{"id":7805,"date":"2023-03-27T08:58:35","date_gmt":"2023-03-27T08:58:35","guid":{"rendered":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=7805"},"modified":"2023-06-02T09:05:36","modified_gmt":"2023-06-02T09:05:36","slug":"theutobocus","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=7805","title":{"rendered":"Theutobocus"},"content":{"rendered":"\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<div id=\"ez-toc-container\" class=\"ez-toc-v2_0_82_2 counter-hierarchy ez-toc-counter ez-toc-custom ez-toc-container-direction\">\n<div class=\"ez-toc-title-container\">\n<p class=\"ez-toc-title\" style=\"cursor:inherit\">Sommaire<\/p>\n<span class=\"ez-toc-title-toggle\"><a href=\"#\" class=\"ez-toc-pull-right ez-toc-btn ez-toc-btn-xs ez-toc-btn-default ez-toc-toggle\" aria-label=\"Toggle Table of Content\"><span class=\"ez-toc-js-icon-con\"><span class=\"\"><span class=\"eztoc-hide\" style=\"display:none;\">Toggle<\/span><span class=\"ez-toc-icon-toggle-span\"><svg style=\"fill: #999;color:#999\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" class=\"list-377408\" width=\"20px\" height=\"20px\" viewBox=\"0 0 24 24\" fill=\"none\"><path d=\"M6 6H4v2h2V6zm14 0H8v2h12V6zM4 11h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2zM4 16h2v2H4v-2zm16 0H8v2h12v-2z\" fill=\"currentColor\"><\/path><\/svg><svg style=\"fill: #999;color:#999\" class=\"arrow-unsorted-368013\" xmlns=\"http:\/\/www.w3.org\/2000\/svg\" width=\"10px\" height=\"10px\" viewBox=\"0 0 24 24\" version=\"1.2\" baseProfile=\"tiny\"><path d=\"M18.2 9.3l-6.2-6.3-6.2 6.3c-.2.2-.3.4-.3.7s.1.5.3.7c.2.2.4.3.7.3h11c.3 0 .5-.1.7-.3.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7zM5.8 14.7l6.2 6.3 6.2-6.3c.2-.2.3-.5.3-.7s-.1-.5-.3-.7c-.2-.2-.4-.3-.7-.3h-11c-.3 0-.5.1-.7.3-.2.2-.3.5-.3.7s.1.5.3.7z\"\/><\/svg><\/span><\/span><\/span><\/a><\/span><\/div>\n<nav><ul class='ez-toc-list ez-toc-list-level-1 ' ><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-1\" href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=7805\/#Lenigme_du_geant_Theutobocus\" >L&rsquo;\u00e9nigme du g\u00e9ant Theutobocus<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-2\" href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=7805\/#Discours_veritable_de_la_vie_mort_et_des_os_du_geant_Theutobocus\" >Discours v\u00e9ritable de la vie, mort, et des os du g\u00e9ant Theutobocus<\/a><\/li><li class='ez-toc-page-1 ez-toc-heading-level-1'><a class=\"ez-toc-link ez-toc-heading-3\" href=\"https:\/\/histoire-patrimoine-aoustois.fr\/?p=7805\/#Eclaircissements_sur_les_ossements_fossiles_attribues_au_pretendu_geant_le_roi_Theutobochus_et_reconnus_pour_appartenir_au_genre_mastodonte\" >Eclaircissements sur les ossements fossiles attribu\u00e9s au pr\u00e9tendu g\u00e9ant, le roi Theutobochus, et reconnus pour appartenir au genre mastodonte<\/a><\/li><\/ul><\/nav><\/div>\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-medium-font-size\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Lenigme_du_geant_Theutobocus\"><\/span>L&rsquo;\u00e9nigme du g\u00e9ant Theutobocus<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-medium-font-size\"><br><br><\/h1>\n\n\n\n<p>Le 11 janvier 1613, des ouvriers qui travaillaient dans une sablonni\u00e8re dauphinoise voisine du ch\u00e2teau de Chaumont, \u00e0 proximit\u00e9 des villes de Montricaut et de Serre, non loin de Romans, exhumaient d&rsquo;\u00e9tranges ossements \u00e0 environ six m\u00e8tres de profondeur. Du sable ils extraient plusieurs ossements, notamment deux vert\u00e8bres, deux morceaux de mandibule portant deux dents compl\u00e8tes et les fragments ou racines de quatre autres, ainsi que quelques os du pied et de la jambe. Le squelette aurait \u00e9t\u00e9 couch\u00e9 dans un tombeau de briques, avec un chapiteau de pierre grise sur laquelle \u00e9tait grav\u00e9&nbsp;: <em>Theutobocus rex<\/em>. Enfin, les os auraient d\u00e9termin\u00e9 une taille de plus de 10 m\u00e8tres.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout ceci pr\u00e9sente une particularit\u00e9 notable : les dimensions des os sont tr\u00e8s sup\u00e9rieures \u00e0 celles que l\u2019on trouverait dans le squelette d\u2019un humain. Un t\u00e9moin de l\u2019\u00e9poque rapporte que <em>\u00a0\u00bb l\u2019os de la jambe ou de la cuisse \u00e9tait de plus de cinq ou six pieds de hauteur, ou d\u2019environ, et de grosseur \u00e0 proportion\u00a0\u00bb. <\/em>Le syst\u00e8me m\u00e9trique est loin d\u2019\u00eatre invent\u00e9 et le pied de l\u2019\u00e9poque, en France, mesure 32,6 cm, ce qui donne un os de presque 2 m\u00e8tres de long. &#8211; (voir le texte d&rsquo;origine\u00a0: <a href=\"#discoursveritable\">Discours v\u00e9ritable<\/a> de la vie, mort, et des os du g\u00e9ant Theutobocus) &#8211;<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s les avoir examin\u00e9s attentivement, un chirurgien de Beaurepaire, Mazuyer, d\u00e9clara qu&rsquo;il s&rsquo;agissait des restes d&rsquo;un g\u00e9ant de dix m\u00e8tres. Dans une surench\u00e8re \u00e9tonnante, il pr\u00e9cisa m\u00eame que ces restes \u00e9taient ceux du fameux Theutobocus, un roi des Cimbres et des Teutons qui s&rsquo;\u00e9tait jadis illustr\u00e9 dans une bataille contre le g\u00e9n\u00e9ral romain Caius Marius, battu et fait prisonnier en 102 av. J.-C. pr\u00e8s de l\u2019actuelle Aix-en-Provence. Un roi que l\u2019historien romain Florus repr\u00e9sente comme un v\u00e9ritable g\u00e9ant. Ecrivant plus de deux si\u00e8cles apr\u00e8s la bataille d\u2019Aix, Florus assure que Teutobochus <em>\u00ab&nbsp;devint, par sa taille gigantesque qui s\u2019\u00e9levait au-dessus m\u00eame des troph\u00e9es, le plus bel ornement du triomphe&nbsp;\u00bb, <\/em>lorsque Marius revint en vainqueur \u00e0 Rome.<\/p>\n\n\n\n<p>Les os furent port\u00e9s le 20 juillet \u00e0 Paris, o\u00f9 l\u2019intendant des m\u00e9dailles et antiques du roi fit un r\u00e9c\u00e9piss\u00e9, puis \u00e0 la Cour o\u00f9 le jeune Louis XIII \u00e0 Fontainebleau, s&rsquo;\u00e9tonna que de tels hommes aient v\u00e9cu. L&rsquo;arch\u00e9ologie venait de faire une intrusion fracassante dans l&rsquo;histoire. Mais en se pla\u00e7ant sous l&rsquo;\u00e9gide du fabuleux, elle fortifiait un certain nombre de mythes relatifs, notamment, \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;une hypoth\u00e9tique race de g\u00e9ants. Il est vrai que les g\u00e9ants, comme les nains, cristallisaient depuis longtemps la curiosit\u00e9 du public, faisant surgir une cohorte de phantasmes dont certains devaient survivre jusqu&rsquo;au XIX<sup>e<\/sup> si\u00e8cle.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la trouvaille, la supercherie fut envisag\u00e9e. L&rsquo;affaire fit grand bruit et la possibilit\u00e9 de l&rsquo;existence historique de g\u00e9ants fut combattue par Jean Riolan, professeur au Coll\u00e8ge royal et \u00e0 la Facult\u00e9 de m\u00e9decine de Paris. Il va s\u2019\u00e9lever contre la th\u00e8se du g\u00e9ant au cours d\u2019une longue querelle avec le chirurgien Nicolas Habicot qui soutient son confr\u00e8re Pierre Mazuyer.