ne doive pas attribuer \u00e0 la peste de 1505 (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 8<\/a>) le chiffre de d\u00e9c\u00e8s indiqu\u00e9 par M. Dochier (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 9<\/a>), qui est celui de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie de 1585, comme on le verra plus loin, elle fut, para\u00eet-il, tr\u00e8s meurtri\u00e8re. Elle survint apr\u00e8s une longue s\u00e9cheresse et s\u00e9vit pendant plus de deux ans avec une extr\u00eame violence. Voici quelques d\u00e9tails. Comme la peste r\u00e9gnait alors au bourg d\u2019Alixan, le dimanche15 juin1505, les consuls de Romans ordonn\u00e8rent aux portiers de la ville de ne, laisser entrer aucun pauvre et de leur donner du pain, afin qu\u2019ils pussent continuer leur route. Quatre portes seulement durent rester ouvertes du lever au coucher du soleil. Le 19 octobre suivant, Jean Vache, consul, afferma, au nom de la ville, pour enterrer les corps des personnes mortes d\u2019infection, un terrain pr\u00e8s de l\u2019h\u00f4pital du Colombier, situ\u00e9 \u00e0 la Villeneuve (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 10<\/a>). Il donna trois florins par mois \u00e0 Pierre Brun, \u00e0 Jean Berthon et \u00e0 Jeanne Saunange pour soigner les malades dans cet \u00e9tablissement. C\u2019est \u00e0 la suite de cette peste que, pour t\u00e9moigner leur reconnaissance \u00e0 Dieu et aux martyrs S\u00e9verin, Exup\u00e8re et F\u00e9licien, patrons de la ville, les Romanais, avec le concours du chapitre et des ordres religieux, firent repr\u00e9senter aux f\u00eates de la Pentec\u00f4te 1509 le myst\u00e8re des trois Doms (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 11<\/a>) auquel assist\u00e8rent, le 29 mai, 4447 spectateurs.<br><br>Le 14 janvier 1507, le chapitre s\u2019opposa au choix qu\u2019on avait fait d\u2019un emplacement pour y construire un h\u00f4pital de pestif\u00e9r\u00e9s. Une ordonnance du parlement de Grenoble avait prescrit aux consuls de Romans d\u2019avoir \u00e0 faire cette construction. Le conseil de ville choisit pour arbitres : Antoine d\u2019Hostun, seigneur de La Baume, N. de L\u2019Arthaudi\u00e8re, Balthazar de Chaste et Etienne Berger, ch\u00e2telain de Saint-Paul, auxquels on adjoignit plusieurs conseillers du quartier Saint-Nicolas. Enfin, le 9 juin, on donna tout pouvoir sur cette affaire \u00e0 Guillaume Forrest, dit Coppe, et \u00e0 Guillaume Charlet, dit Pataru.<br><br>Le 14 mai 1507, le chapitre g\u00e9n\u00e9ral se tient \u00e0 Peyrins, dans la maison de Jacques du Piastre, chanoine ; le 30 juin suivant, \u00e0 Chalaire. Les chanoines s\u2019assemblent hors et pr\u00e8s de la maison forte, sous de grands ch\u00eanes, \u00ab pour se pr\u00e9server plus s\u00fbrement de l\u2019infection des pestif\u00e9r\u00e9s, qui vouloient venir au m\u00eame lieu \u00bb. C\u2019est l\u00e0 que le juge, les consuls et autres habitants, au nom de la communaut\u00e9, font parvenir leurs plaintes. Ils exposent que le pr\u00eatre commis pour administrer les pestif\u00e9r\u00e9s s\u2019acquitte mal de ses devoirs ; qu\u2019il faudrait construire un h\u00f4pital hors de Romans, dans l\u2019endroit assign\u00e9 par le parlement, pour y transporter l\u00e8s pestif\u00e9r\u00e9s. Ils demandent au chapitre des pri\u00e8res pour la cessation de la peste et des aum\u00f4nes pour subvenir aux d\u00e9penses qu\u2019occasionne ce fl\u00e9au. Le 3 juillet, les chanoines r\u00e9pondent 1\u00b0 que le pr\u00eatre commis pour administrer les sacrements est maintenu, mais qu\u2019il sera remplac\u00e9 \u00e0 la premi\u00e8re plainte ; 2\u00b0 qu\u2019il sera construit un h\u00f4pital en bois au lieu d\u00e9sign\u00e9 par la transaction pass\u00e9e depuis peu ; 3\u00b0 que les aum\u00f4nes se feront \u00e0 la volont\u00e9 du chapitre.<br><br>L\u2019apparition de quelques cas de maladie dans les environs engagea les consuls de la ville, le 30 avril 1508, \u00e0 interdire pendant plusieurs jours toute communication avec Valence et \u00e0 prescrire diverses mesures de police sanitaire. Toujours sous les m\u00eames craintes, on fit, le 6 juin 1510, un trait\u00e9 avec Pierre Despoys, chirurgien de Tournon, qui s\u2019obligea \u00e0 demeurer \u00e0 Romans moyennant 30 florins par an lorsqu\u2019il ne r\u00e9gnera aucune maladie contagieuse et 15 florins par mois en temps de peste. Le 12 du m\u00eame mois, la ville-acquit un emplacement au terroir des Sablons, hors la porte de Saint-Nicolas, pour y b\u00e2tir un h\u00f4pital des infects. L\u2019opposition du chapitre fit renoncer \u00e0 ce projet.<br><br>Plusieurs cas de peste s\u2019\u00e9tant manifest\u00e9s dans les environs de Romans, les consuls demand\u00e8rent, le 3 mai 1517, au juge royal de faire interdire les danses, les jeux de paume et de boules \u00ab et aultres qui sont d\u2019\u00e9chauffement \u00bb ; de faire enlever les fumiers des rues et sortir les porcs de la ville. Le 18, on constata deux cas de peste et on nomma Claude Thom\u00e9 et Jean Songy \u00ab rapporteurs pour l\u00e9 faict de la sant\u00e9 \u00bb.<br><br>Le 26 ao\u00fbt 1518, pour implorer la mis\u00e9ricorde de Dieu, il fut ordonn\u00e9 que l\u2019on ferait faire sept processions durant sept vendredis et, apr\u00e8s chaque procession, dire une grand\u2019 messe des Cinq plaies. On porterait cinq flambeaux allum\u00e9s et les boutiques seraient ferm\u00e9es. Il fut aussi reconnu qu\u2019il \u00e9tait tr\u00e8s n\u00e9cessaire d\u2019avoir un h\u00f4pital o\u00f9 l\u2019on p\u00fbt mettre les malades de peste, afin qu\u2019ils pussent \u00eatre mieux servis et consol\u00e9s par des gens commis \u00e0 cet effet. Le lendemain une commission se rendit avec le juge royal \u00e0 la porte de Chapelier pour chercher dans les environs un lieu convenable. Mais, les commissaires n\u2019ayant pu s\u2019accorder, il fut arr\u00eat\u00e9 que, pour le pr\u00e9sent, on se servirait de l\u2019h\u00f4pital vieux de Pailherey et qu\u2019on y ferait les appropriations n\u00e9cessaires.<br><br>Le 15 novembre 1519, on nomma Romanet Bourguignon, Jacques Reynaud, Raymond de La Salle et Jean Romey commissaires de la sant\u00e9. Jean Rey, h\u00f4telier du Cerf, fut charg\u00e9 de fournir des vivres aux malades.<br><br>Sur la plainte des habitants du quartier de Saint-Nicolas, les consuls furent ajourn\u00e9s, le 29 mai 1520, en cour de parlement, afin d\u2019avoir \u00e0 choisir un autre emplacement pour un h\u00f4pital. En cons\u00e9quence, dans l\u2019assembl\u00e9e tenue \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de ville le 4 avril 1522, il fut conclu que \u00ab pour obvier d\u2019encourir la peyne contenue en l\u2019arrest donn\u00e9 par MM. de la court de parlement sur le faict de la h\u00e9rection de l\u2019hospital des infects, sans toutefois pr\u00e9judicier aux lettres de recours bailh\u00e9es contre led. arrest, que, pour le pr\u00e9sent, l\u2019on feroit faire et \u00e9diffier une chabotte de peste au lieu des Hors : auquel lieu ledict hospital a est\u00e9 ordonn\u00e9 estre faict par MM. du parlement, laquelle chabotte servira \u00e0 mettre les infects de la peste (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 12<\/a>) \u00bb.<br><br>Par acte re\u00e7u par le notaire Jean Duboys, le 21 d\u00e9cembre 1522, les consuls acquirent de Jacques Bonneton une vigne contenant trois \u00e9min\u00e9es, au mandement de Monteux, au lieu des Hors. On y b\u00e2tit un h\u00f4pital, dont la chapelle fut b\u00e9nite et consacr\u00e9e l\u2019ann\u00e9e-suivante, avec la licence du vicaire \u2013 g\u00e9n\u00e9ral de l\u2019archev\u00eaque de Vienne. On ajouta aux d\u00e9pendances de cet \u00e9tablissement une terre et une vigne, acquises le 14 mai 1523. Le 6 ao\u00fbt suivant, on attacha \u00e0 l\u2019h\u00f4pital deux pr\u00eatres, pour consoler et confesser les pestif\u00e9r\u00e9s. Enfin, le 23, \u00ab actend\u00fb que, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, on se porte bien en ceste ville, les commis sont remerci\u00e9s et la circulation est r\u00e9tablie \u00bb.<br><br>Le 26 mars 1563, Bonaventure Vinet, hospitalier de l\u2019h\u00f4pital vieux ou des infects, exposa au conseil de la ville qu\u2019\u00e9tant tomb\u00e9 malade il avait droit d\u2019\u00eatre soulag\u00e9, d\u2019autant plus qu\u2019il avait plant\u00e9 une vigne et des arbres dans le champ de l\u2019h\u00f4pital.