{"id":5141,"date":"2022-02-27T17:00:39","date_gmt":"2022-02-27T17:00:39","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=5141"},"modified":"2022-05-04T06:12:26","modified_gmt":"2022-05-04T06:12:26","slug":"les-papeteries-latune","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=5141","title":{"rendered":"Les Papeteries Latune"},"content":{"rendered":"\n<p><br><br><br><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center has-text-color\" style=\"color:#0e00ff\"><strong>Les Papeteries Latune<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br><br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>I &#8211; <a href=\"#leau\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">L&rsquo;eau<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><\/h2>\n\n\n\n<p><strong><br>Il \u2013 <a href=\"#lechiffon\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Le chiffon<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>III \u2013 <a href=\"#lafabricationdupapier\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">La fabrication du papier<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>           La p\u00e2te de bois<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>           Les raffineuses<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><br><strong>            La machine \u00e0 papier<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>IV \u2013 <a href=\"#laproductiondelavapeur\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">La production de la vapeur<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>V \u2013 <a href=\"#leserviceentretien\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Le service entretien<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>VI \u2013 <a href=\"#lasalledetriage\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">La salle de triage<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>           Le laminoir<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>           Les cartes de visite<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>           Les cartes de deuil<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>VII \u2013 <a href=\"#servicesadministratifsetexpeditions\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">Services administratifs et exp\u00e9ditions<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>           L\u2019exp\u00e9dition<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong>VIII \u2013 <a href=\"#laviesociale\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">La vie sociale<\/a><\/strong><\/p>\n\n\n\n<p>          <strong>La petite \u00e9cole<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>           Les f\u00eates de No\u00ebl et de P\u00e2ques<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>          L&rsquo;\u00e9ducation des jeunes filles<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>           Les logements<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>          Les jardins<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>           La coop\u00e9rative<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>          Les loisirs<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>         La sant\u00e9<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><strong><br>          Fonctionnement et vie de l\u2019entreprise<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/f2\/d4\/55\/f2d45573b3d007a8eb9870fa0a2469fb590ed3e6.jpg?v=v1\" alt=\"\"\/><figcaption><em>Papeteries Latune en 1830<\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>I &#8211; L&rsquo;EAU<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"leau\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br>Comme le faisaient <strong><a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=5177\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">MM. Latune<\/a><\/strong>, lorsqu&rsquo;ils faisaient visiter leur usine, la visite commen\u00e7ait par le haut, o\u00f9 arrive <strong>le <a href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=5099\" target=\"_blank\" rel=\"noreferrer noopener\">canal<\/a>.<\/strong> Aussi nous commencerons nos t\u00e9moignages de la m\u00eame fa\u00e7on.<br><br>L&rsquo;eau a un r\u00f4le essentiel pour l&rsquo;implantation de la fabrique.<br><br>Utilis\u00e9e pour la fabrication du papier et comme force motrice, d&rsquo;o\u00f9 la disposition judicieuse des b\u00e2timents, \u00e9tablis en gradins au flanc d&rsquo;un coteau, ce qui permettait l&rsquo;utilisation de l&rsquo;eau par gravit\u00e9.<br><br>Le canal d&rsquo;amen\u00e9e d&rsquo;eau est toujours en fonctionnement, puisqu&rsquo;il est utilis\u00e9 actuellement pour fabriquer de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. Sa prise d&rsquo;eau sur la rivi\u00e8re Gervanne, au dessus du hameau des Berthalais, est \u00e0 environ 2500 m\u00e8tres de l&rsquo;usine. L&rsquo;eau de la Gervanne, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque o\u00f9 l&rsquo;on fabriquait le papier, \u00e9tait r\u00e9put\u00e9e pour sa puret\u00e9 et c&rsquo;est cette qualit\u00e9 de l&rsquo;eau qui contribuait \u00e0 la renomm\u00e9e du papier de Blacons, et pour preuve, la plupart des riverains du canal l&rsquo;utiliseront comme eau potable jusqu&rsquo;\u00e0 la mise en place du r\u00e9seau communal en 1962.<br><br>Au-dessous de l&rsquo;arriv\u00e9e du canal, \u00e0 une dizaine de m\u00e8tres en contrebas, s&rsquo;\u00e9tendait un bassin de terre d&rsquo;environ 120 m de long, 12 m de large, 2 ni de profondeur et un autre plus petit de 90 m2 environ, plus profond, et qui se trouvait \u00e0 la suite du grand, devant le mur Est du b\u00e2timent des raffineuses. Ces bassins constituaient une r\u00e9serve d&rsquo;eau claire lorsque la rivi\u00e8re, et par cons\u00e9quence le canal, \u00e9taient troubl\u00e9s par les pluies.<br><br>A l&#8217;emplacement de ce bassin se trouve \u00e0 ce jour le mini-golf. Sous le b\u00e2timent le plus au nord, au-dessus des bassins, deux citernes vo\u00fbt\u00e9es recevaient une r\u00e9serve d&rsquo;eau de 500 m3 environ. Ces r\u00e9serves d&rsquo;eau claire permettaient \u00e0 l&rsquo;usine de continuer sa fabrication, en attendant que l&rsquo;eau du canal se d\u00e9cante.<br><br>Au dessous du grand bassin, les jardins r\u00e9serv\u00e9s au personnel de l&rsquo;usine \u00e9taient arros\u00e9s par l&rsquo;eau de celui-ci. Aujourd&rsquo;hui le terrain de sport occupe cet emplacement.<br><br>Une partie de l&rsquo;eau du canai \u00e9tait conduite dans un local appel\u00e9 salle des filtres, qui avait \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue par M. Berger, ing\u00e9nieur-papetier et associ\u00e9 de M. Charles Latune. Dans cette salle, l&rsquo;eau cheminait dans des caniveaux vers de petits bassins en ma\u00e7onnerie, o\u00f9 \u00e9taient plac\u00e9es transversalement des grilles en toile de cuivre, mont\u00e9es sur des cadres en bois, dont la fonction \u00e9tait de filtrer l&rsquo;eau circulant lentement dans les bassins. L&rsquo;eau filtr\u00e9e, partait par gravit\u00e9, au moyen de conduites en cuivre, vers la fabrication du papier.<br><br>L&rsquo;autre partie de l&rsquo;eau servait de force motrice, au moyen de turbines qui actionnaient directement les machines par la seule force hydraulique, sauf une, qui produisait de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, mais seulement lorsqu&rsquo;il y avait assez d&rsquo;eau dans le canal.<br><br>Il y avait au total six turbines. Une premi\u00e8re actionnait les d\u00e9fileuses, les lessiveuses et le blanchiment. Une deuxi\u00e8me pour les raffineuses nord. La troisi\u00e8me fabriquait de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. Une quatri\u00e8me faisait marcher les raffineuses sud et le meuleton. La cinqui\u00e8me mettait en mouvement la calandre. La sixi\u00e8me faisait fonctionner la machine \u00e0 papier.<br><br>Mais en \u00e9t\u00e9, pendant la p\u00e9riode de s\u00e9cheresse, une machine \u00e0 vapeur genre locomobile, de marque \u00ab\u00a0Pingu\u00e9ly\u00a0\u00bb, c\u00e9l\u00e8bre dans le village pour son grondement de locomotive, suppl\u00e9ait au manque d&rsquo;eau, en actionnant les raffineuses nord.<br><br>Les propri\u00e9taires de la Papeterie n&rsquo;avaient pas n\u00e9glig\u00e9 le c\u00f4t\u00e9 esth\u00e9tique. Devant la place de l&rsquo;actuelle Mairie, un jardin en creux, rempli d&rsquo;arbustes et de verdure, travers\u00e9 par un petit ruisseau et agr\u00e9ment\u00e9 d&rsquo;un jet d&rsquo;eau, \u00e9gayait les b\u00e2timents aust\u00e8res dispos\u00e9s tout autour.<br><br>La rivi\u00e8re Dr\u00f4me \u00e9tait utilis\u00e9e. Une turbine \u00e9tait install\u00e9e \u00e0 150 m\u00e8tres environ en aval du pont sur la Dr\u00f4me. Le local de la turbine a \u00e9t\u00e9 agrandi et am\u00e9nag\u00e9 par Mme Jean Latune, veuve du dernier propri\u00e9taire de la Papeterie, et elle l&rsquo;occupe actuellement comme r\u00e9sidence secondaire. Cette turbine servait uniquement \u00e0 fabriquer de l&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9. Toute la production d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9 \u00e9tait en 500 volts.<br><br>L&rsquo;eau d&rsquo;alimentation de la turbine arrivait par un canal dont la prise d&rsquo;eau se situait sous le Pont de Nodon sur la D93 vers Saillans. La vanne et l&rsquo;ouvrage en ma\u00e7onnerie sont encore en place \u00e0 ce jour.<br><br>Le canal de 1700 m d\u00e9bouchait sur un bassin construit en s&rsquo;\u00e9vasant, avec un d\u00e9versoir dans un caniveau annexe. Au fond du bassin, une grille filtrait l&rsquo;eau, qui \u00e9tait ensuite turbin\u00e9e et rejet\u00e9e dans la Dr\u00f4me. Ce bassin, qui comprend toutes les parties ma\u00e7onn\u00e9es, avait 25 m de long, de 5,80 m \u00e0 2,80 m de large et 2,50 \u00e0 1,20 m de profondeur.<br><br>Il a fait longtemps, c&rsquo;est-\u00e0-dire jusqu&rsquo;en 1972, la joie des baigneurs, car avec ses parois ciment\u00e9es, son eau calme, sa profondeur, la natation et le plongeon \u00e9taient favoris\u00e9es. Aussi un bon nombre de Mirab\u00e9lais (habitants de Mirabel) et les habitants des communes voisines &#8211; y compris Crest &#8211; ont appris \u00e0 nager et \u00e0 plonger gr\u00e2ce \u00e0 ce bassin. Les propri\u00e9taires de la Papeterie ont toujours montr\u00e9 beaucoup d&rsquo;indulgence et de compr\u00e9hension envers les baigneurs, qui quelquefois, cassaient les vitres du local ou ornaient d&rsquo;inscriptions le cr\u00e9pi du b\u00e2timent.