<\/p>\n\n\n\n<p>Jean Riolan va, jusqu\u2019en 1618, s\u2019\u00e9lever contre la th\u00e8se du g\u00e9ant au cours d\u2019une longue querelle avec le chirurgien Nicolas Habicot qui soutient son confr\u00e8re Pierre Mazuyer. La dispute n\u2019a pas grand chose de savant et vire \u00e0 la bagarre entre la corporation des m\u00e9decins et celle des barbiers-chirurgiens mais, tout de m\u00eame, sp\u00e9cialiste d\u2019anatomie, Riolan sait qu\u2019il&nbsp; n\u2019existe aucun exemple d\u2019homme ayant atteint ne serait-ce que la moiti\u00e9 de la taille du pr\u00e9tendu Teutobochus. Il crie \u00e0 la falsification et tente d\u2019avoir un raisonnement scientifique : il suppose que les ossements en question sont plut\u00f4t ceux d\u2019un tr\u00e8s gros animal, \u00e9l\u00e9phant ou baleine, enfouis dans la sablonni\u00e8re depuis tr\u00e8s longtemps. L\u2019hypoth\u00e8se est d\u2019autant plus audacieuse que, bien \u00e9videmment, la pal\u00e9ontologie n\u2019existe pas encore et qu\u2019on a probablement du mal, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, \u00e0 comprendre comment un fossile d\u2019\u00e9l\u00e9phant, animal africain ou asiatique, ou de baleine, mammif\u00e8re marin, a bien pu arriver dans le Bas-Dauphin\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Apr\u00e8s 1618, la querelle s\u2019\u00e9teint. Le myst\u00e8re reste entier pendant plus de deux si\u00e8cles, jusqu\u2019\u00e0 ce que l\u2019on retrouve, en 1832 dans un grenier \u00e0 Bordeaux, une grande partie des ossements attribu\u00e9s \u00e0 Teutobochus, qui sont envoy\u00e9s au Mus\u00e9um d\u2019histoire naturelle de Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Ils furent consid\u00e9r\u00e9s par les scientifiques de l&rsquo;\u00e9poque et en particulier le zoologiste et anatomiste Henri-Marie Ducrotay de Blainville comme ceux d&rsquo;un mastodonte des temps ant\u00e9diluviens.<\/p>\n\n\n\n<p>Ducrotay de Blainville explique que \u00ab\u00a0la structure des dents formant une couronne h\u00e9riss\u00e9e de plusieurs rang\u00e9es de tubercules en mamelons, et port\u00e9e par de v\u00e9ritables racines, ne peut laisser aucun doute sur le genre de mammif\u00e8res auquel ces ossements ont appartenu\u00a0: c\u2019\u00e9tait un mastodonte\u00a0\u00bb, le Dinoth\u00e8re ou Deinotherium, un proboscidien disparu. ( <em>voir<\/em> <a href=\"#discoursveritable\">Discours v\u00e9ritable<\/a> sur la vieet la mort ..;)<\/p>\n\n\n\n<p>La supercherie aurait \u00e9t\u00e9 organis\u00e9e par Mazuyer, chirurgien \u00e0 Beaurepaire, et par David Bertrand (ou Chenevier,) notaire, les auteurs de la pr\u00e9tendue d\u00e9couverte. Ils comprennent vite le parti qu\u2019il peut tirer de cette d\u00e9couverte \u00e9tonnante en la transformant en attraction de foire. Le bruit court ainsi qu\u2019une pierre tombale, grav\u00e9e de l\u2019inscription en latin <em>\u00ab&nbsp;Theutobochus rex&nbsp;\u00bb<\/em>, accompagnait les ossements et que l\u2019on a aussi retrouv\u00e9 des m\u00e9dailles romaines.<\/p>\n\n\n\n<p>Quant au corps du v\u00e9ritable Teutobochus, nul ne sait ce qu\u2019il est advenu de lui.<\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-medium-font-size\" id=\"discoursveritable\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Discours_veritable_de_la_vie_mort_et_des_os_du_geant_Theutobocus\"><\/span><a><\/a>Discours v\u00e9ritable de la vie, mort, et des os du g\u00e9ant Theutobocus<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">1613<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><em>Discours veritable de la vie, mort, et des os du Geant Theutobocus, roy des Theutons, Cimbres et Ambrosins, lequel fut deffaict 105 ans avant la venue de nostre Seigneur Jesus-Christ.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avec son arm\u00e9e, qui estoit en nombre de quatre cents mille combatans, deffaicte par Marius, consul romain, et fust enterr\u00e9 pr\u00e8s un chasteau nomm\u00e9 Chaumon, et \u00e0 present Langon, proche la ville de Romans, en Daulphin\u00e9.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>L\u00e0 o\u00f9 on a trouv\u00e9 sa tumbe, de la longueur de trente pieds, sur laquelle son nom estoit escrit en lettre romaine, et les os tirez exc\u00e8dent 25 pieds, y ayant une des dents d\u2019yceluy pesant 11 livres, comme au vray on vous les fera voir en ceste ville, qui est du tout monstrueux tant en hauteur qu\u2019en grosseur.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><em>\u00c0 Lyon, par Jean Poyet, 1613.<\/em><br><em>Avec Permission<\/em><a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#ancrage_1\"><sup>1<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a><a><\/a> Entre tous les effects que ceste grande m\u00e8re et ouvri\u00e8re de toutes choses de nature a jamais produict en ce bas univers, l\u2019enorme grandeur de certaines personnes, vulgairement appel\u00e9es geants, a toujours tenu le plus haut rang et degr\u00e9 sur le theatre des merveilles&nbsp;; tesmoins en sont les Sainctes Escriptures en la destruction de ceste tour de confusion, je dis la tour de Babel&nbsp;; tesmoin les po\u00ebtes en leurs gigantomachies, tesmoin l\u2019admiration avec laquelle les historiens vont descrivant ces estranges colosses, tesmoin enfin l\u2019ethimologie de leur nom de geant, qui ne veut dire autre chose que fils de la terre&nbsp;; comme s\u2019il n\u2019eust pas est\u00e9 au pouvoir des hommes de les engendrer&nbsp;; ce qui fait dire \u00e0 Juvenal&nbsp;: <em>Unde fit ut malim fraterculus esse gigantum.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a> Voulant exprimer une race obscure et incognu\u00eb comme n\u2019ayant est\u00e9 produicte que de la terre&nbsp;; et, qui plus est, ceux qui n\u2019ont point voulu ramper si bas ont bien os\u00e9 asseurer que leurs progeniteurs n\u2019avoyent est\u00e9 autres que les genies et demons, comme si ceste generation estoit impossible aux hommes, et comme si la nature n\u2019avait autre rem\u00e8de pour eslever si haut ces estranges colosses. N\u2019est-il bien vraysemblable que ceste grande architecture ne leur aye peu fournir une extr\u00eame chaleur et humeur tout ensemble, vrais instruments et vrayes causes de ceste enorme grandeur, et par ce moyen mettre en practique l\u2019axi\u00f4me&nbsp;: <em>Operatur natura quantum, et quandiu potest<\/em>, sans neantmoins faire aucun sault <em>ab extremis ad extrema&nbsp;: natura enim in suis operationibus non facit saltum<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a> Il est donc vray, et qu\u2019il y peust avoir eu des geants sur la terre, et qu\u2019ils ont peu avoir pour progeniteurs des hommes, non seulement devant le deluge, ains longtemps apr\u00e8s&nbsp;; et \u00e0 ce propos, avant que passer aux profanes, faict pour moy le docte S. Augustin, quand il va racontant qu\u2019un peu auparavant la ruine que firent les Gots, il y eust \u00e0 Rome une femme de la grandeur d\u2019un geant, les parens de laquelle n\u2019outrepassoyent point la mesure commune de la stature des autres hommes. Et de faict, d\u2019o\u00f9 auroit est\u00e9 engendr\u00e9 un Goliath, de quel ciel seroit tomb\u00e9 Og, roy de Basan, le premier estant grand de six coud\u00e9es et une palme, selon Samuel, et le lict du second, qui estoit de fer, ayant neuf coud\u00e9es de longueur, la coud\u00e9e, selon la supputation des Grecs, estant de deux pieds, et, selon les Latins, d\u2019un pied et demy&nbsp;? Davantage, ne vois-je pas les Isra\u00eblites ne sembler que sauterelles \u00e0 comparaison des Amachins&nbsp;? N\u2019entends-je pas toute l\u2019antiquit\u00e9 proclamer contre ceux qui, d\u2019une arrogance plus que terrestre, osent nier avoir jamais march\u00e9 sur la terre des hommes de telle grandeur&nbsp;? Et