{"id":5017,"date":"2022-02-27T05:05:52","date_gmt":"2022-02-27T05:05:52","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=5017"},"modified":"2022-05-04T06:17:00","modified_gmt":"2022-05-04T06:17:00","slug":"la-guerre-des-episcopaux","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=5017","title":{"rendered":"La Guerre des Episcopaux"},"content":{"rendered":"\n<p><br><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-text-color\" style=\"color:#0600f9\"><strong>La Guerre des Episcopaux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br><br><br><br>Nous sommes dans le Saint-Empire romain-germanique dont la fronti\u00e8re occidentale est constitu\u00e9e par le Rh\u00f4ne et sa rive gauche dite \u00ab d\u2019empi \u00bb par opposition \u00e0 celle de \u00ab riaume \u00bb (Royaume de France). L\u2019espace concernant L\u00e9oncel est essentiellement constitu\u00e9 par les trois dioc\u00e8ses de Vienne, de Valence et de Die, plus modestement par celui de Grenoble.<br><br>Un archev\u00eaque tient celui de Vienne. Il est aussi comte de Vienne et \u00ab abb\u00e9 \u00bb de Saint-Barnard de Romans. Les \u00e9v\u00eaques de Die, de Grenoble et de Valence, sont comtes de Die, de Valence et de Grenoble, mais pas de Diois, de Valentinois et du nord du Dauphin\u00e9. Ils sont \u00ab princes d\u2019empire \u00bb et l\u2019empereur leur a accord\u00e9 les droits r\u00e9galiens de faire la guerre, de rendre la justice et de battre monnaie. On verra, chemin faisant, que le pape allait d\u00e9cider en 1276 de confier \u00e0 un seul et m\u00eame \u00e9v\u00eaque les dioc\u00e8ses de Valence et de Die pour cause de guerre des Episcopaux &#8211; il n\u2019y aura de nouveau deux titulaires qu\u2019en 1687 -. Il y a des seigneurs collectifs comme les chapitres \u00e9piscopaux dirig\u00e9s par leurs doyens et les monast\u00e8res anciens dirig\u00e9s par leurs abb\u00e9s. Le chapitre de la coll\u00e9giale de Saint-Barnard, (dont l\u2019archev\u00eaque de Vienne est l\u2019abb\u00e9) est seigneur de Romans.<br><br>Plus gravement, les titulaires successifs de ces deux \u00e9v\u00each\u00e9s vont se trouver en conflit avec des seigneurs la\u00efques de haut vol, appartenant \u00e0 la famille des Poitiers dont des membres sont devenus comtes de Valentinois et de Diois en 1163. Ce conflit ou \u00ab guerre des \u00e9piscopaux \u00bb, suscit\u00e9 par la volont\u00e9 de disposer du maximum de pouvoir \u00e0 travers l\u2019espace diois et valentinois, et de contr\u00f4ler la ville fortifi\u00e9e de Crest. Les \u00e9v\u00eaques sont sur la d\u00e9fensive.<br><br>Parmi les puissants la\u00efques, se situant au niveau des pr\u00e9c\u00e9dents on rencontre les comtes d\u2019Albon et de Viennois, c\u2019est-\u00e0-dire les Dauphins de Viennois : successivement au XIII\u00e8me si\u00e8cle ceux de la deuxi\u00e8me dynastie (Guigues VI disparu en 1230, Guigues VII mort en 1270, Jean I\u00b0 d\u00e9c\u00e9d\u00e9 la m\u00eame ann\u00e9e sans h\u00e9ritier masculin) et, de la troisi\u00e8me dynastie Humbert Ier, \u00e9poux d\u2019Anne, fille de Jean Ier. On trouve aussi les comtes de Valentinois et de Diois (sans Valence et Die). Il s\u2019agit de la famille des Poitiers \u00ab tout court \u00bb, dont l\u2019origine est encore discut\u00e9e mais qui pourraient bien \u00eatre sortie d\u2019un \u00ab castrum Pictavis \u00bb situ\u00e9 au sud de Nyons. Nous rencontrerons successivement (Aymar Ier jusque vers 1188, Aymar II jusque vers 1250, Aymar III mort vers 1268 et Aymar IV qui v\u00e9cut jusqu\u2019en 1314). On peut noter qu\u2019au XIII\u00e8me si\u00e8cle les Aymar de Poitiers avaient des droits sur Tournon, Privas, Le Pouzin, le port rhodanien et le ch\u00e2teau de Baix pour lesquels ils rendaient hommage au comte de Toulouse. Il y avait eu auparavant des comtes de Diois. Le premier connu \u00e9tait Ponce, fils de Guillaume de Forcalquier. Le dernier fut Isoard II qui c\u00e9da en 1189 ses biens \u00e0 son cousin Aymar, comte de Valentinois, son plus proche parent masculin. Isoard II \u00e9tait peut-\u00eatre le p\u00e8re de la fameuse Comtesse de Die. Parmi les autres familles de haute noblesse on peut citer les barons de Sassenage, les princes de Royans (Lambert-Fran\u00e7ois et B\u00e9renger), les Chabeuil, les Adh\u00e9mar, les Cl\u00e9rieux, les La Tour-du-Pin et d\u2019autres. Il convient de souligner l\u2019existence de nombreuses familles de petits nobles, disposant de fiefs d\u2019importance tr\u00e8s diverse. Ils se montr\u00e8rent parfois g\u00e9n\u00e9reux envers les monast\u00e8res, comme les Ferrand dont la maison forte se trouvait entre Le Chaffal et La Vacherie, pr\u00e8s de L\u00e9oncel. On en croise beaucoup gr\u00e2ce au cartulaire compos\u00e9 par Ulysse Chevalier. Ces petits nobles souvent endett\u00e9s subissaient facilement l\u2019emprise et l\u2019influence de familles plus ais\u00e9es. Mais, certains participaient \u00e0 la vie collective des communaut\u00e9s villageoises.