<br><br>Le nettoyage des deux canaux s&rsquo;effectuait autrefois la semaine de l&rsquo;Ascension, ensuite \u00e0 la fin des vacances, fin ao\u00fbt. C&rsquo;\u00e9tait le personnel masculin de la fabrication qui \u00e9tait charg\u00e9 de ce travail. Le curage se faisait \u00e0 la pelle, la v\u00e9g\u00e9tation \u00e9tait taill\u00e9e par les \u00ab\u00a0bousquatiers\u00a0\u00bb. Le travail \u00e9tait p\u00e9nible. Un remontant \u00e9tait n\u00e9cessaire, quelquefois consomm\u00e9 g\u00e9n\u00e9reusement, ce qui laissait de bons souvenirs&#8230;<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>II &#8211; LE CHIFFON<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"lechiffon\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br><br>C&rsquo;\u00e9tait la mati\u00e8re premi\u00e8re utilis\u00e9e depuis la cr\u00e9ation de l&rsquo;usine, jusqu&rsquo;en 1955 environ. Mais les derni\u00e8res ann\u00e9es, il \u00e9tait peu utilis\u00e9 sauf pour le buvard, qui n&rsquo;\u00e9tait fabriqu\u00e9 qu&rsquo;avec du chiffon et en m\u00e9lange avec la p\u00e2te de bois, pour certains v\u00e9lins de qualit\u00e9 sup\u00e9rieurs. Le chiffon provenait de plusieurs endroits mais en particulier de la r\u00e9gion de Marseille. Il \u00e9tait achemin\u00e9 par chemin de fer, puis repris de la gare par des voitures \u00e0 cheval, ensuite par des camions automobiles.<br><br>Au XIXe si\u00e8cle, avant le passage de la ligne Livron-Aspres, le voiturier de la Papeterie allait chercher le chiffon \u00e0 Livron, ensuite apr\u00e8s la mise en place de la voie ferr\u00e9e, il n&rsquo;allait qu&rsquo;\u00e0 Aouste-sur-Sye. Les balles de chiffon envelopp\u00e9es de jute, pesaient environ 200 Kg. Ces balles \u00e9taient stock\u00e9es dans le b\u00e2timent du haut de l&rsquo;usine, celui qui comportait des citernes \u00e0 eau au sous-sol. De l\u00e0, transport\u00e9 par un chariot, le chiffon \u00e9tait achemin\u00e9 vers la batteuse. Les chiffons d\u00e9ball\u00e9s \u00e9tait introduits dans cette machine qui les d\u00e9poussi\u00e9rait. Cette poussi\u00e8re, \u00e9vacu\u00e9e par une ouverture \u00e0 ciel ouvert, se r\u00e9pandait sur le sol, mais aussi sur les arbres et arbustes des alentours. Cette batteuse mue m\u00e9caniquement ressemblait \u00e0 un grand vannoir \u00e0 grains. A la sortie de la batteuse, le chiffon \u00e9tait d\u00e9pos\u00e9 sur une grille, deux ouvri\u00e8res se faisant face enlevaient le \u00ab\u00a0fraisun\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire : le papier, les morceaux de bois, le fil de fer etc&#8230; tout ce qui n&rsquo;\u00e9tait pas du chiffon.<br><br>Ainsi tri\u00e9, le chiffon \u00e9tait stock\u00e9 au m\u00eame niveau, ou bien charg\u00e9 dans de grands carr\u00e9s de toile de jute appel\u00e9s \u00ab\u00a0chairriers \u00ab\u00a0, il \u00e9tait mont\u00e9 \u00e0 I&rsquo; aide d&rsquo;un palan \u00e0 corde au 1er ou au 2\u00e8me \u00e9tage du b\u00e2timent. De ce stockage, ou directement apr\u00e8s le d\u00e9poussi\u00e9rage-triage, un ouvrier approvisionnait les coupeuses-trieuses de chiffon. Ces ouvri\u00e8res assises sur tabouret de bois, avaient devant elles une table grillag\u00e9e, au centre de laquelle \u00e9tait fix\u00e9e par des coins de bois, une lame de faux au fil tr\u00e8s coupant. Dispos\u00e9s en demi cercle autour de la table, des sacs de juste cercl\u00e9s de fer \u00e0 l&rsquo;ouverture et maintenus rigides par des fils de fer fix\u00e9s aux chevrons de la charpente, recevaient le chiffon coup\u00e9 et tri\u00e9. L&rsquo;ouvri\u00e8re enlevait les ourlets, les boutons, puis coupait le chiffon en grandes bandes d&rsquo;environ 5 cm et r\u00e9unissant ces bandes, elle les recoupait en morceaux de 15 cm environ. Ainsi coup\u00e9, elle jetait le chiffon dans les sacs, en prenant soin de le classer par cat\u00e9gorie : coton 1, coton 2, coton 3, ourlets, lin, chanvre.<br><br>Les trieuses \u00e9taient r\u00e9mun\u00e9r\u00e9es au poids de chiffon coup\u00e9. Le responsable du chiffon pesait les sacs remplis et inscrivait sur un registre, le poids et la cat\u00e9gorie du chiffon.<br><br>Ensuite il vidait les sacs dans de grands casiers appel\u00e9s \u00ab\u00a0macalons\u00a0\u00bb en respectant la cat\u00e9gorie tri\u00e9e (ces casiers ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s dans les derni\u00e8res ann\u00e9es de production de chiffon). Des macalons, le chiffon transport\u00e9 dans les chevriers \u00e9tait mis en d\u00e9p\u00f4t au 1er et 2\u00e9me \u00e9tage, mont\u00e9 avec le palan et rang\u00e9 par cat\u00e9gorie. Au 1er \u00e9tage au dessus du triage, le chiffon \u00e9tait pass\u00e9 dans une machine appel\u00e9e \u00ab\u00a0le Loup\u00a0\u00bb. Cet appareil semblable \u00e0 la batteuse, mais muni de dents d&rsquo;o\u00f9 son surnom, effectuait un second d\u00e9poussi\u00e9rage qui parachevait le travail d\u00e9grossi par la batteuse, mais agissant cette fois-ci sur le chiffon coup\u00e9. La transmission m\u00e9canique du loup avait un engrenage plac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ext\u00e9rieur du b\u00e2timent et son grincement strident et monotone remplissait d&rsquo;inqui\u00e9tude les enfants que nous \u00e9tions, ce bruit insolite renfor\u00e7ant encore le myst\u00e8re du loup. A la sortie du loup, le chiffon \u00e9tait envoy\u00e9 dans les lessiveuses, cylindres en acier riv\u00e9 de 2,5 m de diam\u00e8tre et de 3 m de long environ, d&rsquo;une contenance approximative de 8000 l ; il y avait 2 lessiveuses. On introduisait environ 1000 kg de chiffon, en ajoutant de la chaux vive pr\u00e9alablement \u00e9teinte, de la soude caustique, de l&rsquo;eau, de la vapeur. Le chiffon tournait de 8 \u00e0 12 heures dans la lessiveuse, qui tournait horizontalement sur deux paliers. Ensuite il \u00e9tait vid\u00e9 \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;appareil et transport\u00e9 avec des corbeilles vers les d\u00e9fileuses. Etablies dans le b\u00e2timent contigu aux lessiveuses, se trouvaient plusieurs d\u00e9fileuses. C&rsquo;\u00e9tait une machine avec un b\u00e2ti ext\u00e9rieur en fonte, l&rsquo;int\u00e9rieur \u00e9tait en ma\u00e7onnerie avec des profils bien \u00e9tudi\u00e9s. Une platine en fer munie de dents, et fix\u00e9e sous un rouleau mobile, \u00e9quip\u00e9 lui aussi de dents en fer, effectuait le d\u00e9filage du chiffon.<br><br>Les corbeilles de chiffon lessiv\u00e9 \u00e9taient vid\u00e9es dans l&rsquo;appareil, l&rsquo;eau coulait continuellement \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur ; il fallait prendre garde \u00e0 ne pas trop mettre de chiffon, sinon le rouleau se bloquait. Lorsque le chiffon \u00e9tait bien travaill\u00e9, l&rsquo;ouvrier ouvrait une vanne plac\u00e9e au fond de la d\u00e9fileuse et le chiffon d\u00e9j\u00e0 p\u00e2teux s&rsquo;\u00e9coulait dans des conduites de cuivre, pour tomber dans les caisses situ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage au-dessous.<br><br>Les caisses \u00e9taient construites en ma\u00e7onnerie, le fond et les angles \u00e9taient rev\u00eatus de carreaux perfor\u00e9s pour permettre l&rsquo;\u00e9coulement de l&rsquo;eau contenue dans le chiffon p\u00e2teux. Cette p\u00e2te restait en d\u00e9p\u00f4t dans ces bassins avant d&rsquo;\u00eatre emport\u00e9e vers le blanchiment.<br><br>Prise dans les caisses, la p\u00e2te de chiffon \u00e9tait charg\u00e9e dans un grand chariot sur rails, puis pouss\u00e9e et d\u00e9vers\u00e9e dans le blanchiment qui se trouvait \u00e0 quelques m\u00e8tres de distance et \u00e0 un niveau inf\u00e9rieur de 60 cm environ. Construits en ma\u00e7onnerie, ces bassins de blanchiment au nombre de deux, \u00e9taient \u00e9quip\u00e9s pour l&rsquo;un d&rsquo;une h\u00e9lice en bronze plac\u00e9e au fond, pour l&rsquo;autre, d&rsquo;une roue en cuivre avec des pales en bois. Leur r\u00f4le \u00e9tait de m\u00e9langer et de donner un mouvement \u00e0 la p\u00e2te. On ajoutait \u00e0 la p\u00e2te du chlore et de l&rsquo;eau, la dur\u00e9e de malaxage \u00e9tait d&rsquo;environ 4 heures, il fallait obtenir un produit blanchi. Pour vider les bassins, l&rsquo;ouvrier ouvrait la vanne plac\u00e9e au fond et la p\u00e2te se d\u00e9versait par des conduites en cuivre, puis dans des caniveaux en ma\u00e7onnerie vers les caisses situ\u00e9es \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage au-dessous.<br><br>Ces caisses con\u00e7ues de fa\u00e7on identique \u00e0 celles sous les d\u00e9fileuses, d\u00e9crites pr\u00e9c\u00e9demment, dont le but \u00e9tait d&rsquo;\u00e9goutter la p\u00e2te, \u00e9taient plus nombreuses pour assurer une r\u00e9serve importante. Apr\u00e8s ce stockage, le produit \u00e9tait charg\u00e9 dans des hottes en bois plac\u00e9es dans des chariots sur rails et dirig\u00e9 vers les raffineuses. Apr\u00e8s un trajet d&rsquo;une quarantaine de m\u00e8tres, le chariot charg\u00e9 dans un ascenseur hydraulique, \u00e9tait mont\u00e9 jusqu&rsquo;au niveau des raffineuses. Comme il est indiqu\u00e9 au d\u00e9but de ce t\u00e9moignage, le chiffon a \u00e9t\u00e9 remplac\u00e9 par la p\u00e2te de bois et ceci aux environs des ann\u00e9es 30. Ce changement a supprim\u00e9 une grande partie de la main-d\u2019\u0153uvre, la p\u00e2te de bois \u00e9tait mont\u00e9e directement aux raffineuses par un ascenseur \u00e9lectrique. Toute la partie haute de l&rsquo;usine n&rsquo;\u00e9tait plus utilis\u00e9e, si ce n&rsquo;est comme entrep\u00f4ts. Mais la pr\u00e9paration du chiffon ne s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9e que progressivement, puisque dans les ann\u00e9es 50, il y avait encore 4 \u00e0 5 coupeuses-trieuses de chiffon.<br><br>Pour l&rsquo;anecdote, il faut signaler que les salles de triage du chiffon n&rsquo;\u00e9taient pas chauff\u00e9es. Le chauffage \u00e0 la vapeur n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 install\u00e9 qu&rsquo;au d\u00e9but de ce si\u00e8cle. Aussi, les trieuses emportaient avec elles un chauffe-pieds \u00e0 charbon de bois. Heureusement la mode de l&rsquo;\u00e9poque \u00e9tait aux jupes longues, mais cet avantage pouvait avoir un certain inconv\u00e9nient. Dans tout ce d\u00e9p\u00f4t de chiffons, les souris trouvaient un nid id\u00e9al et il n&rsquo;\u00e9tait pas rare d&rsquo;en rencontrer ; elles faisaient parti de l&rsquo;environnement.<br><br>Occup\u00e9e tout \u00e0 son travail, une trieuse sentit soudain une souris lui monter le long de la jambe, affol\u00e9e, bloquant la bestiole dans sa progression, elle s&rsquo;\u00e9cria en patois \u00ab\u00a0ven\u00e8tz viste los omes\u00a0\u00bb (venez vite les hommes). Que s&rsquo;est il pass\u00e9 ensuite ? nous n&rsquo;avons pas de t\u00e9moignage&#8230;<br><br><\/p>\n\n\n\n<p>III<strong> &#8211; LA FABRICATION DU PAPIER<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"lafabricationdupapier\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br>Nous rappelons que ces t\u00e9moignages recueillis aupr\u00e8s des anciens employ\u00e9s de l&rsquo;usine, nous permettent de faire revivre un moment l&rsquo;activit\u00e9 de cette fabrique.<br><br>Faisant suite \u00e0 l&rsquo;eau et au chiffon, nous vous proposons aujourd&rsquo;hui la fabrication du papier.<br><br><br><strong>La p\u00e2te de bois<\/strong><br><br>C&rsquo;\u00e9tait la mati\u00e8re premi\u00e8re qui a progressivement remplac\u00e9 le chiffon. Il y avait deux qualit\u00e9s : la p\u00e2te dure provenant de Su\u00e8de, Norv\u00e8ge, Finlande et Canada, qui \u00e9tait fabriqu\u00e9e avec du bois de h\u00eatre ; l&rsquo;autre qualit\u00e9, appel\u00e9e p\u00e2te tendre, \u00e9tait achet\u00e9e dans le Sud-Est de la France. Les essences utilis\u00e9es \u00e9taient le pin et le ch\u00e2taignier.<br><br>Une autre p\u00e2te tendre venait de Sorgues dans le Vaucluse et \u00e9tait tir\u00e9e de l&rsquo;Alfa qui est une plante d&rsquo;Alg\u00e9rie.