en premier lieu Plutarque, en la vie et l\u2019ame de l\u2019antiquit\u00e9, recite que Sertorius, estant entr\u00e9 en la ville de Tingien, en laquelle, selon les Lybiens, il avait ouy dire que le corps d\u2019Ath\u00e8nes estoit, ce que ne pouvant croire pour la grandeur de la sepulture, le fit descouvrir et ouvrir, et ayant trouv\u00e9 un corps d\u2019homme de trente coud\u00e9es de long, en demeura grandement esmerveill\u00e9, et, apr\u00e8s avoir immol\u00e9 dessus une hostie, fit recouvrir et refermer le tumbeau. Pline, curieux en la recerche des choses naturelles, nous en presentera le second, disant qu\u2019en Cr\u00e8te, maintenant nomm\u00e9e Candie, un grand terre tremble estant excit\u00e9, et une montagne abatu\u00eb et renvers\u00e9e, on trouva le corps d\u2019un homme droict estant de quarante-six coud\u00e9es, lequel quelques uns ont voulu dire estre le corps d\u2019Orion, les autres d\u2019Othion. Philostrate, en ses H\u00e9ro\u00efques, nous en va descrivant trois en semblable grandeur pour le moins, non de moindre admiration, le tect de la teste d\u2019un desquels il raconte n\u2019avoir peu remplir du tout de vin avec soixante-douze pintes candiotes. Quelques-uns en ont voulu descrire, le premier de la hauteur de trente coud\u00e9es, le second de vingt-deux et le troisiesme de douze&nbsp;; mais d\u2019autant qu\u2019il ne va exprimant que la grandeur de celuy qui fust trouv\u00e9 en l\u2019isle de Cos, qu\u2019il dit estre de dix-huit pieds, ne faisant aucune mention de la hauteur de celuy de Lemnos, trouv\u00e9 par Menocrates, ni aussi de celuy qui fut descouvert en l\u2019isle d\u2019Imbos. N\u2019ayant deliber\u00e9 d\u2019apporter icy que les choses plus aver\u00e9es, je me contenteray seulement de demeurer avec Philostrate. Enfin les historiens nous en produisent une infinit\u00e9 d\u2019autres, comme celuy qui fust trouv\u00e9 en Cicile, de quarante pieds&nbsp;; comme le corps d\u2019Orestes, tir\u00e9 hors par le commandement de l\u2019oracle, estant de sept coud\u00e9es&nbsp;; comme celuy duquel il y a encore quelques ossements \u00e0 Valence&nbsp;; comme ceste femme de Cilicie, que descrit Zonatus en la vie de l\u2019empereur Justin Thracian, qui en hauteur surpassoit plus que d\u2019une coud\u00e9e les plus grands hommes que l\u2019on luy eust peu presenter&nbsp;; comme enfin un des deux Maximiens, empereurs, lequel, au rapport de Julius Capitolinus, en sa vie, selon Cordus, se servoit du brasselet de sa femme pour anneau, tiroit et comme ravissoit apr\u00e8s soy les carroces et charg\u00e9es, brisoit et pulverisoit entre ses doigts la pierre nomm\u00e9e thopase, mangeoit quarante et soixante livres de chair, beuvoit une certaine mesure nomm\u00e9e amphora capitolina, lassoit quinze, vingt et trente soldats, et \u00e0 la luicte en renversoit dix en un corps&nbsp;; bref, exer\u00e7oit une infinit\u00e9 d\u2019autres actes qui ne peuvent signifier en luy qu\u2019une estrange grandeur. Je n\u2019aurois jamais faict, et me perdrois au desnombrement de ces enormes colosses si je voulois rechercher tout ce que l\u2019histoire, m\u00e9moire du temps, nous en a laiss\u00e9 une chose seule&nbsp;; ne puis-je pas passer soubs silence, \u00e0 s\u00e7avoir, combien grande devoit \u00eatre la force de Turnus quand il jetta ceste pierre contre \u00c6n\u00e9e, sur laquelle Virgile dit que douze hommes de front se pouvoyent coucher, par ces vers&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>Saxum immane ingens, campo qui forte jacebat<\/em><br><em>Limes agro positus, litem ut discerneret arvis&nbsp;:<\/em><br><em>Vix illud lecti bis sex service subirent,<\/em><br><em>Qualia nunc hominum producit corpora Tellus,<\/em><br><em>llle manu raptum trepida torquebat in hostem.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Mais pourquoy prens-je tant de peine \u00e0 vous representer devant les yeux ces grands corps comme par une image, puis que M. de Langon, gentilhomme daulphinois, en a descouvert un reel et naturel sur ses terres, que toute la France a devant les yeux&nbsp;; un, dis-je, sinon grand de soixante coud\u00e9es, comme un Antheus&nbsp;; sinon de quarante-six, comme un Orion et autres, neantmoins ne peut que ravir de grande admiration ceux qui auront ce bonheur que de le voir, sinon \u00e0 tout le moins les principaux ossements, qui par leur grandeur le nous representent, et font juger \u00e0 l\u2019\u0153il pour le moins de la grandeur de vingt pieds l\u2019os de la cuisse et de la jambe devant qu\u2019estre aucunement rompus conjoincts ensemble, venans jusques \u00e0 la grandeur de neuf pieds, quoy que desnu\u00e9 et de joinctures du pied et semblables aux autres choses. Mais ne nous enquerons pas seulement quelle est sa grandeur, cerchons ce qui pourra estre dit de son nom. Outre qu\u2019il s\u2019est trouv\u00e9 sur sa tumbe le nom de Theutobocus, Flore le vous enseignera en son 3 <em>livre<\/em>, <em>chap.<\/em> 3, de la Guerre des Cimbres, Teutons et Tigurins, descrivant son estrange grandeur, en ce qu\u2019il estoit eminent de beaucoup par dessus les troph\u00e9es, et qu\u2019il passoit par dessus quatre et six chevaux. Voicy ce qu\u2019il en dit&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> <em>Certe Rex ipse Theutobocus quaternos senosque equos transilire solitus, vix unum cum fugeret ascendit, proximoque in saltu comprehensus insigne spectaculum triumphi fuit, quippe vir proceritatis eximia super trophea ipsa eminebat<\/em><a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#ancrage_2\"><sup>2<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a> Mais \u00e0 celle fin de rechercher l\u2019histoire un peu plus haut, l\u2019on peut s\u00e7avoir que l\u2019an 642 de la ville de Rome bastie, et le 105 devant l\u2019incarnation de nostre Sauveur, les Cimbres, Teutons, Tigurins et Ambrons, quittans leur pa\u00efs, soit pour le ravage d\u2019eaux que de la rner occeane, par son exondation, avait faict, comme veut Florus, soit par la resolution de renverser et destruire du tout l\u2019empire romain, comme dit Oriosus, ou \u00e0 autre but et intention ayant faict et compos\u00e9 une grande et grosse arm\u00e9e, vindrent attaquer le camp de Marius, pos\u00e9 non gu\u00e8res loin de la conjunction du Rhosne et de Lys\u00e8re, et, apr\u00e8s avoir combatu quelques jours, ayant faict trois trouppes, quelques-uns prindrent le chemin de l\u2019Italie et donn\u00e8rent loisir \u00e0 Marius de changer son camp et le loger en un lieu plus avantageux, le campant sur une petite couline eminente sur les ennemis&nbsp;; ce qu\u2019ayant fait, et estant venu aux mains, la victoire estant demeur\u00e9e neutre jusques \u00e0 midy, enfin la chance se tourna sur les Tigurins et Ambrons&nbsp;; de telle fa\u00e7on qu\u2019\u00e0 grand\u2019 peine s\u2019en estant sauv\u00e9 trois mille, il en demeura sur les carreaux deux cents mille arm\u00e9s et huictante mille prisonniers, entre lesquels leur roy Theutobocus rendit le troph\u00e9e insigne par sa mort. Les femmes, d\u2019ailleurs, n\u2019ayant peu obtenir la demande faicte \u00e0 Marius, qui consistoit en la libert\u00e9 et au moyen de pouvoir servir \u00e0 leurs dieux, apr\u00e8s avoir donn\u00e9 de leurs enfants contre les murailles, en partie s\u2019entretu\u00e8rent par ensemble, en partie se pandirent, ayant faict des cordes de leurs cheveux. Et voil\u00e0 ce qu\u2019en dit Oros\u00e9e au lieu sus alegu\u00e9. Je