<br><br>A l\u2019int\u00e9rieur du Dauphin\u00e9, du Valentinois et du Diois le territoire s\u2019organisait alors en \u00ab mandements \u00bb, subdivisions inscrites dans le cadre seigneurial et qui allaient se perp\u00e9tuer dans les institutions publiques de la modernit\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la r\u00e9volution. A l\u2019int\u00e9rieur d\u2019un mandement s\u2019organisait une hi\u00e9rarchie de familles nobles domin\u00e9es par la plus puissante (seigneur du mandement). Ainsi le mandement d\u2019Eygluy sur le territoire duquel a \u00e9t\u00e9 construite l\u2019abbaye de L\u00e9oncel fut-il domin\u00e9 par le comte de Valentinois, seigneur d\u2019Eygluy depuis 1210. Ainsi le mandement de Saint-Nazaire en Royans allait-il \u00eatre t\u00e9moin de la progressive avanc\u00e9e vers le sud des dauphins de Viennois, aux d\u00e9pens des Poitiers, mais avec leur accord. Ajoutons que les limites \u00e9taient rendues incertaines par la multiplication des enclaves. En 1275, \u00e0 la disparition de la famille des seigneurs de Chabeuil, le mandement du m\u00eame nom s\u2019affirma comme une possession des Dauphins au c\u0153ur de terres du comt\u00e9 de Valentinois. Les dauphins poss\u00e9daient aussi des terres \u00e0 Saint Donat dans l\u2019actuelle Dr\u00f4me des collines et \u00e0 Montclar dans le bassin versant de la Gervanne. Lorsqu\u2019ils poss\u00e9daient plusieurs ch\u00e2teaux, les puissants installaient des \u00ab ch\u00e2telains \u00bb qui g\u00e9raient \u00e0 leur place et qu\u2019ils contr\u00f4laient.<br><br>Les Guerres f\u00e9odales furent nombreuses au XIII\u00e8me si\u00e8cle, avec des \u00e9pisodes courts et localis\u00e9s, tel celui d&rsquo;<a href=\"#alixan\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Alixan<\/a> (2), <strong> <\/strong>mais tr\u00e8s r\u00e9p\u00e9titifs. Cr\u00e9ant de l\u2019ins\u00e9curit\u00e9. elles rendaient la vie difficile et pr\u00e9caire, Quelques exemples : vers 1250 le dauphin Guigues VII fit la guerre \u00e0 Flotte de Royans et au comte de Valentinois. Il ravagea Saint-Nazaire et la r\u00e9gion de Saint Lattier et de la S\u00f4ne. Dans le m\u00eame temps, l\u2019\u00e9v\u00eaque de Valence et Gontard de Chabeuil s\u2019\u00e9charpaient au sujet de droits sur des terres et d\u2019 un p\u00e9age. L\u2019\u00e9v\u00eaque et ses alli\u00e9s l\u2019emport\u00e8rent et firent prisonnier Gontard. Vers 1270, le comte de Valentinois attaqua sa belle fille Flotte de Royans et son petit fils. En 1301 la guerre opposait le comte et l\u2019\u00e9v\u00eaque de Die, le village de Vassieux fut malmen\u00e9 : c\u2019est un \u00e9pisode de la \u00ab Guerre des Episcopaux \u00bb. Interminable, cette guerre avait commenc\u00e9 \u00e0 la fin du XII\u00b0 si\u00e8cle \u00e0 Aurel, dans le Diois. Aymar de Poitiers poss\u00e9dait une bonne partie du site o\u00f9 les chanoines du chapitre \u00e9piscopal de Die poss\u00e9daient des aussi droits dont celui de lever quelques cens. Ils en avaient confi\u00e9 la gestion \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque Jarenton de Quint (1191-1198), lequel se h\u00e2ta de faire construire un ch\u00e2teau fort. Irrit\u00e9,le comte fit entrer en campagne ses troupes. Des champs furent d\u00e9vast\u00e9s, des maisons \u00e9croul\u00e9es ou incendi\u00e9es. De hauts personnages propos\u00e8rent leurs bons offices. Dans une rencontre entre le pont d\u2019Aurel et l\u2019\u00e9glise de Vercheny, on se promit une paix durable.