<br><br>Achemin\u00e9es par voie ferr\u00e9e jusqu&rsquo;\u00e0 la gare d&rsquo;Aouste-sur-Sye, les balles de p\u00e2te de bois \u00e9taient reprises et transport\u00e9es par camion automobile jusqu&rsquo;\u00e0 l&rsquo;usine et entrepos\u00e9es au rez-de-chauss\u00e9e du b\u00e2timent des raffineuses. Ces lots avaient environ 80 cm de haut sur 70 cm de large et pesaient 200 kg, ceci pour les qualit\u00e9s venant de l&rsquo;\u00e9tranger et du Sud-Ouest. L&rsquo;alfa \u00e9tait conditionn\u00e9 en rouleaux de 100 cm de haut et 80 cm de diam\u00e8tre approximativement.<br><br>Du rez-de-chauss\u00e9e, les balles de p\u00e2te de bois \u00e9taient charg\u00e9es dans l&rsquo;ascenseur \u00e9lectrique et mont\u00e9es au 1er \u00e9tage o\u00f9 \u00e9taient les raffineuses. De l\u00e0, charg\u00e9es sur un chariot et conduites devant la raffineuse, l&rsquo;ouvrier introduisait feuille \u00e0 feuille la p\u00e2te de bois dans la pile. Une particularit\u00e9 : les rouleaux d&rsquo;alfa devaient \u00eatre coup\u00e9s avec une hache au tranchant pr\u00e9alablement mouill\u00e9, ceci pour pouvoir plus commod\u00e9ment d\u00e9tacher les feuilles de p\u00e2te de bois qui \u00e9taient tr\u00e8s serr\u00e9es.<br><br><strong>Les raffineuses<\/strong><br><br>Que ce soit de la p\u00e2te de chiffon ou de bois, le produit passait obligatoirement dans les \u00ab\u00a0raffineuses\u00a0\u00bb. C&rsquo;\u00e9taient des cuves en ma\u00e7onnerie ou en b\u00e9ton arm\u00e9 appel\u00e9es \u00ab\u00a0piles\u00a0\u00bb. Fix\u00e9e \u00e0 la base sous le rouleau mobile, se trouvait une platine. Celle-ci pouvait \u00eatre en bronze munie de crans ou en lave \u00e0 surface lisse. Celle en bronze \u00e9tait utilis\u00e9e pour affiner la p\u00e2te destin\u00e9e aux papiers normaux. La p\u00e2te \u00e9tait alors travaill\u00e9e pendant deux heures. Celle en lave \u00e9tait n\u00e9cessaire pour les papiers tr\u00e8s fins (32gr) et le temps de travail \u00e9tait de quatre heures. Il est \u00e0 noter que la p\u00e2te de chiffon avait besoin d&rsquo;un temps plus long de raffinage (environ 4 heures). Dans la pile, il \u00e9tait ajout\u00e9 de l&rsquo;eau et du talc ; ce dernier donnait l&rsquo;opacit\u00e9 et le poids au papier. D\u00e8s que la p\u00e2te \u00e9tait pr\u00eate, elle \u00e9tait devenue tr\u00e8s liquide. Une vanne plac\u00e9e au fond de l&rsquo;appareil permettait au produit de s&rsquo;\u00e9couler vers la pile m\u00e9langeuse. Il y avait quatre piles, deux petites et deux grandes. L&rsquo;\u00e9quipe de travail se composait d&rsquo;un responsable, le \u00ab\u00a0Gouverneur et son aide \u00ab\u00a0Le second&rsquo;. Sur vingt quatre heures, il y avait trois \u00e9quipes qui effectuaient huit heures de travail. Au-dessous des raffineuses, se trouvait la \u00ab\u00a0pile m\u00e9langeuse\u00a0\u00bb. C&rsquo;\u00e9tait un bassin \u00e0 trois compartiments hauts et \u00e9troits, aux parois lisses avec des retours arrondis, ce qui permettait le glissement de la mati\u00e8re dans la pile. La p\u00e2te circulait dans ces compartiments en suivant un parcours sinueux. Le mouvement de la p\u00e2te \u00e9tait donn\u00e9 par une pompe. Celle-ci assurait aussi la vidange de la pile. L&rsquo;\u00e9quipe des raffineuses ajoutait dans la p\u00e2te, de la colle \u00e0 base de graisses animales (fournies par une tannerie de Romans), et de l&rsquo;alumine dissoute au pr\u00e9alable dans l&rsquo;eau. Ces ajouts servaient au collage et au gla\u00e7age du papier. Eventuellement, on y ajoutait de la couleur, pr\u00e9par\u00e9e dans un local au dessus de la pile. Il est \u00e0 noter qu&rsquo;il \u00e9tait toujours ajout\u00e9 du bleu outremer et du rouge rhodamine pour la fabrication du papier blanc. Le temps de m\u00e9lange de la p\u00e2te dans la pile m\u00e9langeuse \u00e9tait d&rsquo;une demi-heure environ. Ce temps pass\u00e9, l&rsquo;ouvrier ouvrait la vanne de vidange et la pompe propulsait la p\u00e2te vers les trois cuviers de la machine \u00e0 papier. Au m\u00eame niveau que la pile m\u00e9langeuse \u00e9tait install\u00e9 \u00ab\u00a0le meuleton\u00a0\u00bb. Cette machine con\u00e7ue comme les meules \u00e0 grains, avait deux grandes roues en pierre tournant sur elles-m\u00eames et simultan\u00e9ment en un mouvement circulaire autour d&rsquo;un axe en croix. Un socle en pierre avec des rebords en fonte supportait ces meules, dont la fonction \u00e9tait d&rsquo;\u00e9craser les d\u00e9chets de papier qui venaient de la coupeuse ou de la salle de triage.<br><br>Ainsi moulu, le papier \u00e9tait \u00e0 nouveau m\u00e9lang\u00e9 dans les raffineuses, incorpor\u00e9 \u00e0 la p\u00e2te de bois ou de chiffon.<br><br><strong>La machine \u00e0 papier<\/strong><br><br>Les trois cuviers \u00e9tablis en t\u00eate de la machine recevaient la p\u00e2te qui \u00e9tait brass\u00e9e continuellement par un grand serpentin h\u00e9lico\u00efdal muni de godets en fin de spirale. Ces godets en cuivre se chargeaient de p\u00e2te et la d\u00e9versaient dans le sablier en bois de m\u00e9l\u00e8ze qui \u00e9purait la p\u00e2te. Le mouvement ondulatoire de cet appareil d\u00fb \u00e0 un caillebotis plac\u00e9 dans le fond, conduisait la p\u00e2te vers un \u00e9purateur qui \u00e9liminait les morceaux de produit non dilu\u00e9, appel\u00e9 \u00ab\u00a0maton\u00a0\u00bb.<br><br>De l\u00e0, la p\u00e2te devenue plus liquide par apport d&rsquo;eau, avan\u00e7ait sur la table de fabrication : c&rsquo;\u00e9tait une toile m\u00e9tallique en cuivre support\u00e9e par des petits rouleaux ; un mouvement continu faisait avancer le futur papier et simultan\u00e9ment une impulsion lat\u00e9rale lui donnait une oscillation comparable \u00e0 un tamis, ce qui avait pour effet d&rsquo;\u00e9liminer une bonne partie de l&rsquo;eau en exc\u00e8s.<br><br>Trois caisses d&rsquo;aspiration de l&rsquo;eau plac\u00e9es sous la toile m\u00e9tallique venaient compl\u00e9ter le travail de la table de fabrication. Install\u00e9 \u00e0 la suite de la toile m\u00e9tallique, le rouleau filigraneur imprimait, dans la p\u00e2te essor\u00e9e, la marque et la qualit\u00e9 du papier.<br><br>Ensuite, la presse humide \u00e9crasait la p\u00e2te, puis les presses coucheuses \u00e9quip\u00e9es de feutre commen\u00e7aient le s\u00e9chage. Une presse montante faisait grimper le produit qui devenait d\u00e9j\u00e0 du papier, vers la s\u00e9cherie avec ses cinq batteries compos\u00e9es de gros cylindres et de feutres. La vapeur envoy\u00e9e dans les cylindres s\u00e9chait le papier. L\u00e0 se terminait le travail du feutre, mais toujours en continu, le papier s&rsquo;enroulait dans le cylindre refroidisseur, pour passer ensuite dans les petits cylindres appr\u00eateurs qui satinaient le papier.<br><br>Enfin bien visible, il venait s&rsquo;enrouler sur un cylindre en bois appel\u00e9 \u00ab\u00a0d\u00e9vidoir\u00a0\u00bb. Cette bobine de papier avait une largeur de 136 \u00e0 152 cm et un poids de 100 \u00e0 120 kg.<br><br>Les feutres \u00e9taient fournis par les Ets Binet \u00e0 Annonay. Il y avait deux qualit\u00e9s de feutres. Avec les presses coucheuses, c&rsquo;\u00e9tait un feutre souple et dans la s\u00e9cherie le feutre \u00e9tait plus rigide. La toile m\u00e9tallique venait de S\u00e9lestat dans le Bas-Rhin. Elle \u00e9tait chang\u00e9e de temps en temps, quand son usure \u00e9tait trop importante. Son remplacement \u00e9tait une grosse d\u00e9pense pour la Papeterie. Aussi, si elle avait un accroc, c&rsquo;\u00e9taient les mains adroites des jeunes femmes qui ex\u00e9cutaient la r\u00e9paration, comme un stoppage sur une \u00e9toffe.<br><br>La machine \u00e9tait conduite par le \u00ab\u00a0premier de machine\u00a0\u00bb. Son assistant s&rsquo;appelait le\u00a0\u00bbsecond de machine\u00a0\u00bb. Dans cette vaste salle o\u00f9 r\u00e9gnait constamment une chaleur humide, il fallait veiller \u00e0 obtenir beaucoup de propret\u00e9 pour \u00e9viter que les impuret\u00e9s viennent t\u00e2cher la p\u00e2te ou le papier.<br><br>Enroul\u00e9e sur le d\u00e9vidoir, la bobine de papier \u00e9tait pass\u00e9e \u00e0 la calandre. Cette op\u00e9ration \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e au beau papier (registre). La calandre, c&rsquo;\u00e9tait une machine toute en hauteur, \u00e9quip\u00e9e de rouleaux m\u00e9talliques et en carton durci. Ces rouleaux, mobiles, \u00e9taient charg\u00e9s aux extr\u00e9mit\u00e9s pour obtenir une pression variable selon la quantit\u00e9 et leur r\u00f4le \u00e9tait de satiner le papier. Sortant de la calandre ou directement pris sur la machine papier, les bobines de papier \u00e9taient plac\u00e9es sur la coupeuse.<br><br>Cette machine pouvait recevoir jusqu&rsquo;\u00e0 neuf d\u00e9vidoirs. Le papier se d\u00e9roulait, puis \u00e9tait coup\u00e9 en longueur et en largeur. Cette op\u00e9ration \u00e9tait obtenue avec des guides qui maintenaient le papier en place et des couteaux qui le tranchaient \u00e0 la dimension d\u00e9sir\u00e9e. Sans interruption, le papier coup\u00e9 s&#8217;empilait sur des cadres en bois, qui, repris par des chariots, \u00e9taient mont\u00e9s au 1er \u00e9tage \u00e0 la salle de triage, au moyen d&rsquo;un ascenseur \u00e9lectrique.<br><br>Dans la salle de la calandre, proche de la machine \u00e0 papier, se trouvait une autre coupeuse, mais celle-ci \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux papiers \u00e0 filigrane centr\u00e9. Dans la salle de la machine \u00e0 papier allaient et venaient le premier de machine et son second, habill\u00e9s l\u00e9g\u00e8rement \u00e0 cause de la chaleur. Ils surveillaient et corrigeaient \u00e9ventuellement le fonctionnement de la machine. De temps \u00e0 autre, le premier de machine contr\u00f4lait avec une petite balance le poids du papier, en d\u00e9tachant un \u00e9chantillon sur le d\u00e9vidoir. En haut et en t\u00eate de la machine, dans un local vitr\u00e9, le chef de fabrication veillait au bon d\u00e9roulement du travail. Il pr\u00e9parait les feuilles de fabrication selon les commandes \u00e0 ex\u00e9cuter. Ces fiches de travail \u00e9taient dat\u00e9es, num\u00e9rot\u00e9es. Elles indiquaient les qualit\u00e9s et les quantit\u00e9s \u00e0 introduire dans les raffineuses et dans la pile m\u00e9langeuse. Il remettait ces feuilles au gouverneur des raffineuses qui commen\u00e7ait ainsi la fabrication.<br><br>La responsabilit\u00e9 du chef de fabrication ne se limitait pas \u00e0 la journ\u00e9e de huit heures. Il intervenait d\u00e8s qu&rsquo;un incident s\u00e9rieux survenait au cours de la fabrication, que ce soit de jour ou de nuit, puisqu&rsquo;il y avait trois factions de huit heures. Une parenth\u00e8se dans la fabrication du papier : en 1939, pendant les premiers mois du conflit, la Papeterie a travaill\u00e9 pour l&rsquo;Arm\u00e9e Fran\u00e7aise. Elle recevait des ballots de coton-poudre destin\u00e9 aux explosifs. Comme pour le chiffon, le coton-poudre \u00e9tait lav\u00e9, puis d\u00e9fil\u00e9 et blanchi. Ensuite il \u00e9tait s\u00e9ch\u00e9 dans la machine \u00e0 papier.