s\u00e7ay bien que quelques-uns, sous l\u2019authorit\u00e9 de Plutarque et Florus, m\u2019objecteront que Marius defit ces troupes \u00e0 Aix et \u00e0 Marseille, et que mesmes les Marsiliens ferm\u00e8rent leurs vignes d\u2019hayes faictes des os des morts, tant fust grande la desconfiture. Mais \u00e0 cela le grand nombre de gens duquel estoit compos\u00e9e ceste arm\u00e9e fait voir clairement que Marius ne les deffit pas tous \u00e0 une fois&nbsp;; outre que, puis que nous avons des-j\u00e0 dit qu\u2019ils se despartirent en trois troupes, l\u2019une prenant le chemin de l\u2019Italie, l\u2019autre tenant de pr\u00e8s Marius, il est probable que la troisi\u00e8me fust celle-l\u00e0 que Plutarque dit avoir est\u00e9 deffaicte \u00e0 Aix et \u00e0 Marseille&nbsp;; et quoy que Florus confonde la mort de Theutobocus avec la deffaicte que le dit Marius fit \u00e0 Aix, neantmoins, tant parce que ceux-cy estoyent vrayement de ses gens, et pour l\u2019authorit\u00e9 d\u2019Orose, que d\u2019autant que nous trouvons la grandeur specifi\u00e9e par Florus, l\u2019on ne peut que l\u2019on ne conc\u00e8de nostre geant estre le vray Theutobocus. Et combien que n\u2019aurions pas ceste preuve qu\u2019ils ayent est\u00e9 deffaicts proche du chasteau de Chaumon, dit maintenant Langon, neantmoins les medailles qui se sont trouv\u00e9es dans sa tumbe, outre que le nom de Marius y est demonstr\u00e9 par une semblable figure<a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#ancrage_3\"><sup>3<\/sup><\/a> si est-ce qu\u2019\u00e0 cause de la ressemblance qu\u2019elles ont avec celles de l\u2019amphithe\u00e2tre d\u2019Orange, dit de Marius<a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#ancrage_4\"><sup>4<\/sup><\/a>, tout soup\u00e7on est ost\u00e9 \u00e0 ceux qui seront si opiniastres que de n\u2019en vouloir rien croire, si toutesfois il y peut avoir de ces geants encor en ce temps, je veux dire des c\u0153urs et jugements si terrestres. Puis donc qu\u2019il conste asses suffisamment de son nom, parlons plus particuli\u00e8rement de quelques autres parties de son corps, et accomplissons la proph\u00e9tie de Virgile, <em>Grandiaq\u2019 effossis mirabitur ossa sepulchris.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a> Et entre autres ne laissons pas eschapper les dents, desquelles tant s\u2019en faut que nous en disions ce que dit le docte S. Augustin de la dent qu\u2019il vit au bord de la mer de la cit\u00e9 d\u2019Utique, laquelle on pouvoit juger estre cent fois plus grande que chascune des dents de nostre aage, qu\u2019au contraire j\u2019oseray doubler le nombre en la moindre de celles de nostre Theutobocus, desquels une chascune de celles que nous avons \u00e0 les voir ressemblent enti\u00e8rement, et en forme et en grandeur, le pied d\u2019un taureau de vingt mois<a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#ancrage_5\"><sup>5<\/sup><\/a>&nbsp;; que, si l\u2019on peut juger du lyon par l\u2019ongle, je vous laisse \u00e0 penser quelle gorge de four il devoit avoir&nbsp;; et afin de n\u2019estre plus long, laissant la description d\u2019une partie d\u2019une coste et de l\u2019espaule, et semblables autres ossements que l\u2019on pourra facilement voir, je parleray seulement de l\u2019espesseur des vert\u00e8bres de l\u2019espine du dos, par la dimension desquelles l\u2019on peut s\u00e7avoir au vray combien estoit haut eslev\u00e9 nostre grand corps&nbsp;; et je croy qu\u2019il n\u2019y a personne qui, estant tant soit peu entendu en ces choses, ne le juge surpasser vingt-cinq pieds, une chacune des vert\u00e8bres estant plus espesse de beaucoup que la grandeur de la tierce partie d\u2019un pied, voire approchant le demy pied devant qu\u2019estre rien rompues. Je laisse maintenant au lecteur \u00e0 faire la supputation, y ayant vingt-huit vert\u00e8bres outre les trois de la queue, dictes similitudinaires, et je m\u2019asseure et ose encore bien dire cela, qu\u2019on trouvera qu\u2019il ne dement aucunement sa tumbe, qu\u2019on a trouv\u00e9 grande de trente pieds<a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#ancrage_6\"><sup>6<\/sup><\/a>.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a> Voil\u00e0 ce que, selon mon incapacit\u00e9, je vous ai peu dire de Theutobocus, roy, sinon du tout, au moins d\u2019une partie des Tigurins, Cimbres, Teutons et Ambrons, trouv\u00e9 ceste presente ann\u00e9e mil six cens tr\u00e8ze, environ dix-sept et dix-huit pieds dans terre, tout aupr\u00e8s du chasteau autresfois dit Chaumon, maintenant Langon, aupr\u00e8s d\u2019un petit tertes et coline<a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#ancrage_7\"><sup>7<\/sup><\/a>, tout \u00e0 la plus grande gloire de Dieu et en apr\u00e8s \u00e0 l\u2019honneur du sieur de Langon.<\/p>\n\n\n\n<p>Par son tr\u00e8s humble serviteur, Jacques Tissot.<br><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Notes<\/strong><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a><a><\/a> <a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#lien_1\">1. <\/a>Cette pi\u00e8ce se rapporte \u00e0 un \u00e9v\u00e9nement singulier qui int\u00e9resse, comme on le verra, plut\u00f4t la pal\u00e9ontologie que l\u2019histoire&nbsp;: \u00e9trange probl\u00e8me, dont la solution s\u2019est fait attendre plus de deux si\u00e8cles, de 1613 \u00e0 1835, et qui aboutit, en fin de compte, \u00e0 faire restituer \u00e0 un mastodonte des ossements que pendant deux cents ans on avait pr\u00eat\u00e9s \u00e0 un g\u00e9ant imaginaire&nbsp;! \u2014 La d\u00e9couverte eut lieu le 11 janvier 1613, dans le Bas-Dauphin\u00e9, \u00e0 quatre lieues de Romans. Des ouvriers qui travaillaient dans une sablonni\u00e8re voisine du ch\u00e2teau de Chaumont, propri\u00e9t\u00e9 du marquis de Langon, y trouv\u00e8rent, \u00e0 17 ou 18 pieds de profondeur, un certain nombre d\u2019ossements de grande dimension&nbsp;: le col de l\u2019omoplate, deux vert\u00e8bres, la t\u00eate de l\u2019hum\u00e9rus, un fragment de c\u00f4te, le gros tibia, l\u2019astragale, le calcan\u00e9um, et enfin deux mandibules, l\u2019une avec une seule dent, l\u2019autre avec une dent enti\u00e8re, les racines de deux autres de devant, et les fragments de deux dents rompues. La d\u00e9couverte, d\u00e9j\u00e0 importante, l\u2019e\u00fbt \u00e9t\u00e9 davantage si quelques ossements n\u2019eussent \u00e9t\u00e9 bris\u00e9s par les ouvriers ou ne fussent tomb\u00e9s en poussi\u00e8re sit\u00f4t qu\u2019ils avoient \u00e9t\u00e9 expos\u00e9s \u00e0 l\u2019air. Aujourd\u2019hui la science ne tarderait pas \u00e0 s\u2019emparer de pareilles d\u00e9pouilles&nbsp;; alors ce fut l\u2019ignorance et le charlatanisme qui firent main-basse dessus. Les fables commenc\u00e8rent \u00e0 circuler&nbsp;; on parla d\u2019un tombeau o\u00f9 les ossements auraient \u00e9t\u00e9 d\u00e9couverts, mais dont on ne retrouva jamais la moindre trace&nbsp;; de m\u00e9dailles de Marius m\u00eal\u00e9es aux d\u00e9bris, et enfin d\u2019une inscription sur pierre dure portant ces mots&nbsp;: <em>Theutobochus rex<\/em>. Qui donc aidait surtout \u00e0 propager ces contes&nbsp;? Deux individus qui s\u2019\u00e9taient tout d\u2019abord donn\u00e9 un int\u00e9r\u00eat dans l\u2019affaire&nbsp;: Mazuyer, chirurgien \u00e0 Beaurepaire, ville des environs, et David Bertrand ou Chenevier, qui y exer\u00e7ait les fonctions de notaire. Le chirurgien se croyait avoir autorit\u00e9 pour attribuer les ossements \u00e0 qui il lui conviendrait le mieux, et le notaire pour l\u00e9galiser le certificat de cette belle attribution. Mazuyer eut part au proc\u00e8s-verbal qui fut dress\u00e9 de la d\u00e9couverte, et qui, selon M. de Blainville (<em>\u00c9cho du monde savant<\/em>, 1835, p. 234), \u00ab&nbsp;porte lui-m\u00eame des marques \u00e9videntes de supercherie.