<br><br>Les hostilit\u00e9s reprirent en 1209, provoquant la destruction du village de Ponet et de gros d\u00e9g\u00e2ts autour de Die. Au cours de la croisade des Albigeois, l\u2019affaire se compliqua. En effet, Aymar, feudataire de Raymond de Toulouse en rive droite du Rh\u00f4ne, soutint son seigneur contre Simon de Monfort . En 1216, la querelle se d\u00e9pla\u00e7a vers les murs et la Tour de <a href=\"#crest\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Crest<\/a> (1). La ville appartenait par moiti\u00e9 au comte et \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque. Ce dernier livra sa part \u00e0 Simon de Montfort qui d\u00e9truisit une douzaine de villages voisins domin\u00e9s par le comte, dont Rochefort, Autichamp, La Baume, La Rochette, Gr\u00e2ne, Upie, Montmeyran, Vaunaveys, Montoison. Pour sa part, le pr\u00e9lat mit \u00e0 mal Chabrillan, Etoile, Barcelonne. S\u2019\u00e9tant partag\u00e9 les troupes comtales, Aymar et son fils Guillaume reprirent Montoison, Crest, Upie, Mont\u00e9l\u00e9ger et Ch\u00e2teaudouble. Dans une derni\u00e8re campagne, l\u2019\u00e9v\u00eaque s\u2019empara de Pontaix et de Quint. La paix fut sign\u00e9e en 1218, chacun r\u00e9cup\u00e9rant \u00e0 peu pr\u00e8s ce qu\u2019il poss\u00e9dait auparavant, pas toujours en bon \u00e9tat. Apr\u00e8s quelques ann\u00e9es de batailles judiciaires, la querelle ressurgit \u00e0 propos du ch\u00e2teau partag\u00e9 de Crest. A la suite de nouveaux exc\u00e8s, le pape Gr\u00e9goire X (1271-1276) fulmina une menace d\u2019excommunication et imposa une tr\u00eave.<br><br>En 1276, le pape confia les deux \u00e9v\u00each\u00e9s \u00e0 un seul et m\u00eame \u00e9v\u00eaque, en l\u2019occurrence Am\u00e9d\u00e9e de Roussillon, pr\u00e9lat grand batailleur qui conduisit une premi\u00e8re exp\u00e9dition du c\u00f4t\u00e9 de Crupies o\u00f9 se r\u00e9v\u00e9l\u00e8rent ses capacit\u00e9s militaires. Entre temps la situation s\u2019\u00e9tait fortement compliqu\u00e9e. En effet, d\u2019une part Silvion de Crest, de la famille des Arnaud, fondateurs de la ville au X\u00e9me si\u00e8cle \u00e9tait seigneur de Crest, d\u2019Aouste, Divajeu, Saint-M\u00e9dard et Lambres, sous la suzerainet\u00e9 de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Die. Mais un dauphin de Viennois avait obtenu les droits des \u00e9v\u00eaques sur tous les fiefs de Silvion. Et, en mars 1267, le dauphin Guigues IV transmettait ces droits \u00e0\u2026 Aimar III de Poitiers. Ce dernier mourut vers 1268. Il laissait \u00e0 son fils tous ses ch\u00e2teaux dont ceux de Gr\u00e2ne, Crest, Quint, Pontaix et Saou. Le jeune comte chercha des alli\u00e9s et fit hommage au dauphin pour une partie de ses domaines au Mandement de Saint-Nazaire en Royans. Quelques temps apr\u00e8s, les pr\u00e9tentions de l\u2019\u00e9v\u00eaque Am\u00e9d\u00e9e sur Crest, Divajeu et Aouste relanc\u00e8rent les combats. Aymar avec les seigneurs Guigues de B\u00e9renger (Royans), Giraud Adh\u00e9mar (Mont\u00e9limar) et Raymond (Ch\u00e2teauneuf sur Is\u00e8re) devenus les \u00ab conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s \u00bb, prirent la route de Crest. Am\u00e9d\u00e9e de Roussillon renforc\u00e9 par des montagnards du Diois gagna Saillans, puis reprit en trois jours Aouste qui fut incendi\u00e9e. Apprenant l\u2019approche d\u2019Aymar, il remonta la vall\u00e9e de la Dr\u00f4me, prit Espenel, Vercheny et Pontaix, pendant qu\u2019Aymar investissait Crest puis assi\u00e9geait Divajeu, Bourdeaux et Saillans (capitulation et pillage). L\u2019\u00e9v\u00eaque Am\u00e9d\u00e9e de Roussillon r\u00e9ussit \u00e0 d\u00e9tacher du groupe des partisans d\u2019Aymar, Adh\u00e9mar de Mont\u00e9limar. puis il revint \u00e0 Saillans, en chassa les conf\u00e9d\u00e9r\u00e9s. Le pape tenta d\u2019intervenir, mais en vain. Bient\u00f4t, pourtant, Am\u00e9d\u00e9e qui venait de perdre le ch\u00e2teau de Pisan\u00e7on consentit \u00e0 signer un trait\u00e9 de paix en 1278, en fait impos\u00e9 par l\u2019\u00e9v\u00eaque de Langres, le conn\u00e9table de France Humbert de Beaujeu et le roi Philippe le Hardi. Am\u00e9d\u00e9e devait abandonner Espenel, Vercheny et Pontaix, le comte devait se s\u00e9parer de Divajeu, Bourdeaux et de la moiti\u00e9 de Crest. : il n\u2019y eut pas de r\u00e9el profit pour l\u2019un ou pour l\u2019autre des chefs de guerre.<br><br>L\u2019ann\u00e9e suivante, Am\u00e9d\u00e9e attaqua les Romanais r\u00e9volt\u00e9s contre leur seigneur (le chapitre de Saint-Barnard) et en fit pendre quelques uns. De l\u00e0, il se rendit \u00e0 Saint-Paul Trois ch\u00e2teaux pour y r\u00e9installer l\u2019\u00e9v\u00eaque chass\u00e9 par les habitants. Entre temps, il participa au rapt de Guillaume de Montferrat, enlev\u00e9 sur les terres de l\u2019\u00e9v\u00each\u00e9 de Valence et s\u2019en constitua le gardien. Bl\u00e2m\u00e9 pour f\u00e9lonie par le pape Nicolas III, il ne remit son prisonnier que contre une forte ran\u00e7on. En 1280, il voulut punir \u00e0 nouveau les Romanais, mais en d\u00e9pit de nombreux efforts et anath\u00e8mes pendant 7 jours, il ne parvint pas \u00e0 prendre la ville. Quelques jours plus tard il perdit une partir de ses troupes dans une embuscade. Lui succ\u00e9da alors sur le tr\u00f4ne \u00e9piscopal, Jean de Gen\u00e8ve (1283-1298) d\u2019un tout autre style. Aymar IV traita avec lui et \u00e9pousa sa s\u0153ur. C\u2019est Jean de Gen\u00e8ve qui poussa les Augustins de Sainte-Croix \u00e0 rejoindre les Antonins en 1289. Mais bient\u00f4t, avec Guillaume de Roussillon, successeur de l\u2019\u00e9v\u00eaque Jean, la guerre reprit en 1297. A nouveau les villages furent malmen\u00e9s et pill\u00e9s pendant 8 ans.