<br><br>De l\u00e0, emball\u00e9 dans les \u00ab\u00a0macules\u00a0\u00bb (papier r\u00e9sistant et \u00e9pais fabriqu\u00e9 par la Papeterie) il \u00e9tait exp\u00e9di\u00e9.<br><br>A ce jour, il ne reste qu&rsquo;un t\u00e9moin de cette \u00e9poque ayant particip\u00e9 \u00e0 ce travail.<br><br>Pour le visiteur qui d\u00e9couvrait pour la premi\u00e8re fois la machine \u00e0 papier, ce qui l&rsquo;\u00e9tonnait le plus c&rsquo;\u00e9tait la transformation de cette p\u00e2te liquide, qui, apr\u00e8s un cheminement compliqu\u00e9 et invisible pour un \u0153il non exerc\u00e9, arrivait \u00e0 l&rsquo;autre bout de cette longue succession d&rsquo;appareils divers, en papier lisse et brillant&#8230;<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>IV &#8211; LA PRODUCTION DE LA VAPEUR<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"laproductiondelavapeur\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p>Aussi indispensable que l&rsquo;eau, la vapeur \u00e9tait l&rsquo;\u00e9nergie n\u00e9cessaire au fonctionnement de la papeterie. Elle \u00e9tait utilis\u00e9e par la machine \u00e0 papier, les raffineuses, la colleuse et pour le chauffage des locaux. Autrefois, quand le chiffon \u00e9tait la mati\u00e8re premi\u00e8re, elle \u00e9tait employ\u00e9e aux lessiveuses et au chauffage des grandes salles de triage. La chaudi\u00e8re, avec sa grande chemin\u00e9e de briques rouges, haute de 25 m\u00e8tres, \u00e9tait install\u00e9e pr\u00e8s de la machine \u00e0 papier.<br><br>C&rsquo;\u00e9tait une chaudi\u00e8re tubulaire semblable \u00e0 celle qui \u00e9quipait les locomotives. Con\u00e7ue de fa\u00e7on \u00e0 assurer une production de vapeur importante, sa pression de marche normale \u00e9tait de 5 Kg et m\u00eame apr\u00e8s l&rsquo;arr\u00eat hebdomadaire, la pression ne descendait gu\u00e8re en dessous de 1 Kg. Le combustible employ\u00e9 jusqu&rsquo;en 1948 \u00e9tait l&rsquo;anthracite. Charg\u00e9 \u00e0 la pelle dans une brouette, il \u00e9tait d\u00e9vers\u00e9 dans une tr\u00e9mie o\u00f9 une vis sans fin le conduisait jusqu&rsquo;au foyer.<br><br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"eau\"><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"leau\"><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"leau\"><\/h2>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/a4\/30\/7e\/a4307e99583b22007dbc5c0ce4afa6bd7438b5a4.jpg?v=v1\" alt=\"\"\/><figcaption><em><strong>La chemin\u00e9e en 1960<\/strong><\/em><\/figcaption><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><br><br>Pendant le conflit de Suez, n&rsquo;ayant plus d&rsquo;anthracite, ce sont des briques de charbon qui servaient de combustible et qu&rsquo;il fallait casser avant de les br\u00fbler. Il \u00e9tait \u00e0 noter que le charbon \u00e9tait toujours l\u00e9g\u00e8rement arros\u00e9 avant d&rsquo;\u00eatre br\u00fbl\u00e9, ceci pour une meilleure combustion.<br><br>De 1942 \u00e0 1944, pendant la guerre, n&rsquo;ayant que des attributions restreintes de charbon, la papeterie a utilis\u00e9 du bois. Pour cela, quatre b\u00fbcherons ont \u00e9t\u00e9 embauch\u00e9s. C&rsquo;\u00e9tait de jeunes hommes qui, refusant le travail obligatoire en Allemagne, s&rsquo;\u00e9taient r\u00e9fugi\u00e9s dans la r\u00e9gion. Ils \u00e9taient originaires de la r\u00e9gion lyonnaise. Ces b\u00fbcherons abattaient le bois \u00e0 la hache et le d\u00e9bardaient avec deux paires de b\u0153ufs. Ils descendaient le bois jusqu&rsquo;\u00e0 un lieu accessible pour le camion \u00e0 gazog\u00e8ne de l&rsquo;usine, qui le transportait jusqu&rsquo;\u00e0 la papeterie o\u00f9 il \u00e9tait d\u00e9bit\u00e9. Ces jeunes b\u00fbcherons vivaient sur leur lieu de travail et assuraient eux-m\u00eames leur subsistance. L&rsquo;exploitation des coupes se situait sur les communes de Soyans, l&rsquo;Escoulin et Autichamp. Ce travail au grand air \u00e9tait certes tr\u00e8s tonique mais p\u00e9nible ; il fallait assurer 3 \u00e0 4 tonnes de bois par jour. Leur salaire \u00e9tait calcul\u00e9 au volume de bois coup\u00e9, soit 20 Francs du h\u00eatre, du ch\u00eane ou du pin (20 F en 1942 repr\u00e9sentent \u00e0 peu pr\u00e8s 26,80 F de nos jours).<br><br>La vie de ces jeunes hommes n&rsquo;\u00e9tait pas sans impr\u00e9vus, ni incidents plus ou moins dr\u00f4les, sans oublier leur position de \u00ab\u00a0camoufl\u00e9s\u00a0\u00bb qu&rsquo;ils devaient toujours garder pr\u00e9sente \u00e0 l&rsquo;esprit, pour \u00e9viter de mauvaises rencontres. Mais \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de leurs t\u00e9moignages, on peut penser qu&rsquo;ils ont quand m\u00eame de bons souvenirs \u00e0 \u00e9voquer. Le chauffage au bois n&rsquo;a pas facilit\u00e9 le travail du chauffeur, il fallait charger de fa\u00e7on presque constante le foyer, pour obtenir une pression suffisante, sans oublier qu&rsquo;il fallait d\u00e9biter le bois en b\u00fbches de 50 cm de longueur.<br><br>Un travail p\u00e9nible et salissant \u00e9tait effectu\u00e9 une fois par an : c&rsquo;\u00e9tait le nettoyage de la galerie de tirage. Il fallait travailler courb\u00e9 dans le conduit pour retirer la suie et il va sans dire qu&rsquo;\u00e0 la fin de ce travail le chauffeur avait chang\u00e9 de couleur ; plusieurs douches \u00e9taient n\u00e9cessaires pour se d\u00e9barrasser de la suie, qu&rsquo;elle soit issue du charbon, du bois ou du fuel.<br><br>La chaudi\u00e8re s&rsquo;\u00e9teignait le samedi soir et \u00e9tait rallum\u00e9e le lundi \u00e0 quatre heures, ceci pour qu&rsquo;il y ait suffisamment de vapeur pour la mise en route de la machine \u00e0 papier \u00e0 huit heures. Le travail du chauffeur commen\u00e7ait, avant l&rsquo;allumage, par le nettoyage des tubes de la chaudi\u00e8re et ceci tous les lundis. Ensuite, il surveillait la pression et veillait au bon fonctionnement. Il assurait aussi la surveillance des grilles de la turbine. Pendant la p\u00e9riode de fabrication du papier avec le chiffon, le chauffeur surveillait le d\u00e9bit de vapeur aux lessiveuses.<br><br>Jusqu&rsquo;aux environs de 1914, il y avait deux chaudi\u00e8res dont une dans le haut, pr\u00e8s du chiffon, mais avec la disparition de cette mati\u00e8re premi\u00e8re, seule celle proche de la machine \u00e0 papier a \u00e9t\u00e9 conserv\u00e9e. De plus, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de celle-ci, se trouvait une petite chaudi\u00e8re de secours ; mais dans les derni\u00e8res ann\u00e9es elle n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9e.<br><br>Dans les ann\u00e9es 60, une nouvelle chaudi\u00e8re, plus compacte, automatique, semblable \u00e0 celles utilis\u00e9es sur les navires (son constructeur \u00e9tait les \u00e9tablissements Babcook-Wilcox), a pris la rel\u00e8ve de la vieille chaudi\u00e8re qui devait approcher les cent ans d&rsquo;\u00e2ge. Mais les chauffeurs avaient remarqu\u00e9 que d\u00e8s son extinction, la vapeur tombait \u00e0 z\u00e9ro et qu&rsquo;au bout de quelques ann\u00e9es de fonctionnement quelques trous de rouille apparaissaient sur son enveloppe m\u00e9tallique. La fermeture de la Papeterie n&rsquo;a pas permis de contr\u00f4ler sa long\u00e9vit\u00e9, mais il est \u00e0 croire qu&rsquo;elle n&rsquo;aurait peut-\u00eatre pas dur\u00e9 cent ans&#8230;<br><br>Avec le fuel combustible, il avait \u00e9t\u00e9 install\u00e9 des conduites d&rsquo;alimentation en acier. Ces tuyaux partant des citernes de stockage vers la chaudi\u00e8re \u00e9taient enterr\u00e9s dans le sol et passaient sous la galerie de tirage des fum\u00e9es. L&rsquo;humidit\u00e9 du sol favorisant la rouille, les conduites de fuel se sont perc\u00e9es et le liquide s&rsquo;est peu \u00e0 peu r\u00e9pandu dans le sol, puis dans la galerie de tirage. Ayant constat\u00e9 cette fuite, la Papeterie avait fait appel \u00e0 un service de pompage qui devait, d\u00e8s le lendemain, proc\u00e9der \u00e0 l&rsquo;\u00e9vacuation de cette mati\u00e8re goudronneuse qu&rsquo;est le fuel lourd. Mais l&rsquo;ouverture malencontreuse d&rsquo;une trappe de visite, ayant provoqu\u00e9 un courant d&rsquo;air, le fuel s&rsquo;est enflamm\u00e9 et ce sont des flammes qui sortaient de la grande chemin\u00e9e au lieu de la l\u00e9g\u00e8re fum\u00e9e habituelle. C&rsquo;\u00e9tait le 14 septembre 1949. Il \u00e9tait impossible de s&rsquo;approcher de la chaudi\u00e8re. Craignant le pire, la Papeterie a cess\u00e9 son activit\u00e9 et les b\u00e2timents proches de la chaudi\u00e8re ont \u00e9t\u00e9 \u00e9vacu\u00e9s. Plusieurs casernes de pompiers ont \u00e9t\u00e9 mobilis\u00e9es, mais ne pouvant rien entreprendre, les pompiers ont surveill\u00e9 jour et nuit les lieux. Au bout de quarante huit heures, le feu s&rsquo;est \u00e9teint de lui-m\u00eame et apr\u00e8s d&rsquo;indispensables r\u00e9parations effectu\u00e9es avec diligence, l&rsquo;usine a repris son activit\u00e9 interrompue depuis quinze jours car, sans vapeur, la fabrication du papier \u00e9tait impossible.<br><br>La chemin\u00e9e avait subi un feu trop intense ; il a \u00e9t\u00e9 n\u00e9cessaire de la cercler jusqu&rsquo;\u00e0 son fa\u00eete. Pour cela une entreprise sp\u00e9cialis\u00e9e est intervenue : l&rsquo;entreprise Wolfflet de Lyon (qui avait un lien de parent\u00e9 avec la famille de M. Gustave Odemard). Cette entreprise a \u00e9chafaud\u00e9 les 25 m\u00e8tres de hauteur de la chemin\u00e9e et a plac\u00e9 des cercles d&rsquo;acier tout le long du conduit. Les d\u00e9g\u00e2ts n&rsquo;ont \u00e9t\u00e9, heureusement, que mat\u00e9riels. La catastrophe a \u00e9t\u00e9 \u00e9vit\u00e9e, car il est probable que le fuel r\u00e9pandu sous les immeubles d&rsquo;habitation et son embrasement auraient provoqu\u00e9 un sinistre d&rsquo;une tout autre ampleur.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>V &#8211; LE SERVICE ENTRETIEN<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"leserviceentretien\"><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"leserviceentretien\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br><br>L&rsquo;usine employait \u00e0 plein temps un m\u00e9canicien, un menuisier et un ma\u00e7on.<br>Le m\u00e9canicien avait un atelier \u00e9quip\u00e9 d&rsquo;un tour, d&rsquo;une raboteuse, de perceuses, de meules, d&rsquo;une forge et le n\u00e9cessaire pour la soudure autog\u00e8ne. Cet \u00e9quipement lui permettait d&rsquo;intervenir rapidement lors d&rsquo;une panne. Compte tenu de toutes les pi\u00e8ces m\u00e9caniques fonctionnant dans l&rsquo;usine, sa pr\u00e9sence et sa comp\u00e9tence \u00e9taient indispensables. Pour le personnel de la Papeterie, son atelier \u00e9tait appel\u00e9 \u00ab\u00a0la forge\u00a0\u00bb, ceci peut-\u00eatre parce qu&rsquo;autrefois le travail de forgeron \u00e9tait plus important, en raison de l&rsquo;assemblage des pi\u00e8ces m\u00e9talliques obtenu par rivetage. C&rsquo;est la raison pour laquelle certains forgerons de l&rsquo;\u00e9poque \u00e9taient nomm\u00e9s \u00ab\u00a0Br\u00fble Fer\u00a0\u00bb.