&nbsp;\u00bb Cet acte est sign\u00e9 de Mazuyer et d\u2019un Guillaume Asselin, sieur de la Gardette, capitaine ch\u00e2telain, ainsi que de Juvenet, son greffier. Comme il fallait des <em>r\u00e9clames<\/em> pour faire conna\u00eetre au monde l\u2019importante trouvaille o\u00f9 le chirurgien et le notaire avoient plac\u00e9 un si bel espoir de fortune, ils y avis\u00e8rent. M. de Blainville, (<em>id<\/em>., <em>ibid<\/em>.) est d\u2019avis que ce sont eux qui firent forger les d\u00e9tails contenus dans la brochure ici reproduite, \u00ab&nbsp;et la premi\u00e8re qui ait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sur ce sujet&nbsp;\u00bb. Elle fit son effet&nbsp;: ordre vint de la part du roi de faire transporter \u00e0 Paris les ossements du roi Theutobocus, et on les exp\u00e9dia en toute h\u00e2te, sauf \u00ab&nbsp;une partie de cuisse et deux dents&nbsp;\u00bb, qui rest\u00e8rent entre les mains du marquis de Langon. Ce d\u00e9tail, que nous trouvons dans la <em>Vie de Peiresc<\/em>, par Requier (1770, in-8, p. 144), n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 connu de M. de Blainville. Le 20 juillet, le myst\u00e9rieux ossuaire arrivait \u00e0 Paris, et l\u2019intendant des m\u00e9dailles et antiques du roi s\u2019empressait d\u2019en donner un r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 \u00e0 Mazuyer et \u00e0 Bertrand, dit Chenevier, qui s\u2019\u00e9taient engag\u00e9s \u00e0 restituer le d\u00e9p\u00f4t \u00e0 M. de Langon dans les dix-huit mois, \u00e0 moins, toutefois, que Sa Majest\u00e9 n\u2019en d\u00e9cid\u00e2t autrement. La Cour \u00e9tait alors \u00e0 Fontainebleau&nbsp;; on y porta les ossements, qui \u00e9taient la grande curiosit\u00e9 du jour&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Il y a quelques mois, lisons-nous dans une lettre du P. Millepied au P. Louis Richeome, dat\u00e9e du 8 octobre 1613, qu\u2019on porta de Paris ici, dans la chambre de la reyne, les ossements d\u2019un g\u00e9ant, qu\u2019on disoit \u00eatre ceux de Teutobotus (sic), roi des Cimbres, d\u00e9crit par Florus. L\u2019os de la jambe ou de la cuisse \u00e9tait de plus de cinq ou six pieds de hauteur, ou d\u2019environ, et de grosseur \u00e0 proportion. Le roi, les voyant, demanda s\u2019il y avait eu de si grands hommes. Ayant \u00e9t\u00e9 r\u00e9pondu que oui&nbsp;: \u2014 Beaucoup de tels sujets feroient une belle arm\u00e9e, dit quelqu\u2019un. \u2014 Oui, dit le roi, mais ils auroient bient\u00f4t ruin\u00e9 un pays.&nbsp;<\/em>\u00bb Un fragment de cette lettre, dont le curieux t\u00e9moignage n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9, que je sache, invoqu\u00e9 comme preuve de cette histoire, se trouve dans le <em>Dictionnaire historique<\/em> de M. de Bonnegarde, \u00e0 l\u2019article Louis XIII (t. III, p. 227\u2013228). Ceux qui avoient r\u00e9pondu <em>oui<\/em>, \u00e0 propos de l\u2019existence possible du g\u00e9ant, ne furent pas crus sur parole par tout le monde. Dans la lettre, dat\u00e9e du cabinet du roi, qui fut \u00e9crite \u00e0 M. de Langon pour le remercier de son envoi, on ne sembla pas bien convaincu de l\u2019identit\u00e9 de ces d\u00e9bris avec les restes du roi Theutobocus. On ne la niait pas positivement, mais on d\u00e9sirait voir les m\u00e9dailles qui avoient \u00e9t\u00e9, disait-on, trouv\u00e9es dans le tombeau&nbsp;; et l\u2019on demandait aussi la partie du squelette rest\u00e9e \u00e0 Langon. Tout cela, selon nous, impliquait un doute indirect. Le chirurgien Habicot ne le partageait pas. Il prit fait et cause pour son confr\u00e8re le chirurgien [de] Beaurepaire, et il fit para\u00eetre, avec une d\u00e9dicace au roi, sa <em>Gigantost\u00e9ologie, ou Possibilit\u00e9 des g\u00e9ants<\/em>. Riolan, qui, en sa qualit\u00e9 de m\u00e9decin, ne devait pas \u00eatre d\u2019une opinion que soutenait la corporation ennemie, riposta tout aussit\u00f4t, mais sans se nommer, par sa brochure <em>La Gigantomachie<\/em>. R\u00e9plique du parti contraire&nbsp;: Habicot, ou quelqu\u2019un des siens, publia la <em>Monomachie<\/em>, sans nom d\u2019auteur&nbsp;; Riolan, piqu\u00e9, nia plus hardiment. Rien qu\u2019au titre&nbsp;: <em>Imposture d\u00e9couverte des os humains suppos\u00e9s d\u2019un g\u00e9ant<\/em> (1614, in-8), on sent que sa seconde brochure est beaucoup plus vive et plus nette que la premi\u00e8re. Habicot, \u00e0 court d\u2019arguments, \u00e9crit alors \u00e0 Mazuyer, qui \u00e9tait retourn\u00e9 \u00e0 Beaurepaire, et lui demande en h\u00e2te les certificats de la d\u00e9couverte, mais Mazuyer ne s\u2019ex\u00e9cute pas. En juin 1618, il n\u2019avait pas encore satisfait \u00e0 la demande d\u2019Habicot. Cependant un nouveau champion \u00e9tait entr\u00e9 dans la lice&nbsp;: c\u2019\u00e9tait un chirurgien nomm\u00e9 Guillemeau, qui publia, en 1615&nbsp;: <em>Discours apolog\u00e9tique du g\u00e9ant<\/em>. Riolan, rest\u00e9 sous les armes, mit au jour, trois ans apr\u00e8s, la pi\u00e8ce capitale de ce d\u00e9bat, que le temps n\u2019avait fait qu\u2019envenimer. Apr\u00e8s cette nouvelle brochure&nbsp;: <em>Gigantologie, ou Discours sur les g\u00e9ants<\/em>, 1618, in-8, Habicot n\u2019avait qu\u2019\u00e0 s\u2019avouer battu, d\u2019autant mieux que les pi\u00e8ces qu\u2019il attendait de Mazuyer ne lui \u00e9taient pas parvenues. C\u2019est ce qu\u2019il ne fit pas&nbsp;: son <em>Antigigantologie, ou Contre-discours de la grandeur des g\u00e9ants<\/em>, vint prouver qu\u2019il croyoit plus que jamais \u00e0 l\u2019infaillibilit\u00e9 de la cause qu\u2019il d\u00e9fendait. Riolan aurait cependant bien m\u00e9rit\u00e9 de convaincre tout le monde. Quand il avait dit, dans son dernier ouvrage, que ces os n\u2019appartenaient pas \u00e0 un g\u00e9ant, mais \u00e0 un \u00e9l\u00e9phant ou \u00e0 une baleine, il avait \u00e9t\u00e9 bien pr\u00e8s de la v\u00e9rit\u00e9. Peiresc avait aussi \u00e9t\u00e9 de cet avis. (V. sa <em>Vie<\/em> par Requier, p. 148.) Ces ossements, suivant lui, \u00e9toient ceux d\u2019un \u00e9l\u00e9phant, et il pensait qu\u2019en ces sortes de d\u00e9couvertes il fallait r\u00e9p\u00e9ter ce qu\u2019a dit Su\u00e9tone de d\u00e9bris semblables trouv\u00e9s de son temps&nbsp;: \u00ab&nbsp;<em>Esse Capreis immanium belluarum, ferarumque pr\u00e6grandia membra, qu\u00e6 dicuntur gigantum ossa et arma heroum. <\/em>&nbsp;\u00bb (August., cap. 72.) Le silence se fit enfin sur cette grande dispute&nbsp;; on ne reparla du roi Theutobocus et de ses ossements que plus de cent ans apr\u00e8s. C\u2019est dans une lettre, adress\u00e9e le 22 d\u00e9cembre 1744 \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Desfontaines, et publi\u00e9e au tome V de ses <em>Jugements sur les ouvrages nouveaux<\/em>, qu\u2019il en est question. Il y est parl\u00e9 de la moiti\u00e9 d\u2019un os de la jambe et d\u2019une dent, poss\u00e9d\u00e9es encore par le petit-fils du marquis de Langon. C\u2019\u00e9tait la partie des ossements qui n\u2019avait pas \u00e9t\u00e9 envoy\u00e9e \u00e0 Paris, et dont Requier nous a parl\u00e9 