<br><br>En 1564, une peste vint ajouter ses maux aux calamit\u00e9s d\u2019une guerre civile. Malgr\u00e9 la d\u00e9tresse g\u00e9n\u00e9rale, les administrateurs de la ville parvinrent cependant \u00e0 faire face \u00e0 toutes les n\u00e9cessit\u00e9s de ces circonstances malheureuses. Il est fait mention pour la premi\u00e8re fois de cette nouvelle \u00e9pid\u00e9mie dans l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du 20 juillet, o\u00f9 l\u2019on prit les r\u00e9solutions suivantes : L\u2019entr\u00e9e de la ville est interdite au fils de Jean Cayol, qui avait s\u00e9journ\u00e9 dans des lieux grandement suspects de peste ; Nicolas Paris, libraire, est nomm\u00e9 capitaine de sant\u00e9; les malades indigents recevront des vivres aux d\u00e9pens de la ville. Le 19 ao\u00fbt, Antoine Tolain et Guillaume Vignerot sont d\u00e9sign\u00e9s comme chirurgiens pour le service des pestif\u00e9r\u00e9s, aux gages de 200 livres par an. Le 25 avril 1565, S\u00e9bastien M\u00e9sonat est choisi pour commis de la sant\u00e9. On lui accorde le port d\u2019armes pour se faire ob\u00e9ir et on lui adjoint \u00ab un grand et robuste personnage pour lui venir en aide \u00bb. Les consuls sont autoris\u00e9s \u00e0 faire construire des chabottes pour y placer les malades de la ville. Le 31 suivant, un m\u00e9decin, natif d\u2019Orl\u00e9ans, s\u2019offre \u00e0 servir les malades, si l\u2019on veut lui accorder \u00ab le logis et quelque honneste est\u00e2t \u00bb, faisant observer que si l\u2019on traite les malades avant l\u2019apparition du charbon, il en r\u00e9chappera beaucoup. Cette remarque nous apprend que l\u2019on avait affaire avec le terrible typhus d\u2019Orient, qui ravageait alors la Hongrie.<br><br>On trouve dans un autre document contemporain les renseignements suivants sur la m\u00eame \u00e9pid\u00e9mie.<br><br>Au mois d\u2019ao\u00fbt 1564, des accidents d\u2019une maladie contagieuse qui r\u00e9gnait \u00e0 Valence s\u2019\u00e9tant manifest\u00e9s \u00e0 Romans, l\u2019assembl\u00e9e de la ville nomma un conseil et un capitaine de sant\u00e9. Elle ordonna l\u2019am\u00e9nagement du vieil h\u00f4pital des infects. La ville fut divis\u00e9e en dix sections, plac\u00e9es chacune sous la surveillance de deux commissaires charg\u00e9s de tout ce qui concernait la propret\u00e9 et la salubrit\u00e9, de faire enlever les fumiers, balayer les rues (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 13<\/a>), nettoyer les maisons, soigner les malades, etc. On fit une convention avec deux chirurgiens , qui s\u2019engag\u00e8rent, moyennant une r\u00e9tribution de 200 livres, \u00e0 donner, pendant un an, des soins aux habitants qui tomberaient malades. Apr\u00e8s avoir trait\u00e9 des personnes atteintes de la peste, ils ne devraient plus frayer avec les individus sains qu\u2019apr\u00e8s une retraite de quarante jours dans leurs maisons. De m\u00eame, les meubles des pestif\u00e9r\u00e9s ne pourraient \u00eatre expos\u00e9s et mis en vente que trois mois apr\u00e8s le d\u00e9c\u00e8s des propri\u00e9taires.<br><br>Le 12 septembre, on accorda une gratification de dix florins \u00e0 Hugues Boze, portier de la porte sur le pont, pour la peine qu\u2019il avait extraordinairement eue durant la contagion.<br><br>Le 27 mars 1566, les galopins qui servaient dans l\u2019h\u00f4pital des infects (c\u2019\u00e9tait alors celui de Pailherey) demand\u00e8rent leur cong\u00e9 et la r\u00e9mun\u00e9ration de leurs peines. Ils offrirent de prendre en paiement les meubles restant dans l\u2019h\u00f4pital : ce qui leur fut accord\u00e9, \u00e0 condition qu\u2019ils demeureraient dix \u00e0 douze jours dans une chabotte avant de communiquer avec le public.<br><br>Le 11 mai 1567, le principal du coll\u00e8ge pria les consuls de faire nettoyer les chambres qui avaient servi d\u2019h\u00f4pital pendant la peste. Le 15, Jean Giraud r\u00e9clama son salaire pour avoir fait ce nettoiement. Enfin, le 20 juillet, l\u2019assembl\u00e9e communale r\u00e9solut de demander au parlement l\u2019autorisation de lever une cotisation sur les habitants exempts et non exempts pour payer les d\u00e9penses faites pendant la peste.<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/3d\/d3\/82\/3dd382283070ac296c7b9b407d30f7b5c485a53e.jpg?v=v1\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/3d\/b9\/0c\/3db90c8d7fb72383ba171a2d75248b26363c1e0a.jpg?v=v1\" alt=\"\"\/><figcaption class=\"wp-element-caption\"><em><strong>Un \u00ab&nbsp;rem\u00e8de&nbsp;\u00bb&nbsp; contre la peste \u2013 Extrait du registre paroissial de Seyne, hameau de Saint-Pons<br>(Alpes-de-Haute-Provence)&nbsp;de 1744 \u00e0 1792<\/strong><\/em><\/figcaption><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><br>Des sympt\u00f4mes de peste s\u2019\u00e9tant montr\u00e9s \u00e0 Saint-Donat, le conseil de ville ordonna, le 2 novembre 1576, des mesures de pr\u00e9caution pour l\u2019entr\u00e9e des personnes et des marchandises. Le 20 mai suivant, les suspects de contagion furent laiss\u00e9s libres.<br><br>&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/e9\/e2\/32\/e9e23237626779eabab1ab3e75969e2440c5ba46.jpg?v=v1\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><em>Les m\u00e9decins soignant les pestif\u00e9r\u00e9s se prot\u00e9geaient au mieux de la contamination, d\u2019o\u00f9 l\u2019usage d\u2019un masque, d\u2019une tunique de lin ou de toile cir\u00e9e, de gants, d\u2019un large chapeau et d\u2019une baguette par ceux que l\u2019on nomme les \u00ab&nbsp;m\u00e9decins de peste&nbsp;\u00bb. Avec un accoutrement le m\u00e9decin de peste consultait les malades de la pointe de sa baguette et respirait au travers d\u2019un bec perfor\u00e9 bourr\u00e9 d\u2019herbes odorif\u00e8res qui masquaient les odeurs putrides.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><br><br>L\u2019\u00e9pid\u00e9mie la plus meurtri\u00e8re qui ait afflig\u00e9 la ville de Romans est celle qui se montra au commencement de septembre 1585 et qui dura plus d\u2019un an (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 14<\/a>). On nomma, suivant l\u2019usage, une commission charg\u00e9e d\u2019\u00e9laborer un r\u00e8glement sanitaire. Elle fut compos\u00e9e de MM. Gordon, Merlin, Andr\u00e9 Faure, Arnoulx Deloulle, Pierre Grangier, Antoine Servonnet, Jean Doyne, Tezon Besson et Jean Bochard. On publia alors \u00ab&nbsp;ung r\u00e8glement et police par les gentz du conseil estably en la ville de Romans pour la conservation de la sant\u00e9 en lad. ville \u00bb. Les prescriptions portent principalement sur la propret\u00e9 \u00e0 entretenir dans les rues, la police des cabarets et autres lieux publics, \u00e0 peine de 20 \u00e9cus d\u2019amende contre les contrevenants. Il \u00e9tait d\u00e9fendu aux apothicaires et aux chirurgiens de visiter les malades et de faire des saign\u00e9es sans la pr\u00e9sence et l\u2019avis d\u2019un m\u00e9decin et sans la permission dudit conseil de sant\u00e9.<br><br><br><br><strong>Un autre \u00ab&nbsp;rem\u00e8de&nbsp;\u00bb parmi d\u2019autres ..<\/strong>.<br><br><br><em>Le cur\u00e9 de La Chapelle-Gaugain (Sart<\/em>he) <em>en 1670 a du alors \u00eatre fier d\u2019inscrire dans ses registres une \u00ab&nbsp;recepte tres escellente et tres certaine approuv\u00e9e contre la peste laquelle le sire Guillaume Chaudi\u00e8re a envoy\u00e9e de paris&nbsp;\u00bb&nbsp; (G.Chaudiere \u00e9tait imprimeur-libraire \u00e0 Paris)<br>La recette est \u00e0 base de Reine de Pr\u00e9s, connue pour faire baisser la fi\u00e8vre gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019aspirine qu\u2019elle contient.<br>\u00ab&nbsp;vous direz apres l\u2019avoir esprouv\u00e9 que c\u2019est un excellent remede apr\u00e8s dieu&nbsp;\u00bb !