<br><br>Le menuisier r\u00e9parait toute la partie b\u00e2timent : plancher, portes, fen\u00eatres. Cette activit\u00e9 lui permettait de conna\u00eetre les moindres recoins de ces immenses locaux. Certaines couronnes d&rsquo;engrenages avaient des dents en bois et c&rsquo;est lui qui fa\u00e7onnait et rempla\u00e7ait la denture, en particulier celle du meuleton, assez difficile \u00e0 ex\u00e9cuter. Il fabriquait pour l&#8217;emballage des caisses et des cadres en bois pour l&rsquo;exp\u00e9dition du papier. Les tabourets des trieuses de papier et autrefois celles du chiffon, \u00e9taient aussi de sa fabrication.<br><br>Ce travail vari\u00e9 lui permettait de voir travailler tous les postes de l&rsquo;usine, aussi \u00e9tait-il tr\u00e8s renseign\u00e9 sur la fabrication du papier.<br><br>Le ma\u00e7on \u00e9tait assur\u00e9 d&rsquo;avoir de l&rsquo;occupation, ne serait-ce qu&rsquo;avec les surfaces importantes de toitures couvertes en tuiles canal. Ce syst\u00e8me de couverture avait besoin de temps \u00e0 autre d&rsquo;un \u00ab\u00a0remariage\u00a0\u00bb. La r\u00e9fection des peintures dans les logements du personnel \u00e9tait dans ses attributions. Mais \u00e0 part ces travaux de routine, il ex\u00e9cutait des ouvrages remarquables en ma\u00e7onnerie ou b\u00e9ton arm\u00e9 ; la construction des piles des raffineuses en \u00e9tait l&rsquo;exemple.<br><br>Bien s\u00fbr, plusieurs g\u00e9n\u00e9rations de ces ouvriers se sont succ\u00e9d\u00e9es, mais certains, avec une habilet\u00e9 personnelle ou une personnalit\u00e9 particuli\u00e8re, ont marqu\u00e9 leur passage.<br><br>Pour les travaux plus importants et plus sp\u00e9cialis\u00e9s, la Papeterie faisait appel aux entreprises de la r\u00e9gion et c&rsquo;\u00e9tait pour elles un apport d&rsquo;activit\u00e9 tr\u00e8s appr\u00e9ciable. Il \u00e9tait tr\u00e8s fr\u00e9quent de voir \u00ab\u00a0dans les murs\u00a0\u00bb de la Papeterie, telle entreprise d&rsquo;\u00e9lectricit\u00e9, de chauffage, de ma\u00e7onnerie, etc&#8230;<br><br>La fermeture de la Papeterie, comme beaucoup d&rsquo;autres \u00e9tablissements au cours des derni\u00e8res d\u00e9cennies, a certes beaucoup contribu\u00e9 \u00e0 la disparition dans notre vall\u00e9e des petites entreprises artisanales, marquant ainsi la fin d&rsquo;une \u00e9poque&#8230;<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><strong>VI &#8211; LA SALLE DE TRIAGE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"lasalledetriage\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br><br>C&rsquo;est la salle o\u00f9 se trouvent actuellement les locaux de la mairie. Les nombreuses fen\u00eatres qui la caract\u00e9risent se justifient par le travail qui \u00e9tait r\u00e9alis\u00e9 ici.<br><br>Les femmes, car c&rsquo;\u00e9tait uniquement des femmes qui \u00e9taient affect\u00e9es au tri, travaillaient sur des tables, appel\u00e9es \u00ab\u00a0t\u00f4liers\u00a0\u00bb, face aux fen\u00eatres : une trieuse par fen\u00eatre. Il y avait cependant une lampe au-dessus de chaque trieuse, que l&rsquo;on pouvait utiliser par temps sombre. Chaque trieuse avait sa selle \u00e0 trois pieds pour s&rsquo;asseoir et un plot pour \u00ab\u00a0se caler\u00a0\u00bb les pieds.<br><br>Le papier, coup\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage inf\u00e9rieur, arrivait \u00e0 la salle par un monte-charge. Le personnel, quant \u00e0 lui, prenait l&rsquo;escalier. Le diable avait du mal \u00e0 sortir si le monte-charge n&rsquo;\u00e9tait pas \u00e0 niveau ; celui-ci fonctionnait p\u00e9niblement avec de lourdes cha\u00eenes.<br><br>Le matin, deux femmes \u00e9tait d\u00e9sign\u00e9es pour s&rsquo;occuper de la roule (ce travail concernait les derni\u00e8res arriv\u00e9es \u00e0 la Papeterie ; il y avait cependant un roulement pour que ce ne soit pas toujours les m\u00eames). Ce travail consistait \u00e0 transporter les piles de papier sur un chariot et servir chaque trieuse. Une fois la roule termin\u00e9e, elles \u00e9taient affect\u00e9es \u00e0 diff\u00e9rentes t\u00e2ches. Les femmes restaient \u00e0 la roule tant qu&rsquo;elles n&rsquo;avaient pas d&rsquo;enfants, ensuite elle devenaient trieuses. Les trieuses recevaient donc le papier : la pile emmen\u00e9e \u00e9tait \u00e0 droite sur le cadre apport\u00e9 par le diable. Elles avaient des guides en bois en forme d&rsquo;\u00e9querre (ces guides \u00e9taient cal\u00e9s par des plots pour \u00e9viter que cela ne bouge), elles remplissaient les guides en fonction de la qualit\u00e9 du papier. Il y avait trois piles de papier : \u00e0 gauche le papier d&rsquo;excellente qualit\u00e9 appel\u00e9 1er choix ; \u00e0 droite le papier t\u00e2ch\u00e9 appel\u00e9 2\u00e8me choix et le cass\u00e9 qui \u00e9tait renvoy\u00e9 au \u00ab\u00a0meuleton\u00a0\u00bb pour une refonte.<br><br>Ce papier \u00e9tait tri\u00e9 feuille par feuille pour voir s&rsquo;il n&rsquo;y avait pas de d\u00e9faut ou de pli. Chaque feuille \u00e9tait observ\u00e9e \u00e0 contre-jour, puis plac\u00e9e dans le guide correspondant. Une autre m\u00e9thode est apparue dans les ann\u00e9es 62\/63 : la feuille \u00e9tait gliss\u00e9e, \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un doigt en caoutchouc, sans \u00eatre tourn\u00e9e. Cette m\u00e9thode \u00e9tait plus rapide mais moins efficace quant \u00e0 la v\u00e9rification du papier. Notre compte-rendu n&rsquo;arrivera certainement pas \u00e0 traduire toute la dext\u00e9rit\u00e9 n\u00e9cessaire \u00e0 remploi. Nous avons cependant pu admirer l&rsquo;agilet\u00e9, l&rsquo;habilit\u00e9 du geste de certaines ouvri\u00e8res qui ont bien voulu le faire revivre devant nous car il \u00e9tait plus facile de le voir que de l&rsquo;expliquer. C&rsquo;\u00e9tait toute une technique et les femmes allaient tr\u00e8s vite dans leurs gestes. Au ralenti on peut vous dire qu&rsquo;elles ouvraient les feuilles en \u00e9ventail, elles faisaient ainsi rentrer de l&rsquo;air pour ne pas casser le papier (c&rsquo;\u00e9tait le premier geste enseign\u00e9). Cela para\u00eet simple quand on le voit mais croyez-le, ce n&rsquo;est pas facile \u00e0 faire. En revanche ce geste, une fois acquis, devient un r\u00e9flexe : m\u00eame apr\u00e8s avoir arr\u00eat\u00e9 leur travail depuis 20 ans, chacune des femmes qui nous a expliqu\u00e9 sa t\u00e2che a retrouv\u00e9 toute sa dext\u00e9rit\u00e9. Des femmes sp\u00e9cifiques \u00e9taient utilis\u00e9es : pour 5 fois 5 feuilles compt\u00e9es, on parlait d&rsquo;une main. 20 mains \u00e9taient \u00e9gale \u00e0 une rame, soit 500 feuilles. Chaque rame comportait le num\u00e9ro de la trieuse qui l&rsquo;avait ex\u00e9cut\u00e9e. Il fallait taper le papier pour l&rsquo;appareiller (le mettre d&rsquo;aplomb). Le centr\u00e9 \u00e9tait tap\u00e9 \u00e0 l&rsquo;avant des piles. Pour le centr\u00e9, le rendement n&rsquo;\u00e9tait pas le m\u00eame, il \u00e9tait tourn\u00e9 feuille \u00e0 feuille. Il \u00e9tait tap\u00e9 et ensuite repris au massicot. Il s&rsquo;agissait dons le trier, compter et empiler les feuilles. Ce travail \u00e9tait pay\u00e9 \u00e0 la rame, c&rsquo;est-\u00e0-dire au rendement. Le papier \u00e9tait coup\u00e9 sous diff\u00e9rents formats. Il y avait :<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li><\/li><\/ul>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>le coquille (44X56cm),<\/li><li>le raisin (50X60cm),<\/li><li>le double raisin (65X100cm),<\/li><li>le double pot (41X62cm),<\/li><li>le double telli\u00e8re (44X64cm),<\/li><li>le couronne (35X45cm),<\/li><li>le double couronne (44X70cm)&nbsp;<\/li><li>le losange pour les enveloppes.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p>Ces diff\u00e9rents formats d\u00e9pendaient des commandes des clients. Toutes les rames \u00e9taient emball\u00e9es dans un papier appel\u00e9 \u00ab\u00a0macule\u00a0\u00bb, de couleur diff\u00e9rente suivant la cat\u00e9gorie, la qualit\u00e9.<br><br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<div class=\"wp-block-image\"><figure class=\"aligncenter\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/static.neopse.com\/medias\/p\/523\/site\/d1\/1d\/47\/d11d472b068e2260989be4607033bc599976256c.jpg?v=v1\" alt=\"\"\/><\/figure><\/div>\n\n\n\n<p><br><br>Dans cette grande salle, il y avait aussi d&rsquo;autres postes :<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>au milieu, se trouvait une table servant \u00e0 envelopper le papier,<\/li><li>le bureau de la contrema\u00eetresse, laquelle faisait en sorte qu&rsquo;il y ait toujours quelque chose \u00e0 faire; elle relevait tout ce que les trieuses faisaient, v\u00e9rifiait le travail, faisait un peu de comptabilit\u00e9.<\/li><li>un passage permettait la circulation des chariots.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><br>Vers les fen\u00eatres, c\u00f4t\u00e9 nord, se trouvaient le massicot, la r\u00e9gleuse et quelques trieuses. La Papeterie proposait divers articles. Il y avait entre autres : les blocs, les aviblocs, les cahiers, les buvards, les bristols, les cartes de visite, les cartes de deuil, les pochettes dessins&#8230;<br><br>En ce qui concerne les blocs, il y avait de l&rsquo;uni, du travers et du ray\u00e9 commercial. Pour les r\u00e9aliser, on pr\u00e9parait des rames dans lesquelles \u00e9tait intercal\u00e9 un carton toutes les 100 feuilles. La rame passait au massicot pour \u00eatre coup\u00e9e en 4 ou en 8 (in-quatro ou in-octavo). Une fois coup\u00e9, le c\u00f4t\u00e9 bien lisse \u00e9tait mis au bord de la table, un zinc \u00e9tait pos\u00e9 sur la premi\u00e8re feuille pour la prot\u00e9ger ; le bloc pouvait \u00eatre coll\u00e9. C&rsquo;\u00e9tait un travail d\u00e9licat, qui demandait beaucoup d&rsquo;attention. Les \u00ab\u00a0roules\u00a0\u00bb pr\u00e9paraient la colle : elles faisaient chauffer de l&rsquo;eau, y mettraient des tablettes (plus tard des perles) et remuaient pour obtenir une p\u00e2te ni trop \u00e9paisse, ni trop liquide, sans grumeau. On la pr\u00e9parait dans des bacholes en cuivre, chauff\u00e9es au bain-marie sur des r\u00e9chauds \u00e9lectriques. C&rsquo;\u00e9tait un travail d&rsquo;\u00e9quipe car, pendant que certaines fabriquaient la colle, d&rsquo;autres pr\u00e9paraient les blocs. La couverture et le buvard \u00e9taient pli\u00e9s, on ajoutait une feuille avec ligne pour les blocs unis, la bande encoll\u00e9e sur \u00e0 peine 1,5 cm de large tenait les feuilles.<br><br>Les couvertures et les buvards pli\u00e9s \u00e9taient align\u00e9s par 10 et encoll\u00e9s. Seuls, les \u00ab\u00a0grands doigts\u00a0\u00bb pouvaient coller car il fallait tenir la longueur bloc t\u00eate-b\u00eache pour que la colle s\u00e8che jusqu&rsquo;au lendemain. Ensuite on les rognait \u00e0 nouveau au massicot pour qu&rsquo;ils soient nets.<br><br>Les aviblocs \u00e9taient du papier \u00e0 lettre pour l&rsquo;envoi par avion, fabriqu\u00e9s pendant la guerre d&rsquo;Indochine. Ils \u00e9taient pr\u00e9sent\u00e9s sous forme d&rsquo;enveloppes contenant 25 feuilles de papier azur\u00e9, 25 enveloppes, un buvard et un papier ray\u00e9. Au dos de la pochette on pouvait lire : \u00ab\u00a01 feuille + 1 enveloppe p\u00e8sent moins de 5 grammes ; 3 feuilles + 1 enveloppe p\u00e8sent moins de 10 grammes.