<br><br>Ce conflit connu sous le nom de \u00ab guerre des \u00e9piscopaux \u00bb a dur\u00e9 un si\u00e8cle et demi jusqu\u2019\u00e0 la bataille d\u2019Eurre en 1347 et au Trait\u00e9 de Lyon en 1356, et faire r\u00e9gner un climat d\u2019incertitude, de troubles et parfois de d\u00e9solation, m\u00eame s\u2019il ne s\u2019agit le plus souvent que de combats limit\u00e9s en ce qui concerne le nombre de participants et l\u2019importance des enjeux, sauf lorsqu\u2019il s\u2019agit du contr\u00f4le de la ville de Crest fortifi\u00e9e et en position strat\u00e9gique.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette guerre devait finalement tourner \u00e0 l\u2019avantage du comte de Valentinois Aymar VI. Mais les \u00e9v\u00eaques allaient conserver dans leur titulature les titres de comtes de Valence et de Die. Plus que par sa violence, car il s\u2019agit en fait d\u2019une succession d\u2019\u00e9pisodes guerriers, coups de main, chevauch\u00e9es, si\u00e8ges, suivis de tr\u00eaves et de compromis, c\u2019est par sa dur\u00e9e que cet affrontement entretient pendant un si\u00e8cle et demi, une ins\u00e9curit\u00e9 certaine et empoisonne les relations sociales. La tour \u00e9piscopale est alors d\u00e9molie.<\/p>\n\n\n\n<p><br><strong><u>Sources<\/u> : <em>https:\/\/www.les-amis-de-leoncel.com &#8211; articles de Michel Wullschleger &#8211; novembre 2013<\/em><\/strong><br><br><br><br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>(1) Crest<\/strong> : l<strong>e si\u00e8ge de Crest<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"crest\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br><br>En 1217 Crest et sa r\u00e9gion connurent des \u00e9v\u00e8nements tragiques directement li\u00e9s \u00e0 la croisade contre les Albigeois (d\u00e9but\u00e9e en 1209). Pourquoi il y a-t-il eu des r\u00e9percussions si loin du Languedoc me diriez-vous ? Et bien c&rsquo;est assez simple. Le comte de Poitiers Aymar II \u00e9tait alors ma\u00eetre du valentinois et de toute la r\u00e9gion avoisinant Crest. Mais il \u00e9tait vassal direct du Comte de Toulouse qui fut accus\u00e9 de complicit\u00e9 avec l&rsquo;h\u00e9r\u00e9sie Cathare et qui tentait de repousser les arm\u00e9es crois\u00e9es de ses terres. En 1213, Aymar II avait une premi\u00e8re fois tent\u00e9 d&rsquo;aider son suzerain et prit les armes. Furieux Simon de Montfort remonta la vall\u00e9e du Rh\u00f4ne avec ses troupes jusqu&rsquo;\u00e0 Romans. Devant la puissance et la cruaut\u00e9 l\u00e9gendaire du chef crois\u00e9, Aymar II d\u00fbt promettre de ne plus intervenir en faveur du comte de Toulouse.<br><br>En 1217, le seigneur Aymar (Adh\u00e8mar) II de Poitiers, comte de Valentinois aide \u00e0 nouveau son suzerain le comte de Toulouse, Raimond VII, auquel il est apparent\u00e9 et qui revendique d\u2019ailleurs la possession du Vivarais, bien que son p\u00e8re Raimond VI et lui-m\u00eame en aient \u00e9t\u00e9 spoli\u00e9s par le pape. En 1217, Simon de Montfort, chef des crois\u00e9s, quitte la ville de Toulouse, qu\u2019il occupe non sans difficult\u00e9s, pour venir au-devant de Raimond en Provence. Apr\u00e8s avoir pris Beaucaire, Montfort remonte jusqu\u2019\u00e0 Viviers. L&rsquo;\u00e9v\u00eaque lui fournit discr\u00e8tement les barques n\u00e9cessaires. Mais, au milieu du fleuve, il rencontre des avignonnais et ils se livrent&nbsp; \u00e0 une sorte de bataille navale. Le chef des Crois\u00e9s arrive \u00e0 forcer le passage et&nbsp; sur l&rsquo;autre rive l&rsquo;attendaient des ennemis command\u00e9s par Adh\u00e9mar de&nbsp;Poitiers.Apr\u00e8s avoir franchi le Rh\u00f4ne, Simon de Montfort&nbsp; se dirige vers le Nord, il arrive \u00e0 Mont\u00e9limar o\u00f9 il savait qu&rsquo;un des deux seigneurs \u00e9tait de son c\u00f4t\u00e9. Giraud Adh\u00e9mar de Monteil, seigneur de Mont\u00e9limar, autre