<br>&nbsp;\u00bb Il fault prendre de l\u2019eau cy-dessouls mentionn\u00e9e, en prendre un doigt de deux jours l\u2019un, et principalement quand on sort en public, ou bien si c\u2019\u00e9toit quelqu\u2019un frapp\u00e9 dans douze heures, il luy en fault faire prendre six onces, s\u2019il est robuste et puissant , huict, et qu\u2019il se promene un peu, ce qu\u2019il faict facilement \u00e0 cause de la dicte eau luy fera bon coeur, puis se fera coucher, et il suera dehors toute la peste ; celui qui l\u2019essuiera fault qu\u2019il en prenne un peu et qu\u2019il rafraichisse ses mains de vinaigre, apres en avoir frote ses temples et&nbsp; derriere de ses aureilles. vous direz apres l\u2019avoir esprouv\u00e9 que c\u2019est un excellent rem\u00e8de, apr\u00e8s dieu. pour cognoistre l\u2019herbe de quoy il fault faire le dict remede, prendrez une branche d\u2019orme, la plus verte, je dis une branche et vous vous en irez en un pr\u00e9 , le long de quelque ruisseau ou petit foss\u00e9, et regarderez l\u2019herbe qui semblera le mieux \u00e0 la dicte branche que j\u2019ai dict la premiere, car elle est toute semblable, elle se nomme vulgaris regina<br>prati, il ny a nul herbe lisse qui (\u2026) et en la cueillant, vous sentirez qu\u2019elle sent comme la pimpenelle et reseuille. , voila seroitcertain d\u2019icelle. Vous en cueillerez tant que vous en pourrez<br>mettre en une chapelle ou alambic, et auparant que la mettre en alambic, il faut qu\u2019elle aye tremp\u00e9 dans un pot net plain du plus excellent vin blanc que l\u2019on poura trouver vingt et quatre heures, puis tirer la dicte herbe sans y laisser le dict vin blanc, et la mettre dans l\u2019alambic et la faire distiller lentement sans qu\u2019elle soit brusl\u00e9e, puis la laisser jeter son feu dedans une fiole deux ou trois jours, puis la servir; tant plus elle sera vieille et meilleure elle sera. &nbsp;\u00bb&nbsp;<\/em><br><br><br>Deux membres de ce conseil devaient \u00e0 tour de r\u00f4le se rendre dans les h\u00f4pitaux pour faire distribuer des vivres et donner des soins aux pauvres malades. Enfin, la crainte de la contagion retenant beaucoup de conseillers \u00e0 la campagne (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 15<\/a>), il fut arr\u00eat\u00e9 que la pr\u00e9sence de seize membres suffirait pour l\u2019exp\u00e9dition des affaires de la ville.<br><br>Cependant Antoine Gu\u00e9rin, juge royal de Romans, sur le commandement de Lavalette et de Maugiron, lieutenants g\u00e9n\u00e9raux en Dauphin\u00e9, ordonna \u00e0 Ennemond Chorin, courrier de la ville (commissaire de police), de signifier \u00e0 tous les habitants de revenir, sous trois jours, dans la dite ville pour y faire leurs charge et devoir \u00ab de bons et vrays citadins \u00bb, \u00e0 peine de 30 \u00e9cus d\u2019amende et de recevoir en garnissaire un soldat \u00e9tranger. Car, disait l\u2019ordonnance du juge, il n\u2019est pas juste que ceux qui sont oblig\u00e9s de demeurer dans la ville, au p\u00e9ril de leurs jours, supportent toutes les charges, pendant que les absents vivront en s\u00e9curit\u00e9 \u00e0 la campagne. Le malheur du temps \u00e9tant commun \u00e0 tous, les conditions doivent \u00eatre \u00e9gales. Des sommations, en cons\u00e9quence, furent signifi\u00e9es \u00e0 MM, Loyron, Pierre et Charles Lhoste, Garagnol, Renault, Henry, Robert et Chabert.<br><br>On traita ensuite avec \u00ab ung personnage du Forrest, homme tr\u00e8s expert aux rem\u00e8des de la contagion et dont on donne \u00e0 Lyon de grandes louanges pour les ordinations, et qui a parachev\u00e9 de d\u00e9sinfecter la ville. On traitera aussi avec un chirurgien, qui est encore au service de la m\u00eame ville \u00bb.<br><br>Il existe de cette terrible \u00e9pid\u00e9mie un \u00e9tat authentique, officiel et contemporain des d\u00e9c\u00e8s survenus en 1585 et 1586, dress\u00e9 et certifi\u00e9 par Ennemond Chorin. Ce n\u00e9crologe existe aux archives d\u00e9partementales de la Dr\u00f4me (E. 3804) et a pour titre :<br><br>\u00ab Rolle des d\u00e9c\u00e9d\u00e9s de contagion habitant en la ville de Romans, depuis le premier jour du moys de septembre 1585, fini au dernier jour du moys de novembre 1586, suivant la suite et description quy a \u00e9t\u00e9 faicte par moy, Ennemond Chorin, commis par Monsieur M. 0 Antoine Gu\u00e9rin, escuyer et juge royal dudit Romans, et Messieurs les consuls. \u00bb<br><br>Dans ce document, contenant 38 feuillets, la ville est divis\u00e9e en sept quartiers. Les m\u00e9nages qui ont fourni des victimes sont au nombre de 1336, plus deux h\u00f4pitaux et un couvent. Les chefs de famille sont seuls d\u00e9sign\u00e9s par leurs nom et pr\u00e9noms. Les autres personnes le sont par leurs qualit\u00e9s de femme, de veuve, de m\u00e8re, d\u2019enfant (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 16<\/a>), de neveu, de gendre, de serviteur et de chambri\u00e8re.<br>Le nombre des morts par m\u00e9nage varie de 1 \u00e0 13, soit en moyenne 3 1\/5. Enfin, le total des d\u00e9c\u00e8s se serait \u00e9lev\u00e9 \u00e0 4198, savoir : 984 hommes, dont 7 religieux Cordeliers; 1104 femmes, dont 2 religieuses de Saint-Just (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 17<\/a>), et 2110 enfants, plus 30 personnes dans les h\u00f4pitaux, sans d\u00e9signation de sexe ; total g\u00e9n\u00e9ral 4228 (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 18<\/a>).<br><br>Voici deux exemples de la r\u00e9daction des articles :<br><br>\u00ab 11 (personnes). Eymard de Chaste, sa femme, sept enfants, sa niepce et un serviteur.<br>\u00bb 13 (personnes). H\u00f4te (aubergiste). Balthazar Coste, sa m\u00e8re, son fr\u00e8re, cinq serviteurs, trois chambri\u00e8res et un enfant d\u2019une des chambri\u00e8res. 1\u00bb<br><br>Ce nombre consid\u00e9rable de d\u00e9c\u00e8s, bien authentiquement prouv\u00e9, est r\u00e9ellement effrayant, si l\u2019on consid\u00e8re qu\u2019il fut pr\u00e9lev\u00e9 sur une population qui ne pouvait gu\u00e8re, \u00e0 cette \u00e9poque, apr\u00e8s des ann\u00e9es de guerres civiles, de disettes et d\u2019\u00e9pid\u00e9mies, atteindre un total de 6000 \u00e2mes, que Romans n\u2019a d\u00e9pass\u00e9 qu\u2019au commencement de ce si\u00e8cle (6150 en 1801).<br><br>Le 13 janvier 1586, il fut d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on r\u00e9p\u00e9terait les frais faits pour fournir des vivres aux malades plac\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital des infects et qu\u2019on indemniserait ceux dont on avait br\u00fbl\u00e9 les meubles pour pr\u00e9server de la contagion.<br><br>Dans le mois de juillet, les compagnies du r\u00e9giment de Rumfort qui \u00e9taient en garnison \u00e0 Romans se log\u00e8rent dans les tours des remparts, pour \u00e9viter la contagion. N\u00e9anmoins plusieurs capitaines furent victimes de la peste.<br><br>C\u2019est pendant cette \u00e9pid\u00e9mie que disparut le sceau d\u2019or aux armes de l\u2019empire qui \u00e9tait, attach\u00e9 \u00e0 la bulle du 25 janvier 1366, contenant plusieurs privil\u00e8ges accord\u00e9s, par l\u2019empereur Charles IV aux habitants de Romans (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 19<\/a>)<br><br>Par lettres du 23 janvier 1587, Pierre de Villars, archev\u00eaque devienne, approuva le v\u0153u fait par la ville de Romans de c\u00e9l\u00e9brer \u00e0 perp\u00e9tuit\u00e9\u2019, comme le saint dimanche, les f\u00eates de Saint-S\u00e9bastien et de Saint-Roch, en reconnaissance de la gu\u00e9rison de la peste et pour en \u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e \u00e0 l\u2019avenir.<br><br>Dans sa s\u00e9ance du 25 avril, l\u2019assembl\u00e9e communale, ayant reconnu qu\u2019il existait des craintes fond\u00e9es de contagion , nomma de nouveau un conseil de sant\u00e9 et passa une convention avec le sieur Guillaume Auroz, chirurgien, lequel s\u2019engagea \u00e0 soigner les pestif\u00e9r\u00e9s, moyennant 30 \u00e9cus par mois et l\u2019exemption des tailles.<br><br>Voici la copie d\u2019un certificat de sant\u00e9, sans lequel, \u00e0 cette malheureuse \u00e9poque, on ne pouvait circuler :<br><br>\u00ab <em>Nous, soussign\u00e9s, certifions et attestons par la pr\u00e9sente Pierre Pellaud, chapelier \u00e0 Voyron, estre homme de bien, bonne vie, sans avoir est\u00e9 jamais repris de vice acte, estant iceluy de la religion catholique, appostolique et romaine, comme semblablement tous ceulx de sa maison, et iceluy issu de bons parents, gentz de bien et d\u2019honneur, et part aujourdhuy, 6e de may 1587, dudit Voyron pour aller \u00e0 Romans, auquel lieu de Voyron n\u2019y a aulcun danger de malladie contagieuse, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu. En foy de quoy nous avons mis et icy appos\u00e9 les armoiries du seigneur dud. lieu. \u00bb Humbert RIESSE, vi chastelain dudit Voyron.<\/em> \u00bb COUTURIER , cur\u00e9.<br>\u00bb<em> Actendu l\u2019attestation suscripte et sur l\u2019instance dud. Pierre Pellaud et r\u00e9quisition d\u2019estre receu habitant en- la ville, luy est accord\u00e9 en payant les charges comme les aultres habitants.<br>\u00bb Fait au conseil ordinaire, le 10 may 1587.<br>RICOL, S.re.<\/em> \u00bb<br><br>La cour du parlement, qui si\u00e9geait \u00e0 Romans, dans les b\u00e2timents de l\u2019h\u00f4pital de Pailherey, fut dans la n\u00e9cessit\u00e9, au mois d\u2019ao\u00fbt 1598, de sortir de cette ville, o\u00f9 la peste venait de se d\u00e9clarer de nouveau. Un h\u00f4telier, nomm\u00e9 Faressey, soign\u00e9 par M. Forrest, m\u00e9decin, avait succomb\u00e9 le premier \u00e0 ce retour du fl\u00e9au. A l\u2019h\u00f4pital de Sainte-Foy la contagion s\u2019\u00e9tant propag\u00e9e dans la salle des femmes, le Dom recteur demanda \u00e0 la ville des secours pour emp\u00eacher les pauvres de mourir de faim.