dans la <em>Vie de Peiresc<\/em>. Qu\u2019\u00e9tait devenu le reste&nbsp;? On va le savoir. En 1832, un naturaliste, M. Audoin, \u00e9tant \u00e0 Bordeaux, apprit d\u2019un de ses confr\u00e8res, M. Jouannet, que les ossements attribu\u00e9s au roi Theutobocus se trouvaient depuis fort longtemps dans le grenier d\u2019une maison de cette ville. Suivant la tradition, ils avoient \u00e9t\u00e9 apport\u00e9s par Mazuyer pour \u00eatre montr\u00e9s en public, mais le pauvre diable, n\u2019ayant pas fait ses frais, les avait laiss\u00e9s pour compte. On ajoutait que, ce qui lui avait surtout nui, c\u2019\u00e9tait la concurrence d\u2019une troupe de com\u00e9diens alors en passage \u00e0 Bordeaux, et dont le public avait pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 les farces \u00e0 cette <em>montre<\/em> de vieux ossements. Cette troupe, toujours suivant la tradition, aurait \u00e9t\u00e9 celle de Moli\u00e8re&nbsp;; c\u2019est des B\u00e9jard qu\u2019on voulait dire. On sait, en effet, qu\u2019ils all\u00e8rent \u00e0 Bordeaux, sous le patronage du duc d\u2019\u00c9pernon. Quoi qu\u2019il en soit, lorsqu\u2019on eut connaissance, au Mus\u00e9um, de l\u2019existence de ces d\u00e9bris, on pria M. Jouannet de les envoyer \u00e0 Paris, ce qui fut ex\u00e9cut\u00e9. Gr\u00e2ce aux progr\u00e8s qu\u2019avait faits la science pal\u00e9ontologique, il fut alors facile de reconna\u00eetre que ce n\u2019\u00e9taient ni les os d\u2019un g\u00e9ant, ni m\u00eame les restes d\u2019un \u00e9l\u00e9phant, comme l\u2019avait dit Riolan, ainsi que Peiresc, et comme l\u2019avait r\u00e9p\u00e9t\u00e9 Cuvier, dont l\u2019erreur \u00e9tait bien pardonnable puisqu\u2019il n\u2019avait pu les voir, mais les ossements d\u2019un v\u00e9ritable mastodonte, \u00ab&nbsp;semblable, dit M. de Blainville, \u00e0 celui de l\u2019Ohio, dans l\u2019Am\u00e9rique septentrionale.&nbsp;\u00bb Cette d\u00e9couverte, dont les r\u00e9sultats s\u2019\u00e9toient fait attendre deux cent vingt ans, \u00e9tait des plus pr\u00e9cieuses. On ne peut m\u00eame pas en citer une pareille en Europe, \u00ab&nbsp;puisque, dit le m\u00eame savant, parmi les restes europ\u00e9ens de mastodontes, c\u2019est \u00e0 peine si l\u2019on cite quelques fragments de m\u00e2choire, adh\u00e9rents aux dents recueillies en grand nombre dans le midi de la France.&nbsp;\u00bb On peut se demander, apr\u00e8s tout cela, si les d\u00e9bris retrouv\u00e9s \u00e0 Bordeaux sont bien ceux qui \u00e9taient provenus des fouilles faites \u00e0 Chaumont. M. de Blainville n\u2019en a jamais dout\u00e9. Il s\u2019y trouvait, il est vrai, quelques morceaux de plus, mais \u00ab&nbsp;cela peut tenir, dit-il, \u00e0 ce que les pi\u00e8ces ont \u00e9t\u00e9 mal d\u00e9nomm\u00e9es dans le premier proc\u00e8s-verbal.&nbsp;\u00bb Quant aux morceaux manquants&nbsp;: l\u2019astragale, le calcan\u00e9um et une vert\u00e8bre, leur absence s\u2019explique encore plus ais\u00e9ment, puisque, ce que n\u2019a pas dit M. de Blainville, Peiresc, sur la fin de sa vie, avait, suivant Requier (p. 148) \u00ab&nbsp;obtenu quelques morceaux des os pr\u00e9tendus du g\u00e9ant.&nbsp;\u00bb M. de Blainville conclut ainsi&nbsp;: \u00ab&nbsp;Il est \u00e0 peu pr\u00e8s hors de doute que ces ossements sont bien ceux qui ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s au roi Theutobocus, car il serait bien difficile de croire qu\u2019un second hasard aurait port\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re six ou sept pi\u00e8ces capitales exactement les m\u00eames que dans le premier.&nbsp;\u00bb \u2014 En 1726, Scheutzer commit une erreur du m\u00eame genre que celle dont nous venons de conter l\u2019histoire. Le pr\u00e9tendu homme fossile trouv\u00e9 dans les carri\u00e8res d\u2019\u0152ningen, et dont il publia une description dans les <em>Transactions philosophiques<\/em>, n\u2019\u00e9tait, comme le prouva Cuvier, qu\u2019une grande salamandre.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a> <a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#lien_2\">2. <\/a>C\u2019est bien ce que dit Florus&nbsp;: \u00ab&nbsp;Le roi Theutobocus \u00e9tait plus haut que les troph\u00e9es&nbsp;; mais cela ne signifie pas, disait Peiresc, qu\u2019il e\u00fbt une taille de vingt-cinq pieds, comme le pr\u00e9tendaient les auteurs de la d\u00e9couverte. Les troph\u00e9es que soutenaient, dans les ovations et les triomphes, les bras \u00e9lev\u00e9s de ceux qui les portaient, ne d\u00e9passaient pas douze pieds.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a><a><\/a> <a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#lien_3\">3. <\/a>Ici, se trouve dans la pi\u00e8ce originale une grossi\u00e8re figure de m\u00e9daille o\u00f9 nous n\u2019avons rien distingu\u00e9, mais o\u00f9, para\u00eetrait-il, il fallait voir un M et un A. Notre auteur veut, \u00e0 cause de ces deux lettres, retrouver l\u00e0 des m\u00e9dailles de Marius. Peiresc le contestait, et avec d\u2019excellentes raisons, d\u2019apr\u00e8s ce qu\u2019on lit dans sa <em>Vie<\/em> par Requier, page 146&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour ce qui est des lettres M A qui se trouvent sur le revers des m\u00e9dailles, disait-il, elles ne d\u00e9signent pas Marius, dont le pr\u00e9nom Ca\u00efus n\u2019aurait pas \u00e9t\u00e9 omis. Elles n\u2019ont point \u00e9t\u00e9 mises pour le mot Marius en entier, l\u2019usage des Romains n\u2019\u00e9tant de mettre que la seule lettre initiale. Elles marquent bien plut\u00f4t Marseille, r\u00e9publique alors, et \u00e0 laquelle cette forme de m\u00e9daille d\u2019argent \u00e9tait propre, comme \u00e0 une ville grecque, tandis qu\u2019elle ne l\u2019\u00e9tait pas aux Romains.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#lien_4\">4. <\/a>L\u2019auteur veut dire l\u2019arc de triomphe d\u2019Orange, qui, pendant longtemps, passa pour avoir \u00e9t\u00e9 construit en l\u2019honneur de Marius et de sa victoire contre les Cimbres. Il est \u00e0 peu pr\u00e8s certain aujourd\u2019hui, d\u2019apr\u00e8s un r\u00e9cent m\u00e9moire de M. Ch. Lenormant, que ce monument date du r\u00e8gne de Tib\u00e8re, et rappelle par cons\u00e9quent la victoire remport\u00e9e pendant le r\u00e8gne de ce prince sur Sacrovir, chef des Gaulois r\u00e9volt\u00e9s. (V. <em>Comptes-rendus de l\u2019Acad\u00e9mie des Inscript.<\/em>, par Ern. Desjardins, 1858, in-8, p. 232\u2013249.)<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a> <a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#lien_5\">5. <\/a>Ce n \u2019est pas de la taille de ces dents, mais de leur structure, qu\u2019on se pr\u00e9occupa le plus lorsque ces restes furent aux mains des membres de l\u2019Acad\u00e9mie des sciences. C\u2019est d\u2019apr\u00e8s leur forme qu\u2019on parvint \u00e0 constater d\u2019une fa\u00e7on certaine \u00e0 quel genre d\u2019animal ces os devaient appartenir&nbsp;: \u00ab&nbsp;La structure des dents, dit M. de Blainville, formant une couronne h\u00e9riss\u00e9e de plusieurs rang\u00e9es de tubercules en mamelons, et port\u00e9es par de v\u00e9ritables racines, ne peut laisser aucun doute sur le genre de mammif\u00e8res auquel ces ossements ont appartenu&nbsp;: c\u2019\u00e9tait un mastodonte, et non un \u00e9l\u00e9phant, comme M. Cuvier l\u2019avait pens\u00e9 \u00e0 tort, n\u2019ayant, il est vrai, pour porter son jugement que le poids et une appr\u00e9ciation grossi\u00e8re de la grandeur de la dent principale. Toutefois, ajoute M. de Blainville, le fait soigneusement relat\u00e9 de l\u2019existence des racines aurait pu le mettre sur la voie, et l\u2019on con\u00e7oit comment Habicot et ses partisans avoient \u00e9t\u00e9 port\u00e9s \u00e0 soutenir la supercherie de Mazuyer, en remarquant que ces dents, \u00e9tant pourvues de racines et de tubercules \u00e0 la couronne, avoient r\u00e9ellement quelque ressemblance avec des dents d\u2019homme, surtout pour des anatomistes qui ne poss\u00e9daient \u00e0 cette \u00e9poque aucun \u00e9l\u00e9ment de comparaison.