comte local, lui aussi alli\u00e9 de la Maison de Toulouse tenta courageusement mais vainement de s&rsquo;y opposer. Il fut vaincu et Mont\u00e9limar fut conquise. Les crois\u00e9s se dirig\u00e8rent alors vers Crest. Les campagnes avoisinantes furent saccag\u00e9es et pill\u00e9s. Les ch\u00e2teau de Chabrillan, Gr\u00e2ne et la Roche sur Gr\u00e2ne tomb\u00e8rent aux mains des assaillants. Il met le si\u00e8ge devant la forteresse de Crest. En juillet 1217, la moiti\u00e9 de Crest d\u00e9pendant d&rsquo;Aymar II de Poitiers, comte de Valentinois, est assi\u00e9g\u00e9e par Simon IV de Montfort. Silvion de Crest ou Arnaud de Die, capitaine du ch\u00e2teau sup\u00e9rieur pour l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Die, pour nuire au comte, livre celui-ci aux Crois\u00e9s rendant ainsi impossible la d\u00e9fense du ch\u00e2teau inf\u00e9rieur, celui d&rsquo;Aymar, et donc de la ville, qu&rsquo;Aymar est oblig\u00e9 de livrer.<br><br>Le moine Pierre des Vaux de Cernay dit \u00ab Le comte ( Montfort ) alla assi\u00e8ger Crest qui appartenait \u00e0 Adh\u00e9mar de Poitiers . c&rsquo;\u00e9tait une place tr\u00e8s importante , tr\u00e8s forte avec une nombreuse garnison de chevaliers et de sergents les crois\u00e9s attaqu\u00e8rent vigoureusement la place, les assi\u00e9g\u00e9s se d\u00e9fendirent de toutes leurs forces. Pendant ce si\u00e8ge on n\u00e9gocia la r\u00e9conciliation de Montfort et d&rsquo;Adh\u00e9mar de Poitiers . un accord intervint entre eux Adh\u00e8mar livra m\u00eame certains de ses ch\u00e2teaux en garantie et dit qu&rsquo;il ne combattrait plus Montfort. A la m\u00eame date les toulousains pouss\u00e9s par le diable accueillirent dans leur ville leur comte Raymond \u00bb<br><br>Il y fait le si\u00e8ge. Jules Chevalier raconte \u00ab\u00a0<em> qu&rsquo;il y avait alors \u00e0 Crest, deux ch\u00e2teaux, le plus \u00e9lev\u00e9 situ\u00e9 aujourd&rsquo;hui \u00e0 l&rsquo;endroit nomm\u00e9 le Calvaire, appartenait \u00e0 Silvion de Crest ; le plus bas, sur l&#8217;emplacement de l&rsquo;actuelle tour \u00e9tait la propri\u00e9t\u00e9 d&rsquo;Aymar de Poitiers. Silvion de Crest s&rsquo;\u00e9tant mis d&rsquo;accord avec l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Die, lui en avait confi\u00e9 la garde : ce dernier donna sa promesse de le livrer aux troupes de Montfort, ce qui condamna \u00e0 toute r\u00e9sistance Aymar de Poitiers pour son propre ch\u00e2teau, qu&rsquo;il dut abandonner, ce qui permit d&rsquo;engager la paix<\/em>.\u00a0\u00bb<br><br>En effet, du cot\u00e9 de Crest, le si\u00e8ge avait progress\u00e9 favorablement pour les crois\u00e9s, gr\u00e2ce surtout \u00e0 l\u2019intervention de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Die, qui permit d\u2019investir le ch\u00e2teau sup\u00e9rieur de Crest, tenu par son vassal Silvion. La situation des d\u00e9fenseurs de la cit\u00e9 et du second ch\u00e2teau ( le donjon actuel), plus bas, devenue critique, ils accept\u00e8rent de capituler. Mais il restait \u00e0 Simon de Montfort \u00e0 n\u00e9gocier le termes de la soumission du comte Adh\u00e9mar de Poitiers, dont les domaines venaient d\u2019\u00eatre envahis. La n\u00e9gociation se r\u00e9v\u00e9la longue et difficile, et avec l\u2019arriv\u00e9e de l\u2019automne, alors que Beaucaire et Avignon n\u2019avaient pas \u00e9t\u00e9 approch\u00e9es, il fallait au moins obtenir la neutralit\u00e9 de cet important vassal de Raimond VI.<br><br>Il fallut plusieurs jours pour qu\u2019une information capitale jusqu\u2019\u00e0 Simon de Montfort, \u00e0 Crest. La missive lui parvint d\u2019apr\u00e8s les sources en pleine n\u00e9gociation pour la soumission d\u2019Adh\u00e9mar de Poitiers !<br><br>Montfort re\u00e7oit alors une lettre de sa femme, rest\u00e9e \u00e0 Toulouse : il feint d\u2019\u00eatre de bonne humeur, d\u00e9clare que ce sont de bonnes nouvelles pour lui, et gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019intervention de l\u2019\u00e9v\u00eaque de Die, Adh\u00e9mar de Poitiers accepte de ne pas intervenir contre Montfort. En r\u00e9alit\u00e9, la lettre dit que Raimond, profitant de son absence, a repris Toulouse. Simon de Montfort doit rentrer en h\u00e2te remettre le si\u00e8ge devant Toulouse, o\u00f9 il trouvera la mort en 1218.