<br><br>Dans l\u2019assembl\u00e9e g\u00e9n\u00e9rale du 23 mars 1612, il fut propos\u00e9 de faire construire un h\u00f4pital pour les infects dans un lieu plus commode que celui o\u00f9 \u00e9tait l\u2019h\u00f4pital vieux, trouv\u00e9 malpropre et dangereux, et que, dans ce but, on appellerait ceux du clerg\u00e9 et de la noblesse pour examiner ce projet.<br><br>Sur l\u2019avis qu\u2019une maladie contagieuse faisait des ravag\u00e9s \u00e0 Grenoble, une assembl\u00e9e extraordinaire se tint, le 25 mai 1616. On y nomma un conseil de sant\u00e9, compos\u00e9 de douze membres. On s\u2019occupa ensuite de remplacer l\u2019h\u00f4pital vieux, qui \u00e9tait en ruines. On acheta, le 12 d\u00e9cembre 1618, de divers particuliers un vaste emplacement, pour le prix de 181 livres 6 sols. On y fit d\u2019abord construire quelques chambres, en utilisant ce qu\u2019on put conserver de l\u2019ancien b\u00e2timent.<br><br>Voici, d\u2019apr\u00e8s ce qui en subsiste encore, la description de cette maison. L\u2019\u00e9difice avait 42 pieds de longueur du nord au sud et 27 pieds de largeur de l\u2019est \u00e0 l\u2019ouest. La porte d\u2019entr\u00e9e, aujourd\u2019hui mur\u00e9e, est plac\u00e9e au couchant. Elle conserve, grav\u00e9e sur la traverse sup\u00e9rieure, \u00e0 gauche et au-dessous du monogramme IMS, l\u2019inscription suivante : HOTEL DIEV et le mill\u00e9sime 1629, et \u00e0 c\u00f4t\u00e9 ces mots : IN NOM. DEL ROCHE, PRIEVR DE CEANS. Les jambages de cette porte sont charg\u00e9s de noms, qui, par les dates dont ils sont suivis, rappellent ceux des personnes qui furent employ\u00e9es \u00e0 d\u00e9sinfecter les marchandises, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la peste de Marseille, en 1720 (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 20<\/a>).<br><br>Le typhus de 1628, assez grave pour m\u00e9riter le nom de peste, vint du Midi, comme les \u00e9pid\u00e9mies pr\u00e9c\u00e9dentes (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 21<\/a>). Sa marche fut lente et l\u2019on put, pour ainsi dire, en compter les \u00e9tapes. Il arriva par le Vivarais, o\u00f9 il se montra le 6 juin. A la fin d\u2019octobre il \u00e9tait \u00e0 Tournon, puis \u00e0 Tain et le 7 novembre \u00e0 Romans. La premi\u00e8re victime fut un nomm\u00e9 Servonnet, qui succomba le 9. Deux m\u00e9decins et deux chirurgiens furent commis par les consuls pour constater la r\u00e9alit\u00e9 du mal.<br><br>Mais les magistrats de la cit\u00e9 n\u2019avaient pas attendu l\u2019apparition du fl\u00e9au pour prendre des mesures en rapport avec les circonstances. D\u00e8s le 1er novembre, le conseil s\u2019\u00e9tait r\u00e9uni et avait arr\u00eat\u00e9 que, pour porter rem\u00e8de \u00e0 la mis\u00e8re, qui \u00e9tait grande, il serait fait des distributions de bl\u00e9, dont un tiers aux frais de la ville et deux tiers aux d\u00e9pens de l\u2019Aum\u00f4ne g\u00e9n\u00e9rale. On nomma un conseil de sant\u00e9, compos\u00e9 de quinze membres et d\u2019un capitaine de sant\u00e9, \u00e0 qui on alloua 36 livres par mois. Le premier consul, M. Galliot, demanda les fonds n\u00e9cessaires pour placer des gardes et autres employ\u00e9s \u00e0 l\u2019h\u00f4pital des infects et acheter un bateau destin\u00e9 \u00e0 y transporter les malades et des vivres pour les nourrir. Le 8 du m\u00eame mois, le conseil pr\u00e9senta un \u00ab r\u00e8glement pour la conservation de la sant\u00e9 dans la ville de Romans \u00bb, en 36 articles, dont voici les principales dispositions :<br><br>Invitation au chapitre de faire continuer les pri\u00e8res et d\u2019exhorter le peuple \u00e0 remplir les devoirs religieux. \u2014 Avis au ministre de la religion r\u00e9form\u00e9e de cesser de faire des pr\u00eaches et des assembl\u00e9es. \u2014 Expulsion des \u00e9trangers. \u2014 Recommandation de mesures-,de propret\u00e9, d\u2019enlever les fumiers des rues, de ne point nourrir des bestiaux en ville, de br\u00fbler les chabottes en paille qui sont dans les vignes. \u2014 D\u00e9fense de fr\u00e9quenter les cabarets et les bals, de jouer, de voyager. \u2014 Mesures restrictives concernant les foires et march\u00e9s. \u2014 Fermeture des portes de la ville d\u00e8s qu\u2019on ne pourra plus lire et v\u00e9rifier les permis de ceux qui se pr\u00e9senteront. \u2014 R\u00e9sidence dans la ville du capitaine de sant\u00e9, \u00e0 qui tous les cas de danger seront rapport\u00e9s par les employ\u00e9s, dont il aura le commandement. \u2014 D\u00e9signation des m\u00e9decins et chirurgiens, qui s\u2019obligeront, par serment, \u00e0 r\u00e9sider dans la ville et \u00e0 visiter les malades du dedans et du dehors, \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et aux cabanes. \u2014 Appel aux cur\u00e9s, pr\u00eatres et religieux pour assister les malades et leur administrer les sacrements. \u2014Visite de l\u2019h\u00f4pital des infects \u00e0 faire par les consuls et conseillers, afin de pourvoir au logement des malades, d\u2019acheter des bateaux et civi\u00e8res pour le transport des pestif\u00e9r\u00e9s et des d\u00e9c\u00e9d\u00e9s, ainsi que le bois n\u00e9cessaire \u00e0 la construction des cabanes. \u2014 La nourriture des malades ais\u00e9s sera \u00e0 leurs frais, celle des n\u00e9cessiteux aux d\u00e9pens du public. \u2014 D\u00e9fense aux pauvres de mendier dans la ville et au dehors. \u2014 Les galopins conduiront diligemment l\u00e8s malades \u00e0 l\u2019h\u00f4pital et aux cabanes et porteront une baguette blanche, pour que le peuple se retire ; ils s\u2019emploieront au service des malades ; en cas de d\u00e9c\u00e8s, ils les enterreront au lieu qui leur sera indiqu\u00e9 et feront les.d\u00e9sinfections, etc.<br><br>Le 3 d\u00e9cembre, l\u2019assembl\u00e9e des trois ordres renouvela le v\u0153u g\u00e9n\u00e9ral du 3 juillet 1586, vota des messes pour l\u2019intercession de saint-Roch (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 22<\/a>) et de saint S\u00e9bastien, et une procession \u00e0 l\u2019\u00e9glise des Cordeliers. La visite des m\u00e9decins fut tax\u00e9e \u00e0 24 sols dans la ville et \u00e0 4 livres 10 sols hors la ville; celle des chirurgiens \u00e0 15 sols et 2 livres 10 sols. Le 29, on fit construire une grande cabane pour les malades du Bourg-du-P\u00e9age, aux frais des consuls de cette communaut\u00e9, laquelle poss\u00e9dait en outre dans son enceinte une grande maison dispos\u00e9e en h\u00f4pital..<br><br>Durant cette longue et meurtri\u00e8re \u00e9pid\u00e9mie, le premier consul, Andr\u00e9 Gaillot, et son successeur, Antoine Buissonnier, montr\u00e8rent beaucoup d\u2019activit\u00e9, de sang-froid et de d\u00e9vouement. Le conseil municipal fut tout le temps en, permanence. Il s\u2019assembla \u00e0 l\u2019h\u00f4tel de ville, dans l\u2019\u00e9glise et m\u00eame sur la place. Quatre conseillers furent enlev\u00e9s par la peste; c\u2019\u00e9taient MM. Pierre Jassoud, m\u00e9decin de l\u2019h\u00f4pital des infects, Fran\u00e7ois Jassoud, Claude Thibaud et Pierre Banchard.<br><br>\u00ab La ville, \u00e9puis\u00e9e et sans ressource, tomba dans un grand d\u00e9sordre. Ceux qui se portaient bien volaient ceux qui \u00e9taient malades. Il fallait secourir les uns et punir les autres. Les chanoines, avant de fuir (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 23<\/a>) voulurent fermer le ch\u0153ur de leur \u00e9glise ; les cur\u00e9s et les consuls, toujours fid\u00e8les \u00e0 leur poste, s\u2019y oppos\u00e8rent. Le conseil municipal transporta ses assembl\u00e9es sur la place. Cependant les maisons se remplissaient de morts. Pour les en tirer on organisa une compagnie de vingt hommes, appel\u00e9s corbeaux. V\u00eatus de toile cir\u00e9e, arm\u00e9s d\u2019un croc, conduits par un capitaine, ils allaient chercher les cadavres pour les jeter sur des charrettes et les transporter .au lieu de leur s\u00e9pulture. Le capitaine, qui marchait \u00e0 leur t\u00eate, \u00e9tait le plus expos\u00e9; d\u00e9j\u00e0 plusieurs avaient p\u00e9ri \u00e0 ce poste honorable. Il \u00e9tait vacant et personne ne se pr\u00e9sentait pour le remplir. Le conseil municipal s\u2019assemble dans l\u2019\u00e9glise, au pied des autels ; la foule qui l\u2019environne attend avec impatience le succ\u00e8s de sa d\u00e9lib\u00e9ration. Les consuls exposent la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019avoir un chef; ils demandent un citoyen qui veuille se d\u00e9vouer pour le salut public. Tous gardent le silence. Enfin, Fran\u00e7ois de