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a><a><\/a> <a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#lien_6\">6. <\/a>Riolan, dans sa <em>Gigantologie<\/em>, \u00e9tait bien loin de tomber d\u2019accord de tout cela&nbsp;: \u00ab&nbsp;Pour d\u00e9montrer, dit M. de Blainville, que ce n\u2019\u00e9tait pas un g\u00e9ant de trente pieds, comme le voulait Habicot, il avait suppos\u00e9, d\u2019apr\u00e8s la longueur des os qu\u2019il avait examin\u00e9s, et entre autres celle du f\u00e9mur, ce qui \u00e9tait un mode de proc\u00e9der fort rationnel, que l\u2019animal ne pouvait avoir plus de douze pieds de long, et il concluait que, comme il n\u2019\u00e9tait pas besoin d\u2019un tombeau de trente pieds pour placer un corps qui ne pouvait avoir que douze ou treize pieds, le tombeau pr\u00e9tendu \u00e9tait de l\u2019invention de Mazuyier. Habicot, au contraire, admettait ce fait comme positif&nbsp;; il soutenait que le contenu devait \u00eatre proportionn\u00e9 au contenant&nbsp;; or, ce tombeau avait trente pieds, donc les ossements qu\u2019il contenait avoient d\u00fb appartenir \u00e0 un animal de cette taille.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/fr.m.wikisource.org\/wiki\/Discours_v%C3%A9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g%C3%A9ant_Theutobocus#lien_7\">7. <\/a>C\u2019\u00e9tait, nous l\u2019avons dit, au fond d\u2019une sablonni\u00e8re, dans un terrain d\u2019alluvion, dit M. de Blainville. Requier (<em>Vie de Peiresc<\/em>, p. 143) remarque en outre que c\u2019est dans la partie du Dauphin\u00e9 plac\u00e9e entre le Rh\u00f4ne et l\u2019Is\u00e8re, et non loin de leur confluent. \u00ab&nbsp;Ce n\u2019est pas l\u00e0, disait Peiresc (<em>id<\/em>., p. 145), qu\u2019on aurait plac\u00e9 un tombeau&nbsp;; l\u2019on aurait choisi un endroit sinon \u00e9lev\u00e9 ou pierreux, du moins qui n\u2019e\u00fbt pas \u00e9t\u00e9 si peu solide, de peur que le monument ne f\u00fbt facilement enterr\u00e9 ou renvers\u00e9.\u00bb<br><br><br><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<h1 class=\"wp-block-heading has-text-align-center has-medium-font-size\" id=\"eclaircissementssurlesossementsfossiles\"><span class=\"ez-toc-section\" id=\"Eclaircissements_sur_les_ossements_fossiles_attribues_au_pretendu_geant_le_roi_Theutobochus_et_reconnus_pour_appartenir_au_genre_mastodonte\"><\/span>Eclaircissements sur les ossements fossiles attribu\u00e9s au pr\u00e9tendu g\u00e9ant, le roi Theutobochus, et reconnus pour appartenir au genre mastodonte<span class=\"ez-toc-section-end\"><\/span><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\">Henri Ducrotay de Blainville<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-center\"><em>L\u2019\u00c9cho du monde savant des 27 mars et 03 avril 1835<\/em>,&nbsp;1835 (p.&nbsp;5-21).<br><br><\/p>\n\n\n\n<p>M.&nbsp;de Blainville, en mettant sous les yeux des membres de l\u2019Acad\u00e9mie des ossements fossiles qui, vers le commencement du XVII<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, furent par supercherie donn\u00e9s comme ceux du roi Theutobochus, vaincu par Marius, est entr\u00e9 dans quelques d\u00e9tails, que, gr\u00e2ce \u00e0 sa complaisance, nous pouvons reproduire presque textuellement.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Le vendredi 11 janvier 1613, des ouvriers, en extrayant du sable d\u2019une sablonni\u00e8re situ\u00e9e aupr\u00e8s d\u2019une masure du ch\u00e2teau de Chaumont, appartenant au marquis de Langon, \u00e0 quatre lieues de Romans, entre les petites villes de Montricourt, Serres et Saint-Antoine du bas Dauphin\u00e9, d\u00e9couvrirent, \u00e0 17 ou 18 pieds de profondeur, un certain nombre d\u2019ossements d\u2019une grande dimension, et qui furent en partie bris\u00e9s, soit par les ouvriers, soit par l\u2019exposition \u00e0 l\u2019air. Voil\u00e0 ce qui para\u00eet certain&nbsp;; mais il n\u2019en est pas de m\u00eame du tombeau dans lequel ces ossements furent, dit-on, trouv\u00e9s avec des m\u00e9dailles d\u2019argent, et une inscription portant, grav\u00e9s sur une pierre dure, les mots <em>Theutobochus rex<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Le fait en lui-m\u00eame aurait sans doute pass\u00e9 inaper\u00e7u si un nomm\u00e9 Mazuyier, chirurgien de Beaurepaire, et un notaire de la m\u00eame petite ville, appel\u00e9 David Bertrand ou Chenevier, n\u2019eussent con\u00e7u l\u2019id\u00e9e de tirer parti de cette d\u00e9couverte, probablement en les montrant pour de l\u2019argent&nbsp;: aussi sont-ils fortement soup\u00e7onn\u00e9s d\u2019avoir forg\u00e9 ou fait forger les d\u00e9tails rapport\u00e9s dans une brochure (la premi\u00e8re qui ait \u00e9t\u00e9 publi\u00e9e sur ce sujet) intitul\u00e9e&nbsp;: <em>Histoire v\u00e9ritable du g\u00e9ant Theutobochus, roi des Theuthons, Cimbres et Ambrosiens, d\u00e9fait par Marius 150 ans avant la venue de J.-C.<\/em>, que l\u2019on attribue \u00e0 un j\u00e9suite de Tournon, et que Mazurier distribuait \u00e0 Paris.<\/p>\n\n\n\n<p>Quoi qu\u2019il en soit, la curiosit\u00e9 publique fut vivement excit\u00e9e, et le bruit s\u2019en r\u00e9pandit non-seulement jusqu\u2019\u00e0 Montpellier, mais encore jusqu\u2019\u00e0 Paris&nbsp;; en sorte que, six mois apr\u00e8s, la cour donna des ordres pour que ces ossements fussent transport\u00e9s dans cette capitale, comme on le voit dans le r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 donn\u00e9, le 20 juillet de la m\u00eame ann\u00e9e, par l\u2019intendant des m\u00e9dailles et antiques du roi, Antoine Rascatis de Bagaris, comme ayant re\u00e7u des mains des sieurs Pierre Mazuyier, chirurgien, et David Bertrand ou Chenevier, notaire, les ossements demand\u00e9s, et qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient oblig\u00e9s de rendre dix-huit mois apr\u00e8s \u00e0 M.&nbsp;de Langon, \u00e0 moins que le roi n\u2019en ordonn\u00e2t autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Les pi\u00e8ces remises \u00e9taient les suivantes, dans les termes m\u00eames du r\u00e9c\u00e9piss\u00e9&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>1<sup>er<\/sup> Deux pi\u00e8ces de mandibules, sur une desquelles il y a une dent seule, et dans l\u2019autre il y a une dent enti\u00e8re avec les racines de deux autres de devant, et les fragments des deux dents rompues&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>2<sup>e<\/sup> Plus deux vert\u00e8bres&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>3<sup>e<\/sup> Le col de l\u2019omoplate&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>4<sup>e<\/sup> La t\u00eate de l\u2019hum\u00e9rus&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>5<sup>e<\/sup> Une particule d\u2019une c\u00f4te qui est allant \u00e0 l\u2019os qui est en plusieurs pi\u00e8ces (sans doute le sternum)&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>6<sup>e<\/sup> Le gros tibia&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>7<sup>e<\/sup> L\u2019astragale&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>8<sup>e<\/sup> Le calcan\u00e9um.