\u00a0\u00bb<br><br>Pour l&#8217;emballage, on les mettait dans des caisses en bois. On utilisait la trieuse pour tous les papiers ray\u00e9s ou quadrill\u00e9s. Pour les cahiers, c&rsquo;\u00e9tait la r\u00e9glure \u00ab\u00a0Siey\u00e8s\u00a0\u00bb. Ils \u00e9taient form\u00e9s de 25 feuilles pli\u00e9es nettes \u00e0 l&rsquo;\u00e9querre avec la pierre en buis. Ils \u00e9taient cousus main. On y mettait \u00e9galement une bande en simili pour tenir le cahier.<br><br><strong>Le laminoir<\/strong><br><br>Ce poste de travail se trouvait \u00e9galement dans la salle de triage : il \u00e9tait destin\u00e9 \u00e0 satiner le papier bristol. Le travail s&rsquo;effectuait en \u00e9quipes. 4 personnes y \u00e9taient affect\u00e9es et elles se relayaient car la t\u00e2che \u00e9tait p\u00e9nible. La machine en elle-m\u00eame se composait de deux rouleaux qui tournaient en sens contraire ; la pression hydraulique \u00e9tait r\u00e9gl\u00e9e selon le gla\u00e7age d\u00e9sir\u00e9 (il y avait \u00e9galement une rondelle en fonte qui servait de t\u00e9moin). Le papier, une fois dans la machine, avan\u00e7ait et reculait deux ou trois fois, selon le gla\u00e7age souhait\u00e9. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;enfiler le papier dans le laminoir et ceci se faisait par paquet de 50 feuilles (il \u00e9tait constitu\u00e9 de 25 feuilles bristol et 26 feuilles de zinc). On devait intercaler une feuille de bristol entre deux feuilles de zinc. Ce travail n\u00e9cessitait une bonne synchronisation : une personne, prot\u00e9g\u00e9e d&rsquo;un tablier en feutre, enfilait le paquet qui mesurait environ 2 cm d&rsquo;\u00e9paisseur, dans le laminoir. Il fallait l\u00e2cher le paquet d\u00e8s qu&rsquo;il \u00e9tait engag\u00e9 car cela pouvait \u00eatre dangereux (2 accidents s&rsquo;y sont produits). Une autre personne sortait le papier satin\u00e9 de la machine. Deux autres personnes pr\u00e9paraient les paquets sur la table : l&rsquo;une mettait les nouvelles feuilles et l&rsquo;autre tournait les zincs. Enfin de journ\u00e9e, il fallait nettoyer les rouleaux car les zincs \u00e9taient salissants.<br><br><strong>Les cartes de visite<\/strong><br><br>La colleuse servait \u00e0 coller 2, 3 ou 4 feuilles de bristol ensemble, pour fabriquer les cartes de visite.<br><br>Cette colleuse \u00e9tait compos\u00e9e de 2 cylindres dont l&rsquo;un passait dans une bachole en cuivre contenant la colle. Les 2 cylindres, tournant l&rsquo;un contre l&rsquo;autre, s&rsquo;encollaient mutuellement. Une ouvri\u00e8re de la roule surveillait le niveau de colle dans la bachole.<br><br>Les feuilles de bristol pass\u00e9es entre les cylindres, \u00e9taient r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es par 2 ouvri\u00e8res qui reformait le paquet (de 250) feuille par feuille en \u00e9galisant et en faisant sortir l&rsquo;exc\u00e8s de colle. Un seau d&rsquo;eau chaude, \u00e0 proximit\u00e9, permettait de se rincer les doigts. Les paquets \u00e9taient mis sous presse, de fa\u00e7on que la force soit r\u00e9partie r\u00e9guli\u00e8rement faisant sortir la colle superflue qui \u00e9tait alors \u00e9limin\u00e9e.<br><br>Sortis de la presse, les paquets \u00e9taient pos\u00e9s sur un chariot roulant puis \u00e9tendus entre des petites pinces de bois par petits paquets, pour s\u00e9cher, soit au m\u00eame \u00e9tage (\u00e9tendage fixe), soit \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage sup\u00e9rieur (\u00e9tendage mobile). Une fois secs, les paquets \u00e9taient ramass\u00e9s, retourn\u00e9s, tap\u00e9s pour \u00eatre \u00e9galis\u00e9s du c\u00f4t\u00e9 des pinces, lequel c\u00f4t\u00e9 \u00e9tait ensuite rogn\u00e9.<br><br>La colle \u00e9tait pr\u00e9par\u00e9e au \u00ab\u00a0techou\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Benons\u00a0\u00bb et chaudron servaient \u00e0 la r\u00e9aliser. 5 \u00e0 6 \u00ab\u00a0benons\u00a0\u00bb de 50 litres de colle \u00e9taient faits pour la journ\u00e9e. La recette : 1,2 kg d&rsquo;amidon, dilu\u00e9 dans un seau d&rsquo;eau froide, \u00e9tait m\u00e9lang\u00e9 dans le \u00ab\u00a0benon\u00a0\u00bb avec de l&rsquo;eau bouillante stock\u00e9e dans le chaudron en cuivre aliment\u00e9 par un jet de vapeur venant de la chaudi\u00e8re \u00e0 l&rsquo;\u00e9tage inf\u00e9rieur. Cette colle \u00e9tait tamis\u00e9e pour enlever les grumeaux. Les benons vides \u00e9taient nettoy\u00e9s au fur et \u00e0 mesure. La colle n&rsquo;\u00e9tait pr\u00e9par\u00e9e que selon les besoins. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas une activit\u00e9 permanente.<br><br><strong>Les carte<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>s de deuil<\/strong><br><br>Elles \u00e9taient r\u00e9alis\u00e9es par la m\u00eame personne. En fin de carri\u00e8re, une nouvelle personne prenait le relais. Fabriqu\u00e9es \u00e0 partir des cartes de visites, les cartes de deuil \u00e9taient dispos\u00e9es sur une planche avec des clous servant de guides pour les positionner en les espa\u00e7ant les unes des autres afin de donner l&rsquo;\u00e9paisseur du trait noir.<br><br>Les clients choisissaient leur deuil : pour les grands deuils, ce trait \u00e9tait de 7 mm ; pour les petits deuils ou le z\u00e9ro millim\u00e8tre, il n&rsquo;y avait pas de clou mais les cartes \u00e9taient dispos\u00e9es tr\u00e8s habilement en \u00e9ventail serr\u00e9 (180 cartes \u00e0 la fois). Une formule secr\u00e8te permettait de pr\u00e9parer la p\u00e2te ayant l&rsquo;aspect du cirage pour la consistance.<br><br>A l&rsquo;aide d&rsquo;un pinceau, cette p\u00e2te \u00e9tait d\u00e9pos\u00e9e en plusieurs sens successifs pour \u00eatre nette. Ensuite venait l&rsquo;\u00e9tape de la brillance du trait, \u00e0 la brosse.<br><br>Les cartes de deuil \u00e9taient propos\u00e9es en plusieurs dimensions de 43 x 83 mm jusqu&rsquo;\u00e0 80 x 120 mm. Les enveloppes \u00e9taient faites \u00e0 Annonay.<br><br>Pour donner une conclusion \u00e0 notre t\u00e9moignage et en traduire l&rsquo;impression per\u00e7ue au cours de notre entretien avec les anciennes ouvri\u00e8res, nous retiendrons la force du geste de la trieuse, revenue spontan\u00e9ment en d\u00e9monstration, car plus facile \u00e0 montrer qu&rsquo;\u00e0 expliquer. Pour le visiteur qui p\u00e9n\u00e9trait pour la premi\u00e8re fois dans cette immense salle, il \u00e9tait frapp\u00e9 par la propret\u00e9 et le calme (n\u00e9cessaire au comptage) qui contrastait avec la salle de la machine \u00e0 papier situ\u00e9e au rez-de-chauss\u00e9e.<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>VII- SERVICES ADMINISTRATIFS ET EXPEDITIONS<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"servicesadministratifsetexpeditions\"><\/h2>\n\n\n\n<p><br><br>Nous avons pu remarquer lors des pr\u00e9c\u00e9dents t\u00e9moignages, l&rsquo;application qu&rsquo;apportait le personnel dans I&rsquo; accomplissement de sa t\u00e2che et le plaisir de chacun \u00e0 travailler cette mati\u00e8re noble qu&rsquo;est le papier.<br><br>Les bureaux, situ\u00e9s \u00e0 cot\u00e9 de la salle d&#8217;emballage, abritaient les services Direction, Commercial, Secr\u00e9tariat, Facturation et Comptabilit\u00e9. Chaque matin, le courrier y \u00e9tait d\u00e9pouill\u00e9 selon un rituel quotidien bien \u00e9tabli. Le Pr\u00e9sident Directeur G\u00e9n\u00e9ral prenait connaissance de tout le courrier re\u00e7u, ce courrier transmis d&rsquo;abord au Directeur \u00e9tait ensuite tamponn\u00e9 et dispatch\u00e9 dans chaque service par la Secr\u00e9taire.<br><br>Nous nous pencherons plus sp\u00e9cialement sur le service commercial puisque se trouve bien l\u00e0 la locomotive de l&rsquo;entreprise.<br><br>Ce service reposait principalement sur deux personnes :<br>&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\"><li>L&rsquo;un responsable commercial s\u00e9dentaire, \u00e9tait charg\u00e9 du bon accomplissement des commandes et assurait la responsabilit\u00e9 du service administratif.<\/li><li>L&rsquo;autre responsable commercial sur le terrain couvrait une grande partie de la France ; seulement la r\u00e9gion Sud \u00e9tait assur\u00e9e par un repr\u00e9sentant.<\/li><\/ul>\n\n\n\n<p><br>Vers les ann\u00e9es 60, il y a eu ensuite 4 repr\u00e9sentants multi-cartes qui sillonnaient la France.<br><br>De plus la papeterie poss\u00e9dait plusieurs d\u00e9p\u00f4ts-ventes r\u00e9partis sur toute la France : Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux et Alger. Sur ces d\u00e9p\u00f4ts, des exp\u00e9ditions avaient lieu r\u00e9guli\u00e8rement, notamment sur Paris o\u00f9 des semis entiers partaient fr\u00e9quemment. Le personnel qui s&rsquo;occupait de ces d\u00e9p\u00f4ts \u00e9tait r\u00e9mun\u00e9r\u00e9 par un pourcentage sur le chiffre d&rsquo;affaires r\u00e9alis\u00e9.<br><br>Les commandes arrivaient \u00e0 la papeterie soit par courrier ou t\u00e9l\u00e9phone, soit par les repr\u00e9sentants ou responsables des d\u00e9p\u00f4ts. Toutes ces commandes \u00e9taient d&rsquo;abord inscrites sur \u00ab\u00a0le registre des commandes\u00a0\u00bb.<br><br>A partir de ce registre, pour les commandes dites \u00ab\u00a0transform\u00e9es\u00a0\u00bb, des fiches de pr\u00e9paration de commande \u00e9taient \u00e9tablies. Ces fiches individuelles pour chacun des articles suivaient la commande lors des diff\u00e9rents stades de transformation (r\u00e9gleuse, massicot, cartes, fa\u00e7onnage). Le produit termin\u00e9 arrivait au service d&rsquo;exp\u00e9dition o\u00f9 une fiche d&rsquo;exp\u00e9dition avait \u00e9t\u00e9 \u00e9tablie au pr\u00e9alable.<br><br>Pour les commandes prises sur stock, une fiche de r\u00e9servation de commande \u00e9tait remplie.<br><br>Une fiche d&rsquo;exp\u00e9dition \u00e9tait alors \u00e9tablie pour chaque client avec la d\u00e9signation pr\u00e9cise des produits et la date de livraison demand\u00e9e. Cette fiche \u00e9tait alors couch\u00e9e sur \u00ab\u00a0le livre d&rsquo;exp\u00e9dition\u00a0\u00bb o\u00f9 chaque balle recevait un num\u00e9ro de r\u00e9f\u00e9rence compos\u00e9 de deux lettres et d&rsquo;un chiffre. On retrouve d\u00e9j\u00e0 ici la notion de tra\u00e7abilit\u00e9 des produits. Partant de ce registre, il \u00e9tait \u00e9tabli \u00ab\u00a0les \u00e9tiquettes d&rsquo;exp\u00e9dition\u00a0\u00bb reprenant les num\u00e9ros de r\u00e9f\u00e9rence attribu\u00e9s \u00e0 chaque balle. Ces \u00e9tiquettes partaient au service emballage pour l&rsquo;ex\u00e9cution de l&rsquo;exp\u00e9dition. Les bordereaux d&rsquo;exp\u00e9dition et de transport \u00e9taient alors \u00e9tablis.<br><br>Une balle, ramettes de papier empil\u00e9es entre deux cadres en bois et cercl\u00e9es d&rsquo;un feuillard pesait environ cent kg. Toutes les petites et moyennes commandes partaient en balles ; seules les grosses exp\u00e9ditions, notamment sur les d\u00e9p\u00f4ts, \u00e9taient charg\u00e9es en vrac.<br><br>Toutes ces fiches d&rsquo;exp\u00e9dition, o\u00f9 figurait le poids exact exp\u00e9di\u00e9 \u00e0 chaque client, revenaient aux bureau pour \u00eatre couch\u00e9es sur \u00ab\u00a0un registre de facturation\u00a0\u00bb affect\u00e9 par repr\u00e9sentant ou par d\u00e9p\u00f4t. Ces bons d&rsquo;exp\u00e9dition \u00e9taient chiffr\u00e9s pour l&rsquo;\u00e9tablissement des factures.