Lacour accepte ce dangereux honneur. Il prend le fatal croc, et le peuple, en reconnaissance de ce d\u00e9vouement, donna \u00e0 ses descendants ce surnom, qui fut longtemps une expression honorable (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 24<\/a>), \u00bb Les frais g\u00e9n\u00e9raux pour le traitement des malades pendant les vingt mois et demi que l\u2019h\u00f4pital demeura ouvert s\u2019\u00e9lev\u00e8rent \u00e0 5321 livres, savoir : 1771 livres pour les d\u00e9sinfections, 2650 pour les gages des employ\u00e9s et 900 pour les travaux de r\u00e9paration \u00e0 l\u2019h\u00f4pital. La d\u00e9pense pour la nourriture, les m\u00e9dicaments et autres frais personnels, avanc\u00e9e, par la ville, fut r\u00e9partie entre les malades et fix\u00e9e \u00e0 8 sols par journ\u00e9e de traitement et \u00e0 3 livres pour la d\u00e9sinfection des hardes de chaque individu. Le r\u00f4le en fut \u00e9tabli suivant les certificats fournis par le capitaine de sant\u00e9 et arr\u00eat\u00e9 par les conseillers de Lacour, Albert et Falgues, commis par les consuls \u00e0 la taxe et liquidation. Le registre de cette r\u00e9partition a pour titre :<br><br><em>\u00ab R\u00f4le des habitants de la ville de Romans, lesquels ont \u00e9t\u00e9 conduits et men\u00e9s tant dans l\u2019h\u00f4pital des infects que dans les cabanes autour d\u2019iceluy, pour y estre nourris, aliment\u00e9s, pans\u00e9s, m\u00e9dicament\u00e9s et entretenus aux frais et d\u00e9pens de ladicte ville, depuis le 9 de novembre 1628, que le mal contagieux commen\u00e7a dans icelle, jusqu\u2019au 28 de juillet 1630, que les officiers de sant\u00e9 furent cong\u00e9di\u00e9s et qu\u2019il finit enti\u00e8rement, sans que du depuis, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu, il y aye eu aucun soup\u00e7on <\/em>(<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 25<\/a>)<em>. Lesquels habitants doivent supporter, \u00e0 prorata du temps qu\u2019ils y auront demeur\u00e9, les frais soufferts et support\u00e9s par ladicte ville, durant ledict temps que le mal a dur\u00e9. \u00bb<br>Ce r\u00f4le se compose d\u2019un cahier de 87 feuillets, chaque page contenant quatre articles. Chacun de ceux-ci comprend le nom de la personne tax\u00e9e, tant pour elle que pour les membres de sa famille ou ses domestiques. Toutes les parcelles sont r\u00e9dig\u00e9es uniform\u00e9ment et dans les m\u00eames termes. Voici la premi\u00e8re :<\/em><br><br><em>\u00ab Antoine Fontane, tisserand de toiles, pr\u00e8s la Croix-Richa, son beau-p\u00e8re et sa femme, en tout 226 jours; pour d\u00e9sinfecter sa maison iij livres. R\u00e9sulte du certificat du sieur Claude Didier de Taney, capitaine de sant\u00e9. Cot\u00e9 en tout 93 livres 8 sols. \u00bb<\/em><br><br>On faisait distraction de la moiti\u00e9 \u00e0 ceux qui s\u2019\u00e9taient nourris; ils \u00e9taient en petit nombre. La plupart des malades appartenant \u00e0 la classe peu ais\u00e9e ou indigente, la ville eut \u00e0 supporter presque toute la d\u00e9pense. En somme, il y avait 674 cotes, s\u2019\u00e9levant au total \u00e0 24,634 livres 8 sols. Le nombre des individus \u00e9tait de 900, savoir : 550 hommes, 225 femmes et 125 enfants, ayant fourni 57,158 journ\u00e9es; ce qui donne une moyenne de 91 malades 1\/3 par jour et 62 journ\u00e9es 1\/2 de traitement pour chaque malade.<br><br>Cet \u00e9tat ne comprenant que les survivants, le renseignement le plus important \u00e0 conna\u00eetre dans l\u2019histoire d\u2019une \u00e9pid\u00e9mie ferait d\u00e9faut, si on ne le retrouvait dans le n\u00e9crologe ou \u00ab M\u00e9moire de ceux qui sont morts de la peste \u00bb, dress\u00e9 par les P\u00e8res Benjamin et Gabriel, pr\u00eatres Capucins. Ces religieux vinrent de Lyon \u00e0 Romans en 1629 pour servir et consoler les malheureux atteints de la maladie contagieuse qui r\u00e9gnait alors. Quand le mal fut sur son d\u00e9clin, ils firent la liste de toutes les personnes mortes, soit \u00e0 l\u2019h\u00f4pital, soit dans les cabanes voisines, depuis le 16 juillet 1629 jusqu\u2019\u00e0 la fin d\u2019avril 1630.<br><br>Ce catalogue consiste en un cahier de 30 feuillets, dont la derni\u00e8re page ou la 60e est remplie par le certifi\u00e9 v\u00e9ritable des P\u00e8res Benjamin et Gabriel, \u00e0 la date du 16 octobre 1630, et le visa du capitaine de sant\u00e9, Claude Didier de Taney, attestant que ce r\u00f4le est conforme \u00e0 son livre-journal, \u00ab \u00e0 quoy il faudra avoir recours, le cas \u00e9ch\u00e9ant \u00bb.<br><br>Le d\u00e9pouillement du m\u00e9moire des P\u00e8res Capucins donne un total de 810 d\u00e9c\u00e8s, survenus aux \u00e9poques suivantes :<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>1629 -Juillet (15 jours) 57<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Septembre 212<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>Novembre 123<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>D\u00e9cembre 87<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>1630 \u2013 Janvier 21<\/li>\n\n\n\n<li>F\u00e9vrier. 24<\/li>\n\n\n\n<li>Mars 9<\/li>\n\n\n\n<li>Avril 10<\/li>\n<\/ul>\n\n\n\n<p>Total 810<\/p>\n\n\n\n<p><br>Dans ce nombre on comptait 211 hommes, 240 femmes, 92 gar\u00e7ons, 151 filles et 110 enfants sans indication de sexe. Quant aux 3500 d\u00e9c\u00e8s consacr\u00e9s par la tradition, l\u2019absence des registres de l\u2019h\u00f4pital de la ville, de ceux des paroisses et surtout du journal tenu par le capitaine de sant\u00e9 ne permet pas de contr\u00f4ler ce chiffre, qui para\u00eet fort exag\u00e9r\u00e9. On peut seulement rappeler, comme point de comparaison, que les proc\u00e8s-verbaux des assembl\u00e9es ne font mention que de quatre conseillers, sur quarante, enlev\u00e9s par le mal contagieux et montrent le capitaine Didier de Taney vaquant journellement \u00e0 ses p\u00e9rilleuses fonctions du commencement \u00e0 la fin de l\u2019\u00e9pid\u00e9mie. Aucun des treize recteurs de l\u2019Aum\u00f4ne g\u00e9n\u00e9rale ne succomba; un seul, M. Jomaron, tr\u00e9sorier, dut s\u2019absenter pour cause de maladie. Cependant les P\u00e9nitents, qui \u00e9taient au nombre de deux cents, perdirent trente confr\u00e8res. La communaut\u00e9 du Bourg-du-P\u00e9age, sur une population de 1700 \u00e2mes, compta 198 d\u00e9c\u00e8s. En r\u00e9sum\u00e9, de ces donn\u00e9es on peut conclure que le nombre des habitants de Romans enlev\u00e9s par la peste de 1628 n\u2019exc\u00e9da pas 1000 \u00e0 1200, soit environ un sixi\u00e8me de la population (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 26<\/a>).<br><br>Par suite de v\u0153ux faits pour la cessation du fl\u00e9au, on pla\u00e7a dans l\u2019\u00e9glise de Saint-Barnard les statues de saint Roch et de saint S\u00e9bastien, que l\u2019on voit encore \u00e0 l\u2019entr\u00e9e du ch\u0153ur. En outre, le 20 mai 1630, les consuls, avec l\u2019autorisation de l\u2019archev\u00eaque de Vienne, pour remercier Dieu de la cessation de la peste, fond\u00e8rent dans l\u2019\u00e9glise de Saint-Antoine une haute messe avec diacre et sous-diacre. Ils .se rendirent processionnellement, avec tous les corps religieux et un grand nombre d\u2019habitants de la ville, au bourg de Saint-Antoine, o\u00f9 ils offrirent \u00e0 l\u2019abbaye vingt-trois cierges et un calice d\u2019argent, du poids de trois marcs, grav\u00e9 aux armes de Romans.<br><br>Voici le texte de cette fondation, qui a \u00e9t\u00e9 grav\u00e9 sur une plaque de cuivre, qu\u2019on voit encore de nos jours \u00e0 la sacristie de l\u2019\u00e9glise de Saint-Antoine :<br><br>\u00ab<em> Soit m\u00e9moire \u00e0 la post\u00e9rit\u00e9, qven cons\u00e9qvenee dv voev faict par les sievrs consvls et habitants de la ville de Romans, le XVIII octobre M.DCXXIX, \u00e0 ce qvil plvt a Diev, par l\u2019intercession de Sainct Antoine, retint son fl\u00e9av av dessvs ladicte ville afflig\u00e9e depvis vn an. Lediet voev fvt rendv et accompli solennellement par tovs les corps et ordres de ladicte ville, lvndi de la Pentecoste de l\u2019ann\u00e9e svyvante M.DCXXX, qvi eschok le xx may avqvel jovr lesdicts sievrs consvls, av nom de la svsdicte ville, fond\u00e8rent en ce liev et \u00e9glise de Sainct Antoine vne messe \u00e0 diacre et sovs diacre qui doibt estre annvellement, \u00e0 perp\u00e9tvit\u00e9, c\u00e9l\u00e9br\u00e9e par les v\u00e9n\u00e9rables religievx de cette abbaye le lvndi imm\u00e9diatement apr\u00e8s le jovr et feste de la Sainete-Trinit\u00e9, ainsi qve resvlte de l\u2019acte re\u00e7v par M.e Armand Lvioya, secr\u00e9taire de ladicte .ville. M. 1 Gadde, pr\u00e8s dvdict jovr et an. C. Michel m. E. Aymon 11. F. Vivet IIII\u00bb<br>\u00ab Les consuls furent exacts \u00e0 faire ce voyage ; ensuite ils y envoy\u00e8rent un d\u00e9put\u00e9; enfin le mal, l\u2019h\u00f4pital et la messe ont cess\u00e9 d\u2019exister.