<br><br>L\u2019affaire n\u2019\u00e9tait pas conclue quand le courrier d\u2019Alix informa Simon de la situation toulousaine. Il d\u00fbt faire bonne figure et dissimula l\u2019information y compris \u00e0 ses proches, afin d\u2019obtenir effectivement la neutralit\u00e9 du Comte de Valentinois, qui promit de ne plus le combattre, de livrer en garantie plusieurs ch\u00e2teaux et de bient\u00f4t marier son fils Guillaume \u00e0 Amicie, la fille de Simon de Montfort.<br><br>L\u2019accord f\u00fbt bien conclu, Adh\u00e9mar f\u00eet mine sur le moment de c\u00e9der, mais une fois \u201cpass\u00e9 l\u2019orage\u201d, et au vu du nouveau contexte, il n\u2019y eut visiblement pas de suite car les ch\u00e2teaux ne furent pas transf\u00e9r\u00e9s, et le projet de mariage n\u2019e\u00fbt pas de suite.<br><br>Cette \u201csoumission\u201d obtenue il restait \u00e0 Simon de Montfort et \u00e0 sa troupe \u00e0 se pr\u00e9cipiter en direction de Toulouse, \u00e0 plus de 400 km de l\u00e0. Ce sans avoir lev\u00e9 la menace des Proven\u00e7aux men\u00e9s par Raimond VII le fils. Mais il fallait tenter de r\u00e9tablir la situation face au Comte de Toulouse Raimond VI le p\u00e8re.<br><br>Crest aura \u00e9t\u00e9 le point le plus oriental de la guerre contre les Cathares.&nbsp;<br>Ce fut ici une croisade de politique int\u00e9rieure destin\u00e9e \u00e0 soumettre les opposants au roi de France plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 lutter contre une h\u00e9r\u00e9sie.<br><br><br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>(2) Alixan:  Un des \u00e9pisodes de la Guerre des Episcopaux<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"alixan\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br><br><br>Depuis la destruction du second royaume de Bourgogne fond\u00e9 \u00e0 Mantaille, en 879, au profit de Boson, les empereurs d&rsquo;Allemagne h\u00e9ritiers de sa couronne et de ses droits, ne manquaient aucune occasion de faire acte d&rsquo;autorit\u00e9 en Dauphin\u00e9 ; mais leur pouvoir se brisait devant une longue possession contre laquelle ils avaient inutilement protest\u00e9. La souverainet\u00e9 se r\u00e9duisait pour eux \u00e0 confirmer , \u00e0 ratifier ce qu&rsquo;ils n&rsquo;avaient pas su emp\u00eacher. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;histoire nous les montre octroyant des fiefs et des chartes a droite et \u00e0 gauche, sans en retirer autre chose qu&rsquo;un st\u00e9rile hommage ; c&rsquo;est ainsi que le 29 octobre de l&rsquo;an 1157, Fr\u00e9d\u00e9ric premier se trouvant \u00e0 Besan\u00e7on envoie des lettres patentes \u00e0 Odon, \u00e9v\u00eaque de Valence, pour lui c\u00e9der \u00e0 tout jamais la terre et le ch\u00e2teau d&rsquo;Alixan ; cette donation n&rsquo;ajoutait rien \u00e0 la puissance d&rsquo;Odon, le volumineux parchemin qui la contenait s&rsquo;en alla aux archives de l&rsquo;\u00e9v\u00each\u00e9 grossir des documents, comme lui , sans valeur r\u00e9elle et sans importance<br><br>Personne n&rsquo;ignore les interminables querelles que les comtes de Valentinois suscit\u00e8rent aux \u00e9v\u00eaques de Valence. Jaloux d&rsquo;une autorit\u00e9 au moins \u00e9gale \u00e0 la leur, ils eurent recours \u00e0 tous les moyens pour l&rsquo;amoindrir et la d\u00e9truire. Souvent d&rsquo;augustes m\u00e9diateurs parvenaient \u00e0 leur imposer la paix, mais plus souvent encore c&rsquo;\u00e9tait par la guerre, le pillage et l&rsquo;incendie que se vidaient leurs d\u00e9m\u00eal\u00e9s. Alixan eut beaucoup \u00e0 souffrir de cette rivalit\u00e9 que rien ne pouvait \u00e9touffer. Sa position, son voisinage de Valence et son ch\u00e2teau-fort l&rsquo;appel\u00e8rent \u00e0 jouer un grand r\u00f4le au milieu de ce drame intitul\u00e9 : Guerre des Episcopaux. Pris, repris, saccag\u00e9, br\u00fbl\u00e9, puis r\u00e9\u00e9difi\u00e9 pour \u00eatre de nouveau br\u00fbl\u00e9 et saccag\u00e9, tel fut le sort que fit \u00e0 ce bourg aujourd&rsquo;hui assez peu connu, l&rsquo;esprit inquiet,turbulent et belliqueux des sires de Poitiers, tant\u00f4t vainqueurs, tant\u00f4t vaincus, mais toujours audacieux \u00e0 raison de la faiblesse ou de l&rsquo;humanit\u00e9 des \u00e9v\u00eaques de Valence. Cependant le si\u00e8ge \u00e9piscopal \u00e9tait parfois occup\u00e9 par des pr\u00e9lats qui, issus de familles nobles et puissantes, n&rsquo;avaient pas toujours d\u00e9pos\u00e9 leur humeur guerri\u00e8re au seuil du sanctuaire. Le sentiment de la justice, le d\u00e9sir de maintenir int\u00e9gralement leur puissance temporelle les poussaient, eux aussi, vers ces luttes sanglantes dont le moindre inconv\u00e9nient \u00e9tait d&rsquo;appauvrir ou de ruiner leurs vassaux. De ce nombre fut