<br><br>La facturation se faisait au poids pour les papiers et \u00e0 l&rsquo;unit\u00e9 pour les articles de papeterie (blocs, ramettes, cartes de visite). Le prix variait selon le poids exp\u00e9di\u00e9. Toutes les livraisons effectu\u00e9es par les d\u00e9p\u00f4ts \u00e9taient factur\u00e9es par la papeterie, except\u00e9 celui de Paris, le plus important, qui g\u00e9rait lui-m\u00eame ses ventes.<br><br>Le chiffre d&rsquo;affaires se faisait essentiellement en vente directe avec les papetiers imprimeurs, client\u00e8le amie tr\u00e8s fid\u00e8le. La plupart de cette client\u00e8le se trouvait sur l&rsquo;hexagone, mais la papeterie exportait \u00e9galement sur la Suisse, l&rsquo;Asie et l&rsquo;Afrique Noire. Chaque pays demandait une qualit\u00e9 de papier bien d\u00e9finie. Ainsi, durant la guerre d&rsquo;Indochine, des pochettes de correspondance fabriqu\u00e9es \u00e0 base de papier tr\u00e8s mince, avaient \u00e9t\u00e9 exp\u00e9di\u00e9es \u00e0 Sa\u00efgon pour le trafic a\u00e9rien.<br><br>Les clients r\u00e9glaient g\u00e9n\u00e9ralement par traite \u00e0 30 ou 60 jours ; quelques exceptions \u00e0 90 jours. Ces effets \u00e9taient envoy\u00e9s \u00e0 leur \u00e9ch\u00e9ance \u00e0 la banque \u00e0 Crest pour encaissement. Les effets impay\u00e9s \u00e9taient rares mais existaient tout de m\u00eame.<br><br><strong>L\u2019exp\u00e9dition<\/strong><br><br>Elle \u00e9tait situ\u00e9e au niveau du premier \u00e9tage \u00e0 c\u00f4t\u00e9 des bureaux. Un responsable et son aide assuraient le travail. Le papier venant de la salle de triage ou du magasin \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 pli\u00e9 par rames de 500 feuilles. Il \u00e9tait transport\u00e9 par des chariots, puis pos\u00e9 sur des cadres de bois sur lesquels on empilait selon les commandes de 12 \u00e0 30 rames de papier.<br><br>Cette pile de rames \u00e9tait envelopp\u00e9e dans du papier \u00e9pais et r\u00e9sistant appel\u00e9 \u00ab\u00a0macule\u00a0\u00bb ( fabriqu\u00e9 par I&rsquo; usine ) puis serr\u00e9e avec du feuillard d&rsquo;acier. Il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 \u00eatre exp\u00e9di\u00e9.<br><br>Autrefois, le papier \u00e9tait charg\u00e9 sur le quai situ\u00e9 en haut de l&rsquo;usine. Il \u00e9tait transport\u00e9 par une voiture \u00e0 cheval, mais depuis 1930 environ, c&rsquo; \u00e9tait un transporteur avec un camion automobile qui assurait le transport jusqu&rsquo;\u00e0 la gare d&rsquo;Aouste.<br><br>L&rsquo;usine avait deux chevaux que conduisait un voiturier ; il \u00e9tait responsable des animaux et de son v\u00e9hicule.<br><br>Dans les derni\u00e8res ann\u00e9es, le papier \u00e9tait livr\u00e9 dans la r\u00e9gion par la papeterie au moyen d&rsquo;une fourgonnette. Le papier \u00e9tait alors charg\u00e9 par rame, sans \u00eatre mis en piles. Le travail de l&#8217;emballage demandait du soin, de l&rsquo;adresse et de la vigilance pour ne pas faire d&rsquo;erreur dans la pr\u00e9paration des commandes.<br><br>Le responsable ou son aide s&rsquo;occupait aussi de la cloche qui rythmait les entr\u00e9es et sorties de l&rsquo;usine. Les derni\u00e8res ann\u00e9es, elle sonnait \u00e0 7 H 55 pour la rentr\u00e9e, 12 h pour la sortie, puis \u00e0 nouveau 13 h 25 et 17 h 30. Cette cloche \u00e9tait un repaire ; elle donnait de la vie au village. Son silence depuis 1972 a s\u00fbrement laiss\u00e9 beaucoup de nostalgie dans le c\u0153ur des anciens ouvriers et des autres&#8230;<br><br>Nous venons d&rsquo;\u00e9voquer le dernier maillon de la cha\u00eene puisque nous sommes arriv\u00e9s au moment o\u00f9 le produit quitte la cha\u00eene de fabrication. Les maillons de cette cha\u00eene ont toujours \u00e9t\u00e9 anim\u00e9s par un m\u00eame \u00e9lan g\u00e9n\u00e9ral : La qualit\u00e9.<br><br>Cette qualit\u00e9 irr\u00e9prochable a fait la renomm\u00e9e des papeteries Latune.<br><br>Signalons que le G\u00e9n\u00e9ral De Gaulle et le Shah d&rsquo;Iran \u00e9taient utilisateurs du bristol fabriqu\u00e9 par la papeterie.<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>VIII &#8211; LA VIE SOCIALE<\/strong><\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"laviesociale\"><\/h2>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\" id=\"viesociale\"><\/h2>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s avoir pr\u00e9sent\u00e9 l&rsquo;activit\u00e9 de l&rsquo;entreprise, nous vous relatons aujourd&rsquo;hui, \u00e0 partir de quelques exemples, l&rsquo;esprit social qui y r\u00e9gnait.<br><br>Elle \u00e9tait probablement au d\u00e9but du si\u00e8cle une des rares entreprises industrielles du d\u00e9partement \u00e0 d\u00e9velopper une action sociale et, \u00e0 ce titre, faisait s\u00fbrement figure de pr\u00e9curseur.<br><br>Mme et M. Charles Latune, les propri\u00e9taires, habitaient avec leurs trois enfants \u00ab\u00a0la grande maison\u00a0\u00bb au milieu du parc toujours ouvert, que l&rsquo;on pouvait traverser librement. Malgr\u00e9 leur position sociale qui leur permettait d&rsquo;avoir \u00e0 leur service des gens de maison, ils avaient le souci du bien-\u00eatre de leur personnel. A ce titre, en voici quelques illustrations :<br><br><strong>La petite \u00e9cole<\/strong><br><br>Au d\u00e9but du si\u00e8cle, les mamans emmenaient avec elles leurs b\u00e9b\u00e9s dans les ateliers. Ils \u00e9taient couch\u00e9s dans des berceaux en bois qu&rsquo;elles balan\u00e7aient r\u00e9guli\u00e8rement du pied, pour endormir les enfants lorsqu&rsquo;ils pleuraient. Par la suite, lorsque les bambins commen\u00e7aient \u00e0 marcher et jusqu&rsquo;\u00e0 leur entr\u00e9e \u00e0 l&rsquo;\u00e9cole primaire, ils \u00e9taient accueillis pendant les heures de travail des parents dans ce que l&rsquo;on appellerait aujourd&rsquo;hui \u00ab\u00a0un jardin d&rsquo;enfants\u00a0\u00bb.<br><br>A Blacons, c&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0la petite \u00e9cole\u00a0\u00bb. Dans la maison, \u00e0 l&rsquo;angle de l&rsquo;actuelle Place de la Mairie, face au jet d&rsquo;eau de l&rsquo;\u00e9poque, une pi\u00e8ce au rez-de-chauss\u00e9e \u00e9tait r\u00e9serv\u00e9e aux enfants. Ils \u00e9taient gard\u00e9s par une employ\u00e9e qui les occupait :<br><br>tant\u00f4t dans la salle avec des jeux ou des activit\u00e9s manuelles dont beaucoup avaient comme support le papier. Comment en ces lieux \u00e9chapper \u00e0 ce mat\u00e9riau ! Avec des rognures de diff\u00e9rentes couleurs, elle leur faisait faire du pliage ou du tissage.<br>tant\u00f4t sur la terrasse, sous le gros tilleul o\u00f9 \u00e9tait install\u00e9 un grand bac \u00e0 sable, ou pr\u00e8s du jet d&rsquo;eau.<br><br>Dans la salle, il y avait aussi un bac rempli de sciure humide pour permettre aux enfants de jouer \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur les jours de pluie. Accroch\u00e9 au mur, chacun avait un petit torchon pour s\u00a0\u00bbessuyer les mains \u00e0 la fin de l&rsquo;activit\u00e9, dans un souci \u00e9ducatif d&rsquo;apprentissage de la propret\u00e9. Dans un coin, les enfants pouvaient faire la sieste, couch\u00e9s sur des couvertures ou des \u00ab\u00a0macules\u00a0\u00bb.<br><br>Les apr\u00e8s-midi de beau temps, apr\u00e8s la sieste, la gardienne les emmenait tr\u00e8s souvent en promenade, \u00ab\u00a0derri\u00e8re les murs\u00a0\u00bb, lieu abrit\u00e9 et sans danger. Le petit groupe montait par le grand escalier, passait devant la ferme et allait jouer \u00e0 l&rsquo;ombre sous le gros saule ou patauger dans le ruisseau, \u00e0 la plus grande joie des enfants. Chacun emportait avec lui un petit panier contenant le go\u00fbter donn\u00e9 par les parents. \u00ab\u00a0La petite \u00e9cole\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 ferm\u00e9e en 1940, suite au d\u00e9c\u00e8s de la responsable qui ne fut pas remplac\u00e9e. Par la suite, les jeunes enfants furent accept\u00e9s \u00e0 la salle de triage avec leur m\u00e8re.<br><br><strong>Les f\u00eates de No\u00ebl et de P\u00e2ques<\/strong><br><br>Chaque ann\u00e9e \u00e0 l&rsquo;occasion de la No\u00ebl, Mme Latune, marqu\u00e9e par ses origines alsacienne, organisait dans le hall de la \u00ab\u00a0grande maison\u00a0\u00bb, pour les enfants du personnel, une apr\u00e8s-midi r\u00e9cr\u00e9ative. Quelques temps auparavant, aid\u00e9e de la gouvernante, elle pr\u00e9parait le spectacle en faisant apprendre aux enfants des sayn\u00e8tes et des chants de circonstance dont le traditionnel \u00ab\u00a0Mon beau sapin\u00a0\u00bb. A cette occasion, elle descendait du grenier des malles pleines de d\u00e9guisements pour le plus grand plaisir des enfants. Il s&rsquo;agissait d&rsquo;une initiative pr\u00e9figurant les arbres de No\u00ebl organis\u00e9s aujourd&rsquo;hui par les comit\u00e9s d&rsquo;entreprise.<br><br>A l&rsquo;occasion de P\u00e2ques, Mme Latine faisait cuire des paniers d\u2019\u0153ufs qu&rsquo;elle peignait et d\u00e9corait avant de les cacher dans le parc. Les enfant \u00e9taient ensuite invit\u00e9s \u00e0 venir les d\u00e9couvrir et d\u00e9guster les traditionnels Suisses et pantins lors du go\u00fbter offert pour la circonstance.<br><br><strong>L&rsquo;\u00e9ducation des jeunes filles<\/strong><br><br>De temps en temps, Mme Latune accueillait chez elle un petit groupe de jeunes filles, apr\u00e8s leur travail \u00e0 l&rsquo;usine. Elle leur enseignait quelques principes d&rsquo;\u00e9ducation m\u00e9nag\u00e8re et familiale. Elles y apprenaient comment faire la cuisine, mettre la table, repasser, coudre, broder&#8230;<br><br><strong>Les logements<\/strong><br><br>Jusqu&rsquo;en 1936, la plupart des ouvriers \u00e9taient log\u00e9s gratuitement par l&#8217;employeur dans les b\u00e2timents des \u00ab\u00a0casernes\u00a0\u00bb et des \u00ab\u00a0cit\u00e9s\u00a0\u00bb. Les autres b\u00e9n\u00e9ficiaient d&rsquo;une indemnit\u00e9 de logement.<br><br>Dans le b\u00e2timent des \u00ab\u00a0casernes\u00a0\u00bb, aujourd&rsquo;hui r\u00e9nov\u00e9 et rebaptis\u00e9 \u00ab\u00a0Les Rivi\u00e8res\u00a0\u00bb, les appartements \u00e9taient petits et exigus pour les familles nombreuses. Aussi, lorsque les enfants devenaient adolescents, la plupart des jeunes allaient dormir au dernier \u00e9tage o\u00f9 \u00e9taient am\u00e9nag\u00e9s \u00e0 cet effet deux dortoirs : celui des filles et celui des gar\u00e7ons.<br><br>Les maisonnettes, situ\u00e9es de l&rsquo;autre c\u00f4t\u00e9 de la d\u00e9partementale 93, furent construites juste avant 1914, \u00e0 l&rsquo;initiative de M.Charles Latune. Il y a sept maisonnettes mitoyennes, doubles, soit 14 logements tous construits sur le m\u00eame mod\u00e8le et poss\u00e9dant un petit jardin attenant. A l&rsquo;\u00e9poque, elles n&rsquo;avaient pas l&rsquo;eau sur l&rsquo;\u00e9vier mais \u00e9taient aliment\u00e9es par deux fontaines.<br><br>Lorsqu&rsquo;une famille s&rsquo;agrandissait et ne pouvait plus loger aux \u00ab\u00a0casernes\u00a0\u00bb par manque de place, elle d\u00e9m\u00e9nageait aux maisonnettes. A l&rsquo;inverse, lorsque les enfants devenus grands quittaient le foyer, les parents rest\u00e9s seuls devaient lib\u00e9rer le logement pour laisser la place \u00e0 une famille nombreuse et se r\u00e9installer dans un appartement \u00ab\u00a0aux casernes\u00a0\u00bb.