<br>\u00bb Ces quatre ann\u00e9es de mis\u00e8re occasionn\u00e8rent bien des d\u00e9penses. Les villes voisines avaient envoy\u00e9 des secours ; la justice et la reconnaissance commandaient de les payer. Les habitants d\u00e9lib\u00e9r\u00e8rent de faire une imposition. Le chapitre se pr\u00e9tendit exempt : il invoqua ses titres, qui cependant le condamnaient, car la sentence arbitrale de 1374, en l\u2019exemptant de la taille, d\u00e9cidait, \u00e0 l\u2019article xxi, que les eccl\u00e9siastiques seraient oblig\u00e9s, comme de droit, de contribuer au paiement des subsides, pro ut juris est. D\u2019ailleurs les trois ordres de la province avaient mis au rang des cas de droit les frais extraordinaires qui avaient pour objet le salut de tous. Il fallut plaider. Un arr\u00eat du conseil, du 17 avril 1634, renvoya la d\u00e9cision de cette affaire \u00e0 Jacques Talon, intendant, qui, par un jugement du 26 juillet 1635, condamna les chanoines \u00e0 payer leur part et portion de la contagion <\/em>(<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 27<\/a>)<em>. \u00bb<\/em><br><br>En 1630 et 1631, la peste s\u00e9vissait aussi en Italie. Elle se propagea ensuite dans le nord de l\u2019Europe, en Hollande, en Danemark, jusqu\u2019en Laponie. Les germes n\u2019\u00e9taient pas enti\u00e8rement \u00e9teints dans le midi. Elle fit des victimes \u00e0 Beaucaire, Tarascon, Marseille, Aix; elle remonta ensuite vers le nord et fut signal\u00e9e \u00e0 Chillac, pr\u00e8s de la Roche-de-Glun, o\u00f9 un nomm\u00e9 Tourtat, mis en quarantaine, s\u2019esquiva avec sa femme et ses enfants et r\u00e9pandit les germes de la peste dans les villages qu\u2019il traversa, \u00e0 Saint-Paul, Saint-Marcellin, La C\u00f4te. A Romans on se h\u00e2ta de prendre des pr\u00e9cautions. M. Fran\u00e7ois de Lacour, marchand, fut nomm\u00e9 capitaine de sant\u00e9, le 13 juillet 1651 (<a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 28<\/a>). Pendant huit mois il d\u00e9ploya le plus grand z\u00e8le pour \u00e9loigner le fl\u00e9au, qui se montrait aux environs et m\u00eame dans la ville. Pour le r\u00e9compenser de ses peines, le d\u00e9dommager de la perte de son temps et le rembourser de ses d\u00e9penses, les consuls lui allou\u00e8rent, le 14 mars 1652, une somme de 752 livres 13 sols et 6 deniers.<br><br>En 1690, on observa \u00e0 Romans une maladie sur laquelle nous n\u2019avons pas d\u2019autre renseignement que le suivant. L\u2019intendant Bouchu \u00e9crit le 28 octobre ces quelques mots, apr\u00e8s la mort de plusieurs personnes \u00e0 l\u2019h\u00f4pital de Sainte-Foy:<br><br><em>\u00ab MM. les consuls, attendez que je sois en Dauphin\u00e9. Je ferai bien faire sur cela le devoir aux m\u00e9decins de votre ville, et-je doute qu\u2019ils osent h\u00e9siter d\u2019aller visiter les h\u00f4pitaux, o\u00f9 ils me verront aussi souvent qu\u2019eux<\/em>. \u00bb<br><br>Apr\u00e8s s\u2019\u00eatre comme \u00e9teinte dans les frimas septentrionaux, la peste reparut, en mai 1720, pour la vingt-troisi\u00e8me fois \u00e0 Marseille, o\u00f9 pendant deux ans elle r\u00e9gna souverainement. Elle se communiqua \u00e0 Aix, \u00e0 Arles, \u00e0 Toulon et autres villes de la Provence et du Comtat. Romans, qui n\u2019avait pas oubli\u00e9 les calamit\u00e9s du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent, se h\u00e2ta de prendre des mesures contre la propagation du fl\u00e9au. On \u00e9tablit un conseil de sant\u00e9, compos\u00e9 des consuls, d\u2019eccl\u00e9siastiques, de gentilshommes, d\u2019avocats et de bourgeois. Ce conseil fit un r\u00e8glement sanitaire, qui fut homologu\u00e9 par le parlement. Pendant deux ans ce r\u00e8glement fut rigoureusement ex\u00e9cut\u00e9 dans ses dispositions les plus s\u00e9v\u00e8res. Il y avait pour les simples contraventions amende, prison et confiscation des marchandises. En cas de r\u00e9cidive, la peine \u00e9tait en outre corporelle. Pour citer un exemple, le 11 juillet 1722, le bureau de sant\u00e9 condamna un sieur Eynard, convaincu d\u2019avoir, par r\u00e9cidive, pass\u00e9 la barri\u00e8re du pont en fraude et contravention, \u00ab \u00e0 \u00eatre battu et fustig\u00e9 avec des verges par l\u2019ex\u00e9cuteur de la haute justice, aux carrefours et lieux accoutum\u00e9s de cette ville, un jour de march\u00e9, jusqu\u2019\u00e0 la barri\u00e8re, o\u00f9 il sera appliqu\u00e9 au carcan et y demeurera attach\u00e9 pendant deux heures, \u00e0 une aum\u00f4ne de 25 livres et aux frais \u00bb. Mais, heureusement pour le d\u00e9linquant, cette s\u00e9v\u00e8re sentence ne fut pas ex\u00e9cut\u00e9e, parce que la peste cessa bient\u00f4t apr\u00e8s.<br><br>Fran\u00e7ois de Lacour avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 capitaine de sant\u00e9 et eut sous ses ordres deux aides-majors et des valets de ville. On entoura Romans d\u2019un cordon de troupes, \u00e9chelonn\u00e9es le long de l\u2019Is\u00e8re. On ferma les portes de la ville, \u00e0 l\u2019exception de celles de Jacquemart et du pont, qui furent soigneusement gard\u00e9es par des citoyens arm\u00e9s de fusils. Un foss\u00e9 de huit pieds de largeur et d\u2019autant de profondeur, creus\u00e9 en avant du Bourg-du-P\u00e9age,, fit consid\u00e9rer cette localit\u00e9 comme sur la rive droite de l\u2019Is\u00e8re et en dedans du rayon de sant\u00e9. Enfin, les consuls achet\u00e8rent dans la Valloire 746 m\u00e9tiers de bl\u00e9, au prix de 7071 livres 18 sols, pour nourrir les pauvres dans le cas o\u00f9 la peste viendrait \u00e0 se d\u00e9clarer. On avait destin\u00e9 le monast\u00e8re des Cordeliers pour lieu d\u2019assembl\u00e9e, le b\u00e2timent des \u00e9coles pour l\u2019h\u00f4pital des infects et le couvent des Capucins pour les convalescents.<br><br>Le 21 octobre, M. Arnoulx Legentil, ma\u00eetre-apothicaire et directeur de la quarantaine \u00e9tablie \u00e0 Vernaison, composa, en pr\u00e9sence de MM. Jacques Chevalier, procureur du roi, et Guillaud, notaire, deux quintaux et demi de parfums pour d\u00e9sinfecter les marchandises, sur la recette donn\u00e9e par M. Massot, m\u00e9decin de l\u2019h\u00f4pital de Sainte-Foy.<br><br>Le conseil de sant\u00e9 arr\u00eata que les marchandises seraient d\u00e9sinfect\u00e9es \u00e0 Vernaison et que, pour cette op\u00e9ration, il serait pay\u00e9 30 sols par balle de laine et 40 sols par balle de draperie. Les laines \u00e9taient aussi lav\u00e9es dans l\u2019Is\u00e8re et s\u00e9ch\u00e9es sur les bords, apr\u00e8s qu\u2019elles avaient \u00e9t\u00e9 purifi\u00e9es dans l\u2019enclos de l\u2019h\u00f4pital vieux. Les quatre employ\u00e9s qui avaient \u00e9t\u00e9 charg\u00e9s de ce travail, ainsi que d\u2019emmagasiner les cotons, furent astreints \u00e0 une quarantaine de vingt jours, sans pouvoir communiquer avec personne, ni sortir de l\u2019h\u00f4pital, \u00ab sous peine d\u2019\u00eatre fusill\u00e9s, suivant le r\u00e8glement \u00bb.<br><br>Dans la s\u00e9ance du conseil du 9 d\u00e9cembre 1720, M. Legentil repr\u00e9senta qu\u2019il avait h\u00e9rit\u00e9 de ses a\u00efeux la composition d\u2019un antidote contre la peste, qui avait eu, en d\u2019autres temps, des heureuses suites, et qu\u2019il offrait d\u2019en faire une composition publique. Mais, gr\u00e2ce \u00e0 Dieu et non \u00e0 d\u2019impuissantes quarantaines ( <a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=4244#note\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">note 29<\/a>) et d\u2019innocents parfums, Romans fut enti\u00e8rement pr\u00e9serv\u00e9, comme il l\u2019a \u00e9t\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 ce jour, de la peste qui avait \u00e9t\u00e9 si terrible \u00e0 Marseille. Enfin, le 5 octobre 1722, l\u2019intendant \u00e9crivit au conseil de sant\u00e9 pour l\u2019informer que le cordon sanitaire \u00e9tait lev\u00e9, la quarantaine supprim\u00e9e et la circulation r\u00e9tablie.<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Dr ULYSSE CHEVALIER.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/54\/d0\/2e\/54d02e538ee316f219cfd3695c1b352820decf70.jpg?v=v1\" alt=\"L\u2019attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est 54d02e538ee316f219cfd3695c1b352820decf70.jpg.