Am\u00e9d\u00e9e de Roussillon que la mort de Guy d&rsquo;Auvergne avait fait nommer administrateur du dioc\u00e8se de Vienne. Pendant la vacance du si\u00e8ge, de graves d\u00e9m\u00eal\u00e9s s&rsquo;\u00e9tant \u00e9lev\u00e9s entre les chanoines de saint Barnard et les habitants de Romans, Am\u00e9d\u00e9e de Roussillon pour ob\u00e9ir \u00e0 son mandat, prit parti en faveur du chapitre et fit \u00e0 leurs adversaires une guerre opini\u00e2tre qui dura plus d&rsquo;un an. Ses troupes qu&rsquo;il commandait en personne, entouraient la ville et formaient un blocus rigoureux ; l&rsquo;avantage \u00e9tait pour lui et les habitants lass\u00e9s d&rsquo;une d\u00e9fense qui ruinait la ville, commen\u00e7aient \u00e0 incliner vers la paix. Le pr\u00e9lat belliqueux inform\u00e9 de leurs dispositions se rel\u00e2cha un peu de sa vigilance et par le ralentissement qu&rsquo;il imprima aux op\u00e9rations du si\u00e8ge, donna lieu aux habitants de former le projet de le surprendre. En effet ils lui tendirent une embuscade dans laquelle il tomba ; ses troupes compos\u00e9es de gens venus du Diois furent surprises, battues et dissip\u00e9es ; il eut lui-m\u00eame beaucoup de peine \u00e0 \u00e9chapper au danger ; il se retira au ch\u00e2teau d&rsquo;Alixan, laissant une partie des siens au pouvoir de l&rsquo;ennemi et tout honteux aussi d&rsquo;avoir perdu les fruits d&rsquo;une ann\u00e9e de victoires par un moment donn\u00e9 \u00e0 la n\u00e9gligence et \u00e0 trop de s\u00e9curit\u00e9. L\u00e0 il rallia les d\u00e9bris de son arm\u00e9e et convoqua le ban et l&rsquo;arri\u00e8re-ban dans ses terres afin de r\u00e9parer sa d\u00e9faite et de reprendre avantageusement la campagne. Comme il \u00e9tait habile capitaine et qu&rsquo;il pouvait r\u00e9unir autour de lui des forces sup\u00e9rieures il aurait eu raison des habitants de Romans; mais une fi\u00e8vre tierce l&#8217;emporta en 1281<br><br>Alixan qui \u00e9tait comme le rendez-vous des troupes \u00e9piscopales et le d\u00e9p\u00f4t des machines et approvisionnements de guerre fut rendu au calme par la mort d&rsquo;Am\u00e9d\u00e9e et perdit pour un moment cette animation et ce tumulte que devait produire dans ses murs la pr\u00e9sence de milices turbulentes et se pr\u00e9parant au combat. Son ch\u00e2teau cinq ans plus tard s&rsquo;ouvrait pour recevoir de nobles et illustres personnages ; mais cette r\u00e9union toute pacifique n&rsquo;avait rien qui put alarmer ses habitants et troubler leur repos. Guillaume II, cardinal, l\u00e9gat du Saint-Si\u00e8ge et archev\u00eaque de Vienne s&rsquo;\u00e9tait rendu \u00e0 Alixan avec une nombreuse suite d&rsquo;abb\u00e9s, de moines et de pr\u00e9lats. Cette assembl\u00e9e traita plusieurs affaires eccl\u00e9siastiques; on y r\u00e9gla entre autres choses que le prieur\u00e9 de Parnans serait plac\u00e9 sous la d\u00e9pendance du c\u00e9l\u00e8bre institut de Saint Antoine dont la puissance s&rsquo;agrandissait chaque jour sous l&#8217;empire du grand renom que lui donnait ses \u0153uvres de d\u00e9vouement et de charit\u00e9<br><br>Ce spectacle de hauts dignitaires de l&rsquo;\u00e9glise conduits \u00e0 Alixan pour m\u00e9nager les int\u00e9r\u00eats de la religion, laissa dans le c\u0153ur de ses habitants des souvenirs vivaces et profonds ; heureux si leurs annales n&rsquo;avaient enregistr\u00e9 que des faits de cette nature! Leur existence s&rsquo;\u00e9coulait douce, paisible, partag\u00e9e entre les travaux des champs et les joies du foyer domestique ; souvent le bruit des armes retentissait jusqu&rsquo;\u00e0 eux , mais sans alt\u00e9rer leur tranquillit\u00e9. Le temps approchait cependant o\u00f9 ce bonheur allait s&rsquo;enfuir pour ne laisser que le deuil, la souffrance et la mis\u00e8re. Pierre de Ch\u00e2telux, sorti de la puissante maison des seigneurs de Ch\u00e2telux en Royans, occupait le si\u00e8ge \u00e9piscopal de Valence. Il y avait dans son caract\u00e8re un penchant pour la guerre qui se d\u00e9veloppa bien vite \u00e0 raison des obstacles que lui suscita le comte de Valentinois. Ses troupes compos\u00e9es de cinq mille fantassins et de cent hommes d&rsquo;armes furent battues pr\u00e8s du village d&rsquo;Eure; cet \u00e9chec loin de l&rsquo;abattre et de lui faire demander merci, ne servit qu&rsquo;\u00e0 rallumer son ardeur et sa vengeance- en vain l&rsquo;archev\u00eaque de Vienne, en vain le prieur de St-Donat et l&rsquo;abb\u00e9 de Cluny cherchent-ils \u00e0 lui inspirer des sentiments plus pacifiques; les