<br><br><strong>Les jardins<\/strong><br><br>Ils \u00e9taient situ\u00e9s \u00e0 la place de l&rsquo;actuel terrain de sport. Chaque famille b\u00e9n\u00e9ficiait gratuitement d&rsquo;un morceau de terrain d&rsquo;environ 50m2 sur lequel elle cultivait l\u00e9gumes et fleurs. De chaque c\u00f4t\u00e9, il y avait un caniveau qui canalisait l&rsquo;eau du trop plein des bassins de l&rsquo;usine. Un syst\u00e8me de mini-barrages permettait d&rsquo;arroser facilement les parcelles. A droite des jardins, s\u00e9par\u00e9s par un chemin, se trouvaient \u00ab\u00a0les cabanes\u00a0\u00bb : une bonne vingtaine de petits cabanons align\u00e9s en 3 ou 4 rang\u00e9es le long du b\u00e2timent des charrettes, l&rsquo;actuelle Salle Polyvalente. Ils \u00e9taient construits en planches ou en dur et chacun y remisait ses outils, du bois et m\u00eame pour certain, quelques animaux : lapins, poules, cochons, ch\u00e8vres&#8230;<br><br>Au centre du terrain occup\u00e9 par les jardins, \u00e9tait am\u00e9nag\u00e9 un espace r\u00e9serv\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9tendage du linge qui \u00e9tait lav\u00e9 tout pr\u00e9s de l\u00e0, en contrebas dans un grand bassin appel\u00e9 \u00ab\u00a0la serve\u00a0\u00bb. On y acc\u00e9dait par un petit sentier creus\u00e9 de marches d&rsquo;escalier. Dans la pente toute proche du bassin, \u00e9taient am\u00e9nag\u00e9S 2 ou 3 foyers permettant de faire bouillir les lessiveuses.<br><br>Logements et jardins constituaient \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque pour le personnel, des avantages en natures tr\u00e8s importants.<br><br>Apr\u00e8s 1936, suite au mouvement ouvrier, le logement jusque l\u00e0 gratuit, est devenu payant. Le montant du loyer fix\u00e9 par l&#8217;employeur \u00e9tant alors retenu sur le salaire.<br><br><strong>La coop\u00e9rative<\/strong><br><br>C&rsquo;\u00e9tait l&rsquo;\u00e9picerie du personnel. Elle \u00e9tait situ\u00e9e \u00e0 l&#8217;emplacement de l&rsquo;actuel restaurant \u00ab\u00a0Les rivi\u00e8res\u00a0\u00bb et \u00e9tait g\u00e9r\u00e9e par 2 ou 3 personnes. Elle a longtemps \u00e9t\u00e9 tenue par une m\u00eame famille. Comme dans tout syst\u00e8me coop\u00e9ratif, au d\u00e9part, chaque famille adh\u00e9rente versait une mise de fonds qui \u00e9tait de l&rsquo;ordre de 100 F. en 1914, ce qui repr\u00e9senterait actuellement environ 1600 F.<br><br>Elle \u00e9tait approvisionn\u00e9e par divers fournisseurs et l&rsquo;on y trouvait tous les produits d&rsquo;\u00e9picerie, dont de l&rsquo;excellent saucisson. Chaque famille poss\u00e9dait deux carnets o\u00f9 \u00e9taient not\u00e9s les achats : l&rsquo;un pour le magasin et l&rsquo;autre pour la famille. Le r\u00e8glement se faisait chaque mois au moment de la paie. Selon le principe coop\u00e9ratif, les achats en nombre permettaient d&rsquo;obtenir des prix par produits bien inf\u00e9rieurs \u00e0 ceux du commerce local.<br><br>En fin d&rsquo;ann\u00e9e, il y avait une r\u00e9partition des b\u00e9n\u00e9fices entre les adh\u00e9rents qui pouvait repr\u00e9senter jusqu&rsquo;\u00e0 13%. Pour certaines familles, les courses de d\u00e9cembre \u00e9taient pay\u00e9es int\u00e9gralement par les ristournes. La coop\u00e9rative \u00e9tait ouverte tous les soirs pendant deux heures apr\u00e8s la fermeture de l&rsquo;usine. Son fonctionnement s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 quelques ann\u00e9es apr\u00e8s la fin de la guerre.<br><br><strong>Les loisirs<\/strong><br><br>Dans les ann\u00e9es cinquante, fut mise en place une journ\u00e9e annuelle de d\u00e9tente organis\u00e9e par l&#8217;employeur pour tous les membres du personnel et leur famille. Le voyage en car et le repas pris au restaurant \u00e9taient offerts. L&rsquo;apr\u00e8s-midi \u00e9tait l&rsquo;occasion de visiter le site ou de jouer aux boules. Ces journ\u00e9es fort appr\u00e9ci\u00e9es permettaient tr\u00e8s souvent de remplir deux cars. La premi\u00e8re eut lieu \u00e0 la Fontaine du Vaucluse, puis d&rsquo;autres suivirent \u00e0 Vernoux, Nyons, le pont de Mane, le lac de Laffrey, de Charavines, Ch\u00e2tillon en Diois&#8230;<br><br>A cette m\u00eame \u00e9poque, les familles qui, l&rsquo;\u00e9t\u00e9, envoyaient leurs enfants en colonies de vacances, b\u00e9n\u00e9ficiaient pour cela d&rsquo;une participation financi\u00e8re de l&#8217;employeur. Ces actions \u00e9taient une fa\u00e7on de redistribuer au personnel, sous forme d&rsquo;avantages, une partie des b\u00e9n\u00e9fices.<br><br><strong>La sant\u00e9<\/strong><br><br>D\u00e8s 1942, le personnel a adh\u00e9r\u00e9 \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 mutualiste \u00ab\u00a0l&rsquo;Avenir\u00a0\u00bb \u00e0 Crest. La cotisation individuelle \u00e9tait avanc\u00e9e par l&#8217;employeur, puis retenue sur le salaire. Pour ce qui est de l&rsquo;assurance maladie, les personnes concern\u00e9es devaient apporter au comptable les feuilles de remboursement des soins avant le mardi midi, pour le d\u00e9part au courrier du jour. Tous les vendredis matin, un cadre de l&rsquo;entreprise allait chercher les remboursements en argent liquide \u00e0 la Caisse de S\u00e9curit\u00e9 Sociale de Crest. Le comptable remboursait alors les int\u00e9ress\u00e9s.<br><br>Lorsqu&rsquo;une ouvri\u00e8re, qui avait un poste particuli\u00e8rement p\u00e9nible, \u00e0 \u00ab\u00a0la roule\u00a0\u00bb ou \u00e0 la manutention ou au chargement, \u00e9tait enceinte, elle b\u00e9n\u00e9ficiait d&rsquo;un changement de poste et passait au triage.<br><br>Totalement ind\u00e9pendante de l&rsquo;entreprise, a fonctionn\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 la guerre \u00e0 Plan-de-Baix, une maison d&rsquo;accueil pour femmes et jeunes filles ayant besoin de repos: C&rsquo;\u00e9tait \u00ab\u00a0Maison Blanche\u00a0\u00bb. Construite au d\u00e9but du si\u00e8cle et propri\u00e9t\u00e9 personnelle de Charles et Aim\u00e9e Latune, totalement financ\u00e9e, g\u00e9r\u00e9e et anim\u00e9e par eux. Certaines ouvri\u00e8res, pendant leur activit\u00e9, ont aussi pu b\u00e9n\u00e9ficier d&rsquo;un s\u00e9jour \u00e0 Plan-de-Baix.<br><br>Nous nous devons aussi de mentionner quelques accidents de travail, dont un mortel, qui sont venus attrister la vie de l&rsquo;usine.<br><br><strong>Fonctionnement et vie de l\u2019entreprise<\/strong><br><br>Le propri\u00e9taire n&rsquo;a pas \u00e9chapp\u00e9 \u00e0 l&rsquo;ampleur du mouvement ouvrier de 1936, qui a marqu\u00e9 cette \u00e9poque. La plupart des ouvriers se sont mis en gr\u00e8ve. L&rsquo;usine a m\u00eame du \u00eatre ferm\u00e9e quelques jours. Tout le personnel a re\u00e7u une lettre de licenciement puis a \u00e9t\u00e9 r\u00e9int\u00e9gr\u00e9, \u00e0 l&rsquo;exception de quelques personnes. Ensuite, jusqu&rsquo;en 1968, il n&rsquo;y a jamais eu de syndicat constitu\u00e9 dans l&rsquo;usine.<br><br>Dans les ann\u00e9es cinquante, tout le personnel recevait une participation aux b\u00e9n\u00e9fices de l&rsquo;entreprise par le versement d&rsquo;une prime annuelle en fonction du salaire. Celui-ci \u00e9tait vers\u00e9 en deux fois : un acompte le 15 du mois en cours et le solde au d\u00e9but du mois suivant.<br><br>Une cat\u00e9gorie de personnel \u00e9tait pay\u00e9e au rendement. Aussi, afin de ne pas d\u00e9passer le revenu n\u00e9cessaire au maintien des prestations familiales, certaines femmes, au triage, s&rsquo;arr\u00eataient de travailler avant la fin du mois. Ce fonctionnement \u00e9tait tol\u00e9r\u00e9, malgr\u00e9 les quelques difficult\u00e9s que cela entra\u00eenait dans l&rsquo;organisation du travail.<br><br><br>Nous terminons l\u00e0 nos t\u00e9moignages et encore tout impr\u00e9gn\u00e9s de ce que nous avons entendu et appris, nous vous proposons cette conclusion :<br><br>Ecrire un historique de la Papeterie Latune et recueillir des t\u00e9moignages aupr\u00e8s de ses anciens ouvriers et employ\u00e9s peut para\u00eetre aux yeux de certains futile et sans int\u00e9r\u00eat. Mais est-ce bien inutile de rappeler aux futures g\u00e9n\u00e9rations ce qu&rsquo;a \u00e9t\u00e9 l\u2019\u0153uvre et la peine de leurs a\u00efeux ? Certes, les progr\u00e8s actuels nous font quelquefois regarder avec un \u0153il quelque peu ironique les m\u00e9thodes de travail du pass\u00e9, mais sans eux, qu&rsquo;aurions-nous r\u00e9alis\u00e9, si nous ne nous \u00e9tions appuy\u00e9s sur leurs acquis.<br><br>A l&rsquo;\u00e9coute de ces t\u00e9moignages, nous avons rencontr\u00e9 des hommes et des femmes heureux de nous parler de leur travail qui, assur\u00e9ment, leur rappelait leur jeunesse, mais il y avait aussi une certaine fiert\u00e9 d&rsquo;avoir particip\u00e9 \u00e0 l&rsquo;\u00e9laboration d&rsquo;un produit de qualit\u00e9.<br><br>Bien s\u00fbr, il faut reconna\u00eetre qu&rsquo;au fil des d\u00e9cennies et ceci depuis 1805, les propri\u00e9taires de la papeterie anim\u00e9s d&rsquo;un esprit d&rsquo;entreprise peu commun, assorti d&rsquo;une grande probit\u00e9, ont su insuffler \u00e0 leur personnel le go\u00fbt du travail bien fait. Mais comme il n&rsquo;est pas d&rsquo;entreprise qui ne se soit accomplie par le fait d&rsquo;un seul homme, c&rsquo;est le travail ,jour apr\u00e8s jour, ex\u00e9cut\u00e9 scrupuleusement par toute une entreprise, qui a permis \u00e0 la papeterie, pendant plus de 150 ans, de produire ce papier de qualit\u00e9 connu et appr\u00e9ci\u00e9 en France et \u00e0 l&rsquo;\u00e9tranger.<br><br>Mais la papeterie, c&rsquo;\u00e9tait aussi une structure faite de travail, de convictions et de coutumes. C&rsquo;\u00e9taient des familles qui, de g\u00e9n\u00e9ration en g\u00e9n\u00e9ration, reprenaient le flambeau et continuaient le travail de leurs a\u00een\u00e9s. Et, c&rsquo;est cette structure m\u00eame qui est \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;agglom\u00e9ration blaconnaise.<br><br><br><br><em><strong>Ce texte est extrait de la brochure \u00a0\u00bb&nbsp;Papeterie Latune et Cie&nbsp;\u00a0\u00bb \u00e9dit\u00e9e en septembre 1996 par la municipalit\u00e9 de Mirabel et Blacons<\/strong><\/em><br><br><br><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Les Papeteries Latune &nbsp; I &#8211; L&rsquo;eau Il \u2013 Le chiffon III \u2013 La fabrication du papier La p\u00e2te de bois Les raffineuses La machine \u00e0 papier IV \u2013 La production de la vapeur V \u2013 Le service entretien VI \u2013 La salle de triage Le laminoir Les cartes de visite Les cartes de deuil [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"_jetpack_memberships_contains_paid_content":false,"footnotes":"","jetpack_publicize_message":"","jetpack_publicize_feature_enabled":true,"jetpack_social_post_already_shared":false,"jetpack_social_options":{"image_generator_settings":{"template":"highway","default_image_id":0,"font":"","enabled":false},"version":2}},"categories":[8,11],"tags":[],"class_list":["post-5141","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-chroniques-aoustoises","category-chroniques-dromoises","entry"],"yoast_head":"<!-- This site is optimized with the Yoast SEO plugin v27.3 - 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