\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"note\"><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>(1)<\/strong> Maigreur g\u00e9n\u00e9rale \u2013 Toutefois comme la somme de bonheur r\u00e9partie \u00e0 l\u2019humanit\u00e9 est toujours et-partoul \u00e0 peu pr\u00e8s la m\u00eame, on peut admettre que l\u2019\u00e9tat mat\u00e9riellement mis\u00e9rable du moyen-\u00e2ge \u00e9tait compens\u00e9 par des satisfactions morales \u00e9quivalentes.<br><strong>(2)<\/strong> Contagieux \u2013 Notre cl\u00e8bre fabuliste a fait allusion \u00e0 cette r\u00e9serve des autorit\u00e9s dans ce vers souvent cit\u00e9 : \u00ab La peste, puisqu\u2019il faut l\u2019appeler par son nom.<br><strong>(3<\/strong>) Parler \u2013 Raymond Chalin de Vinario a d\u00e9crit, d\u2019apr\u00e8s ses propres observations, en trois livres (De pest\u00e9), quatre \u00e9pid\u00e9mies, celles de 1348, 1360, 1373 et 1380<br>(<strong>4)<\/strong> Du midi au nord \u2013 De 1301 \u00e0 1720, la peste s\u2019est montr\u00e9e dix-sept fois \u00e0 Marseille et en Provence. Toutes ces \u00e9pid\u00e9mies, except\u00e9 la derni\u00e8re, se sont propag\u00e9es \u00e0 Romans et y ont fait des victimes.<br><strong>(5<\/strong>) A peu pr\u00e8s nuls \u2013 On n\u2019a pas la preuve qu\u2019il y ail eu \u00e0 Romans des m\u00e9decins proprement dits avant la fin du XIVe si\u00e8cle; \u00e0 peine, de loin en loin, trouve-t-on quelque physicien, archiatre, triarchier. Enfin, aucun habitant ne figure avec ces qualit\u00e9s sur le r\u00f4le de la grande taille lev\u00e9e en 1367, ni m\u00eame dans le d\u00e9nombrement des chefs de famille dress\u00e9 le 19 mars 1076, o\u00f9 l\u2019on compte cependant cinq apothicaires et trois barbiers-chirurgiens. On trouve en 1391 Me Durand, docteur en m\u00e9decine, et son aide Bertrand Vernet, mort en 1420. Mais la cr\u00e9ation d\u2019une universit\u00e9 \u00e0 Valence, en 1452, ayant rendu les \u00e9tudes plus faciles et moins co\u00fbteuses, la r\u00e9gion fut bient\u00f4t amplement pourvue de m\u00e9decins. N\u00e9anmoins en cas d\u2019\u00e9pid\u00e9mie grave, les autorit\u00e9s traitaient avec un ou deux m\u00e9decins \u00e9trangers, qui s\u2019engageaient \u00e0 combattre le fl\u00e9au par des moyens dont naturellement ils vantaient l\u2019efficacit\u00e9.<br><strong>(6)<\/strong> De1348 \u2013 Laure de Noves,dont les chants de P\u00e9trarque ont immortalis\u00e9 le nom, mourut \u00e0 Avignon de cette m\u00eame peste, le 6 avril 1348.<br><strong>(7)<\/strong> Prince \u2013 L\u2019ann\u00e9e pr\u00e9c\u00e9dente, l\u2019\u00e9pid\u00e9mie avait visit\u00e9 Marseille et emport\u00e9 les deux tiers de sa population.<br><strong>(8)<\/strong> De1505 \u2013 En 1504, la peste \u00e9clata \u00e0 Marseille avec une telle violence, que les m\u00e9decins, dit Papon, renonc\u00e8rent \u00e0 la combattre.<br><strong>(9)<\/strong> Dochier \u2013 M\u00e9moires sur la ville de Romans, p. 133.<br><strong>(10) <\/strong>Villeneuve \u2013 L\u2019emplacement de cet h\u00f4pital d\u00e9pendait de celui de Sainte-Foy, qui l\u2019avait c\u00e9d\u00e9 \u00e0 la ville pour y mettre les infects. Le 20 janvier 1606, les consuls achet\u00e8rent de Gaspard Milhard, au prix de 84 florins, un verger, afin d\u2019agrandir le cimeti\u00e8re, devenu insuffisant. Enfin cet \u00e9tablissement, depuis longtemps sans emploi, fut vendu par la ville.<br><strong>(11)<\/strong> Trois Doms \u2013 Voy. Composition, mise en sc\u00e8ne et repr\u00e9sentation du myst\u00e8re des trois Doms, jou\u00e9 \u00e0 Romans, etc., par M. P. E. Giraud. Lyon, 1848.<br><strong>(12)<\/strong> Peste \u2013 C\u2019est l\u2019h\u00f4pital vieux, sur le bord de l\u2019Is\u00e8re, que M. Dochier dit avoir \u00e9t\u00e9 \u00e9tabli en 1504 (M\u00e9m., p. 132).<br><strong>(13)<\/strong> Balayer les rues \u2013 Ces mesures hygi\u00e9niques prouvent que l\u2019autorit\u00e9 appr\u00e9ciait les inconv\u00e9nients de la malpropret\u00e9 qui r\u00e9gnait habituellement dans les rues de la ville et qu\u2019elle \u00e9tait impuissante \u00e0 faire cesser.<br><strong>(14)<\/strong> Un an \u2013 L\u2019\u00e9pid\u00e9mie, dite la grande peste, envahit la Provence et dura jusqu\u2019en 1587<br><strong>(15)<\/strong> Campagne \u2013 Lorsque la peste se d\u00e9clarait \u00e0 Grenoble, le parlement venait ordinairement \u00e0 Romans. Quand la maladie s\u00e9vissait dans cette derni\u00e8re ville, les chanoines abandonnaient leur \u00e9glise et allaient s\u2019assembler \u00e0 Peyrins, \u00e0 Jabelin ou \u00e0 Chalaire. Alors, comme aujourd\u2019hui, le meilleur pr\u00e9servatif de la peste consistait \u00e0 fuir le plus t\u00f4t et le plus loin possible.<br><strong>(16)<\/strong> Enfant \u2013 Dans plusieurs articles sont mentionn\u00e9s des enfants naturels vivant dans le sein de la famille avec les enfants l\u00e9gitimes ; exemple : \u00ab Claude Yserand, sa femme, ung enfant et une sienne fille naturelle. \u00bb<br><strong>(17)<\/strong> Saint Just \u2013 Apr\u00e8s la ruine de leur abbaye par les protestants, les religieuses de Saint-Just s\u2019\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9es \u00e0 Romans.<br><strong>(18)<\/strong> Total g\u00e9n\u00e9ral \u2013 C\u2019est du moins le chiffre que nous a donn\u00e9 un pointage attentif. A la fin du manuscrit il y a quatre mille deux cent cinquante-sept en toutes lettres, et IV\u2122CCLXVII en chiffres romains, \u00e9crit en marge.<br><strong>(19) <\/strong>Romans \u2013 \u00ab La vile de Romans estant grandement afflig\u00e9e de contagion, ladicte pi\u00e8ce estoit dans la maison de feu sieur Michel Barbier de Champlong, premier,consul, par d\u00e9c\u00e8s duquel de maladie contagieuse sa maison infect\u00e9e fut abandonn\u00e9e et par certains vol\u00e9e et saccag\u00e9e, comme a est\u00e9 tout notoire. et par ce moyen le sceau d\u2019or esgar\u00e9 (Inventaire des papiers et documents de la maison consulaire, p. 2).<br>Le complet abandon de la maison de M. Barbier de Champlong s\u2019explique par le d\u00e9c\u00e8s de toutes les personnes.qui l\u2019habitaient, au nombre de six, savoir, d\u2019apr\u00e8s le r\u00f4le : \u00ab M. de Champlong, sa femme, deux enfants, sa niepce et une chambri\u00e8re \u00bb.<br><strong>(20)<\/strong> En 1720 \u2013 Apr\u00e8s ce dernier service, l\u2019h\u00f4pital vieux fut vendu et son champ rendu \u00e0 l\u2019agriculture. Il longeait le bord de l\u2019Is\u00e8re, ce qui le rendait facilement accessible et permettait d\u2019y transporter en bateau les malades, les provisions et les corps des personnes d\u00e9c\u00e9d\u00e9es en ville, qui \u00e9taient enterr\u00e9es dans le cimeti\u00e8re de l\u2019h\u00f4pital. Le cadastre a conserv\u00e9 la d\u00e9signation d\u2019h\u00f4pital vieux \u00e0 un quartier rural de la commune de Romans.<br><strong>(21) <\/strong>Pr\u00e9c\u00e9dentes \u2013 Cette peste fut presque g\u00e9n\u00e9rale dans le Midi. Digne fut atteint et \u00e9prouva de tels ravages que le c\u00e9l\u00e8bre Gassendi s\u2019en est fait l\u2019historien.<br><strong>(22)<\/strong> Saint Roch \u2013 En 1301, la peste noire ayant ravag\u00e9 le midi du continent, la ville de Plaisance, qui fut une des plus \u00e9prouv\u00e9es, fut t\u00e9moin, \u00e0 cette occasion, du d\u00e9vouement d\u2019un c\u00e9l\u00e8bre p\u00e8lerin de Montpellier, plus tard canonis\u00e9, que, sous le nom de saint Roch, on invoque en temps de peste.<br><strong>(23)<\/strong> Avant de fuir \u2013 L\u2019abbesse et les religieuses de Saint-Just obtinrent, le 10 mars 1629, de l\u2019abb\u00e9 de C\u00eeteaux l\u2019autorisation de se retirer chacune dans sa famille et d\u2019y demeurer tant que la peste r\u00e9gnerait \u00e0 Romans. La ville de Grenoble en fut aussi tr\u00e8s afflig\u00e9e, \u00ab ce qui obligea les plus qualifi\u00e9s d\u2019en sortir \u00bb.<br><strong>(24)<\/strong> Honorable \u2013 Dochier, M\u00e9moires sur la ville de Romans, p. 134.<br>La v\u00e9rit\u00e9 nous oblige \u00e0 dire que les registres consulaires et de sant\u00e9, o\u00f9 sont relat\u00e9s jour par jour et tr\u00e8s minutieusement tous les faits relatifs \u00e0 la peste de 1628, ne font aucune mention du r\u00e9cit dramatis\u00e9 que nous venons d\u2019emprunter \u00e0 M. Dochier. C\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre quelque tradition amplifi\u00e9e se rapportant \u00e0 une \u00e9pid\u00e9mie plus ancienne. Au reste, la famille de Lacour a eu plusieurs membres qui ont port\u00e9 le pr\u00e9nom de Fran\u00e7ois. Un fut consul en 1376, un autre ma\u00eetre de la monnaie en 1536, un troisi\u00e8me fut capitaine de sant\u00e9 en I65I, un quatri\u00e8me chanoine en 1654, un cinqui\u00e8me aussi capitaine de sant\u00e9 en 1720, un sixi\u00e8me colonel de la bourgeoisie en 1722, etc. Nous croyons, \u00e0 cette occasion, devoir pr\u00e9venir le lecteur que M. Dochier, r\u00e9digeant ses M\u00e9moires au courant de la plume et en se fiant trop \u00e0 ses souvenirs, a\u2019 souvent confondu les personnes et interverti les faits et les dates.