hostilit\u00e9s recommencent et ses terres sont envahies par les soldats du comte ou ceux de ces alli\u00e9s qui saccagent Mont\u00e9lier et Livron. Pierre de Ch\u00e2lelux fait incendier \u00e0 son tour le ch\u00e2teau de Charpey et les maisons du mandement de Quint. Le Valentinois et le Diois n&rsquo;offrent plus que l&rsquo;image de la mort et de la destruction. En pr\u00e9sence de tant de maux, de nouvelles tentatives d&rsquo;accommodement sont faites par d&rsquo;augustes m\u00e9diateurs ; mais leur autorit\u00e9 est m\u00e9connue. Aimar de Poitiers craignant de voir ses premiers succ\u00e8s rester sans fruit et sans r\u00e9sultat, s&rsquo;avance vers Alixan apr\u00e8s avoir fait prendre \u00e0 ses troupes l&rsquo;\u00e9charpe blanche, soit pour les distinguer des \u00e9piscopaux, soit pour montrer \u00e0 tous, en arborant cette couleur, que le Dauphin \u00e9pousait sa querelle et non celle de son adversaire. Entourer la place, l\u2019emporter de vive force et mettre le feu aux habitations renferm\u00e9es dans l&rsquo;enceinte, tels \u00e9taient les ordres; telle fut l&rsquo;ex\u00e9cution. 11 est difficile de se former une juste id\u00e9e du tableau que pr\u00e9sentait Alixan alors que ses maisons br\u00fblaient, que ses habitants \u00e9taient massacr\u00e9s et qu&rsquo;une soldatesque effr\u00e9n\u00e9e parcourait les rues une torche \u00e0 la main ; les cris des vainqueurs se m\u00ealaient aux g\u00e9missements des mourants ; partout r\u00e9gnaient le tumulte et la confusion. Le premier sentiment de haine et de rage ayant \u00e9t\u00e9 amplement satisfait, il ne restait plus rien \u00e0 d\u00e9vaster. Les troupes du comte abandonn\u00e8rent ces ruines fumantes et se r\u00e9pandirent dans le mandement d&rsquo;Alixan pour y continuer leur \u0153uvre de brigandage en abattant les r\u00e9coltes, les arbres et les m\u00e9tairies<br><br>Les \u00e9piscopaux allaient se venger de l&rsquo;incendie d&rsquo;Alixan par l&rsquo;incendie de Cl\u00e9rieux ; on ne leur en laissa pas le temps. Le pape d\u00e9l\u00e9gua l&rsquo;archev\u00eaque de Vienne pour amener les deux rivaux; sinon \u00e0 une paix durable, du moins \u00e0 une tr\u00eave dont le terme \u00e9loign\u00e9 permettrait aux passions de se calmer; celui-ci s&rsquo;achemina vers Chabeuil o\u00f9 il fit citer l&rsquo;\u00e9v\u00eaque de Valence et le comte de Valentinois, bien r\u00e9solu d&#8217;employer les censures eccl\u00e9siastiques s&rsquo;ils refusaient d&rsquo;\u00e9couter ses offres de conciliation. La menace d&rsquo;une excommunication n&rsquo;\u00e9tait pas chose indiff\u00e9rente dans ces temps d&rsquo;anarchie, mais de foi et de soumission profonde \u00e0 l&rsquo;\u00e9glise ; aussi Aimar de Poitiers et Pierre de Ch\u00e2telux acc\u00e9d\u00e8rent aux propositions de l&rsquo;archev\u00eaque et jur\u00e8rent d&rsquo;observer religieusement la tr\u00eave qui leur \u00e9tait impos\u00e9e. Ces \u00e9v\u00e9nements se passaient en l&rsquo;ann\u00e9e 1347. Les habitants d&rsquo;Alixan se h\u00e2t\u00e8rent de r\u00e9parer les d\u00e9sastres et les pertes que la guerre leur avait fait subir ; peu \u00e0 peu, mais \u00e0 grand renfort de sacrifices et de labeurs, tout fut restaur\u00e9 ; les traces du feu disparurent sous de nouvelles constructions et le bourg reprit son ancienne physionomie de paix, de calme et de travail. En 1369 la banni\u00e8re \u00e9piscopale disparut et cessa de flotter sur le donjon d&rsquo;Alixan; d&rsquo;imp\u00e9rieuses n\u00e9cessit\u00e9s avaient command\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Valence l&rsquo;engagement de cette terre pour le paiement de 700 florins d&rsquo;or qu&rsquo;il devait \u00e0 Henri de Sassenage, seigneur de Mont\u00e9lier. Mais cette ali\u00e9nation faite avec regret par Louis de Villars n&rsquo;entra\u00eenait rien de f\u00e2cheux pour les manants et les vassaux d&rsquo;Alixan ; elle cessa du reste avec les causes qui l&rsquo;avaient provoqu\u00e9e et Alixan rentra dans le domaine temporel des \u00e9v\u00eaques de Valence.<br><br><br><em><strong><u>Sources <\/u>: http:\/\/www.amisduvieilalixan.fr\/doc\/vincent<\/strong><\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>La Guerre des Episcopaux Nous sommes dans le Saint-Empire romain-germanique dont la fronti\u00e8re occidentale est constitu\u00e9e par le Rh\u00f4ne et sa rive gauche dite \u00ab d\u2019empi \u00bb par opposition \u00e0 celle de \u00ab riaume \u00bb (Royaume de France). 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