<br><strong>(25) <\/strong>Soup\u00e7on \u2013 Cette derni\u00e8re phrase a \u00e9t\u00e9 ray\u00e9e, parce que, peu de jours apr\u00e8s, une nouvelle recrudescence s\u2019\u00e9tait manifest\u00e9e.<br><strong>(26<\/strong>) Population \u2013 On remarqua alors que le quartier de la Presle avait \u00e9t\u00e9, comme \u00e0 d\u2019autres \u00e9poques, compl\u00e8tement \u00e9pargn\u00e9 par le fl\u00e9au. On attribue cette immunit\u00e9 \u00e0 certaines circonstances locales. La Presle est un vallon profond\u00e9ment creus\u00e9 par le torrent de la Savasse et sillonn\u00e9 par de nombreux cours d\u2019eau, affluents de l\u2019Is\u00e8re, ce qui \u00e9tablit un vif courant d\u2019air, qui balaie au besoin les miasmes contagieux. Ceux-ci sont en outre neutralis\u00e9s par les masses de tan et de chaux employ\u00e9es par les nombreuses tanneries et m\u00e9gisseries de ce quartier. La communaut\u00e9 de Sainte-Claire, qui habitait alors la Presle, fit, le 8 septembre 1628, afin d\u2019\u00eatre pr\u00e9serv\u00e9e de la peste, un v\u0153u, qu\u2019elle accomplit encore tous les ans avec reconnaissance.<br><strong>(27)<\/strong> Contagion \u2013 Dochier M\u00e9moires sur la ville de Romans, p. 136.<br><strong>(28)<\/strong> Juillet 1651 \u2013 En 1650, des vaisseaux avaient ramen\u00e9 la peste. Elle fut particuli\u00e8rement meurtri\u00e8re sur le littoral de la M\u00e9diterran\u00e9e.<br><strong>(29) <\/strong>Quarantaines \u2013 Trop souvent inefficaces, les quarantaines sont tr\u00e8s utiles lorsqu\u2019elles sont \u00e9tablies dans de bonnes conditions. Ainsi, au Lazaret de Marseille, par l\u2019effet de mesures bien prises, neuf fois, de 1741 \u00e0 1825, la peste a fait irruption dans cet \u00e9tablissement et neuf fois elle a \u00e9t\u00e9 \u00e9touff\u00e9e avant d\u2019avoir pu en franchir les limites.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"romans\"><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"romans\"><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"parler\"><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><br><br><strong>Le mur de la peste<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"lemurdelapeste\"><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"lemurdelapeste\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br><br>Le mur de la peste qui se trouve en Provence, entre Lagnes et Cabri\u00e8res d\u2019Avignon (84),(voir la carte ci-dessous), un muret modeste de pierres s\u00e8ches haut d\u2019\u00e0 peu pr\u00e8s deux m\u00e8tres et large d\u2019un demi-bras?<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/wp-content\/uploads\/2022\/02\/mur-de-la-peste.jpg\" alt=\"L\u2019attribut alt de cette image est vide, son nom de fichier est mur-de-la-peste.jpg.\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/32\/1c\/5c\/321c5c8ca51f978e36a461a45e104c81244c1761.jpg?v=v1\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><br><br>Voici son histoire :<br><br>En 1720, au mois de mai, un navire marchand \u00ab&nbsp;Le Grand Saint Antoine&nbsp;\u00bb accoste \u00e0 Marseille en provenance du Levant. Dans ses soutes, des laines de Damas, des cendres destin\u00e9es \u00e0 la fabrication du fameux savon de Marseille et une passag\u00e8re clandestine : la peste. Plus de cent morts par jour en juillet&nbsp; 1720 et, deux ans plus tard plus de 40 000 victimes , soit \u00e0 peu pr\u00e8s la moiti\u00e9 des Marseillais.<br><br>C\u2019est alors que na\u00eet l\u2019id\u00e9e de mesures d\u00e9fensives. L\u2019\u00e9pid\u00e9mie s\u2019\u00e9tant ramifi\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 toucher Aix , Arles, Apt et Toulon, on avait d\u00e9j\u00e0 trac\u00e9 une ligne de partage imaginaire entre le propre et le souill\u00e9. Le parlement d\u2019Aix avait interdit sous peine de mort toute communication de Marseille avec le reste de la Provence , d\u00e9cret qui resta lettre morte faute de contr\u00f4leurs\u2026<br><br>Il fut donc d\u00e9cid\u00e9 d\u2019emp\u00eacher la peste dans l\u2019arri\u00e8re-pays proven\u00e7al avec une muraille de pierre, la Durance servant \u00e0 l\u2019ouest de barri\u00e8re naturelle. Il fallut obtenir l\u2019accord du Pape, sa Saintet\u00e9 Cl\u00e9ment XI, possesseur d\u2019une partie des terres. Le chantier fut confi\u00e9 \u00e0 un architecte de Carpentras, Antoine d\u2019Allemand. Il d\u00e9termina les dimensions de l\u2019ouvrage : six pieds&nbsp; de hauteur , soit 1,95 m\u00e8tre et deux pieds de largeur , soit 65 cm .<br><br>Le trac\u00e9 en est d\u00e9fini comme il l\u2019indique lui-m\u00eame dans son \u00ab&nbsp;M\u00e9moire des ouvrages que j\u2019ai faits et ordonn\u00e9s depuis 1700&nbsp;\u00bb<br><br>\u00ab<em>&nbsp;En 1720 je tra\u00e7ois depuis Saint-Hubert jusques \u00e0 Saint-Ferreol les limites entre le Comtat Venaissin et la Provence, une ligne de 18&nbsp;000&nbsp;toises dont 6&nbsp;000&nbsp;toises faites avec un parapet de terre et un foss\u00e9 au devant, et 2&nbsp;000&nbsp;toises avec des murs faits en pierre s\u00e8che.<br>En 1720 (j\u2019ai fait) le plan de cette ligne depuis Saint-Hubert jusques \u00e0 Saint-Ferr\u00e9ol et de l\u00e0 en suivant la Durance jusques \u00e0 son embouchure dans le Rh\u00f4ne et en remontant le Rh\u00f4ne jusques \u00e0 Avignon dont la longueur est de 14 lieues.&nbsp;\u00bb<\/em><br><br>Son trac\u00e9 devait courir de Lagnes (sud-est d\u2019Avignon) \u00e0 Monieux ( est de Carpentras ), s\u2019\u00e9tirant sur 27 kilom\u00e8tres, il est b\u00e2ti en pierre s\u00e8che. Le long de ce mur, des gu\u00e9rites en pierre s\u00e8che accueillaient des gardes \u2013 en gros du Luberon au Ventoux.<br><br>Les travaux commenc\u00e8rent en mars 1721. Le chantier \u00e9tait actif, nuit et jour. Il n\u2019avan\u00e7ait&nbsp; gu\u00e8re , les&nbsp; ouvriers n\u2019\u00e9tant pas presque pay\u00e9s. En mai, le travail fut r\u00e9organis\u00e9 et les ouvriers mieux pay\u00e9s. Un millier de soldats du pape furent d\u00e9p\u00each\u00e9s sur place pour \u00ab&nbsp;encourager&nbsp;\u00bb les ouvriers. Fin juillet 1721 , 27 km de murs \u00e9taient achev\u00e9s, augment\u00e9s d\u2019une quarantaine de gu\u00e9rites et de corps de garde pour les sentinelles militaires affect\u00e9es \u00e0 la surveillance.<br><br>Quelle fut la r\u00e9elle efficacit\u00e9 de cette entreprise colossale men\u00e9e en un temps record ?<br><br>On ne le saura jamais puisque , au moment o\u00f9 les travaux s\u2019achevaient, la peste se mit \u00e0 r\u00e9gresser. Mais une nouvelle alerte en ao\u00fbt 1721 en Avignon&nbsp; \u2013 o\u00f9 la peste s\u2019\u00e9tait propag\u00e9e par le Rh\u00f4ne \u2013&nbsp; redonna provisoirement cr\u00e9dit \u00e0 la muraille de la pest , o\u00f9 d\u00e9sormais c\u2019\u00e9taient les troupes du roi qui assuraient la vigie.<br><br>Une fois le danger d\u00e9finitivement \u00e9cart\u00e9 (courant 1722) , le mur fut d\u00e9laiss\u00e9.<br><br><br>&nbsp;<\/p>\n\n\n<div class=\"wp-block-image\">\n<figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/d5\/7a\/30\/d57a3035dba8fdb093f48d24af1be9e0e128d6d8.jpg?v=v1\" alt=\"\"\/><\/figure>\n<\/div>\n\n\n<p><br><br><em><strong>Sources&nbsp;: Extrait de l\u2019article du Dr Ulysse Chavalier paru en1879 dans le Bulletin de la Soci\u00e9t\u00e9 d\u2019arch\u00e9ologie et de statistique de la Dr\u00f4m<\/strong><\/em>e<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>LES PESTES A ROMANS Lorsque, dans un simple but de curiosit\u00e9, on compulse des vieilles archives locales, on ne tarde pas \u00e0 ressentir une incommensurable piti\u00e9 pour ces malheureuses populations du moyen-\u00e2ge, qu\u2019accablaient toutes sortes de calamit\u00e9s : guerres incessantes, maladies \u00e9pid\u00e9miques et contagieuses, famine, les fl\u00e9aux naissant ainsi des fl\u00e9aux. \u00ab Avoir du pain [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[11],"tags":[],"class_list":["post-4244","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chroniques-dromoises","entry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - https:\/\/yoast.com\/product\/yoast-seo-wordpress\/ -->\n<title>Les pestes \u00e0 Romans sur Is\u00e8re - HISTOIRE PATRIMOINE AOUSTOIS<\/title>\n<meta name=\"description\" content=\"On donnait le nom de peste \u00e0 toute affection, contagieuse ou non, qui exer\u00e7ait de grands ravages. 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