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Il para\u00eet cependant que l\u2019on croyait que M.&nbsp;de Langon en avait encore quelques autres, car, dans la lettre de remerciement du cabinet du roi, en date du 1er ao\u00fbt 1613, on demande le reste des ossements trouv\u00e9s en m\u00eame temps que la pierre d\u2019inscription, et m\u00eame les pierres du tombeau, afin de le faire r\u00e9tablir, ou du moins un dessin avec une \u00e9chelle de proportion, ainsi que les m\u00e9dailles et le proc\u00e8s-verbal de la d\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela prouve que d\u00e8s-lors, c\u2019est-\u00e0-dire six mois seulement apr\u00e8s celle-ci, on avait d\u00e9j\u00e0 des doutes sur la coexistence de ces ossements avec des m\u00e9dailles de Marius, et une inscription dans un tombeau de briques de 30 pieds de long sur 12 de large.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s-lors la question fut controvers\u00e9e, mais elle passa imm\u00e9diatement dans celle beaucoup plus grave qui s\u2019agitait alors entre les m\u00e9decins et les chirurgiens. On oublia le fond de la question, c\u2019est-\u00e0-dire la r\u00e9alit\u00e9 du tombeau et de l\u2019inscription, et l\u2019on s\u2019occupa d\u2019abord de l\u2019existence possible ou non des g\u00e9ants.<\/p>\n\n\n\n<p>Habicot, c\u00e9l\u00e8bre chirurgien jur\u00e9 de l\u2019Universit\u00e9 de Paris, dans le but sans doute de soutenir son confr\u00e8re Mazuyier, commen\u00e7a l\u2019engagement par sa Giganst\u00e9ologie ou Discours sur la possibilit\u00e9 des g\u00e9ants, d\u00e9di\u00e9e \u00e0 Louis&nbsp;XIII&nbsp;; \u00e0 quoi Riolan, sous le voile de l\u2019anonyme, en prenant le titre d\u2019\u00e9colier en m\u00e9decine, r\u00e9pondit, en 1613, par une brochure intitul\u00e9e <em>Gigantomachie<\/em>, et en 1614, par son Imposture d\u00e9couverte des os humains suppos\u00e9s d\u2019un g\u00e9ant.<\/p>\n\n\n\n<p>Un partisan d\u2019Habicot, ou Habicot lui-m\u00eame, r\u00e9pondit \u00e0 ce qu\u2019il nommait les calomnieuses inventions de la <em>Gigantomachie<\/em>, dans un \u00e9crit qu\u2019il intitule <em>Monomachie<\/em>, mais en conservant l\u2019anonyme.<\/p>\n\n\n\n<p>Guillemeau, \u00e9galement chirurgien, prit aussi le parti d\u2019Habicot, qu\u2019il n\u2019aimait cependant pas, dans son Discours apolog\u00e9tique des g\u00e9ants, publi\u00e9 en 1615&nbsp;; mais, tout en soutenant la possibilit\u00e9 de l\u2019existence des g\u00e9ants, il employa d\u2019autres raisons, admettant que les deux adversaires \u00e9taient l\u2019un et l\u2019autre au-dessous de pareilles questions.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Toutefois Riolan, pendant ce temps, avait pr\u00e9par\u00e9 ses armes, et il attaqua son adversaire d\u2019une mani\u00e8re plus habile et beaucoup plus forte dans sa Gigantologie ou Discours sur les g\u00e9ants, publi\u00e9 en 1618. C\u2019est en effet dans cet ouvrage, qu\u2019apr\u00e8s avoir \u00e9tabli qu\u2019il n\u2019a jamais exist\u00e9 de g\u00e9ants proprement dits au-dessus de 9 \u00e0 10 pieds, il montre que les os trouv\u00e9s \u00e0 Chaumont ne peuvent avoir appartenu qu\u2019\u00e0 une baleine ou \u00e0 un \u00e9l\u00e9phant, ou que ce sont des os fossiles, et par l\u00e0 il entendait qu\u2019ils s\u2019\u00e9taient form\u00e9s dans la terre.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> D\u00e8s-lors, Habicot, pour se d\u00e9fendre, eut recours \u00e0 l\u2019auteur de la d\u00e9couverte. D\u2019apr\u00e8s des lettres qu\u2019il a publi\u00e9es dans son Anti-Gigantologie, on voit que, d\u00e8s 1614, il avait demand\u00e9 \u00e0 Mazuyier, alors retourn\u00e9 \u00e0 Beaurepaire, des certificats de la d\u00e9couverte, puisque celui-ci lui r\u00e9pond qu\u2019il se propose de les lui envoyer aussit\u00f4t que M.&nbsp;de Langon sera de retour de Romans o\u00f9 il \u00e9tait all\u00e9. Cependant ces certificats ne furent pas envoy\u00e9s, ou du moins ne le furent que plus tard&nbsp;; car M.&nbsp;de Langon r\u00e9pondit \u00e0 Habicot, dans une lettre \u00e9galement dat\u00e9e de 1614, que le d\u00e9sir qu\u2019il a d\u2019effectuer la volont\u00e9 du roi, en lui envoyant le reste des os avec la monnaie d\u2019argent qui s\u2019est trouv\u00e9e avec eux, a fait diff\u00e9rer de le satisfaire&nbsp;; \u00e0 quoi il ajoute que ses adversaires ont tort de contester que ce soient des os humains, puisque les m\u00e9decins de Montpellier et ceux de Grenoble, apr\u00e8s les avoir examin\u00e9s, soit chez lui, soit \u00e0 Grenoble, o\u00f9 il les avait fait transporter pour la satisfaction de M.&nbsp;de Lesdiguieres, l\u2019ont reconnu. Toutefois, et malgr\u00e9 toutes ces promesses, dans une lettre du 9 juin 1618, Mazuyier en recula encore l\u2019ex\u00e9cution, fond\u00e9 sur ce que le roi, disait-on, \u00e9tant pour venir au mois d\u2019ao\u00fbt dans le pays, M.&nbsp;de Langon avait cru devoir reculer son voyage \u00e0 Paris, o\u00f9 il se proposait de porter les restes des ossements et les certificats qu\u2019Habicot demandait.<\/p>\n\n\n\n<p>Tout cela prouve que le proc\u00e8s-verbal de la d\u00e9couverte, tel qu\u2019il fut publi\u00e9 plus tard, et qui est cependant sign\u00e9 par Guillaume Asselin, sieur de La Gardette, capitaine ch\u00e2telain, et par Juvenet, son greffier, n\u2019avait pas encore \u00e9t\u00e9 produit en 1618, c\u2019est \u00e0-dire cinq ans apr\u00e8s la d\u00e9couverte.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> D\u00e8s-lors, dans sa r\u00e9ponse \u00e0 la Gigantologie de Riolan, sous le titre d\u2019<em>Anti-Gigantologie<\/em> ou <em>Contre-Discours de la grandeur des g\u00e9ants<\/em>, Habicot, ne pouvant avoir recours \u00e0 des pi\u00e8ces judiciaires, fut oblig\u00e9 d\u2019en revenir \u00e0 ses premiers moyens, qui consistaient \u00e0 y \u00e9piloguer ou \u00e0 employer une v\u00e9ritable p\u00e9tition de principe. En effet, pour d\u00e9montrer que ce n\u2019\u00e9tait pas un g\u00e9ant de 30 pieds de haut, comme le voulait son adversaire, Riolan avait suppos\u00e9, d\u2019apr\u00e8s la longueur des os qu\u2019il avait examin\u00e9s, et entre autres celle du f\u00e9mur, ce qui \u00e9tait un mode de proc\u00e9der fort rationnel, que l\u2019animal ne pouvait avoir plus de 12 pieds de long&nbsp;; et il concluait que, comme il n\u2019\u00e9tait pas besoin d\u2019un tombeau de 30 pieds pour placer un corps qui ne pouvait avoir que 12 \u00e0 13 pieds, le tombeau pr\u00e9tendu \u00e9tait de l\u2019invention de Mazuyier&nbsp;; mais Habicot, au contraire, admettait ce fait comme positif, et que le contenu devait \u00eatre proportionn\u00e9 au contenant&nbsp;: or le tombeau avait 30 pieds, donc les ossements qu\u2019il contenait devaient avoir appartenu \u00e0 un animal de cette taille.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Malgr\u00e9 tous ses efforts, il faut convenir qu\u2019Habicot n\u2019\u00e9tait pas en \u00e9tat de lutter avec Riolan, surtout dans la circonstance actuelle, et qu\u2019il fut assez loin d\u2019avoir l\u2019avantage dans cette pol\u00e9mique, laquelle, du reste, fut empreinte, des deux parts, de toute l\u2019acrimonie due \u00e0 la lutte du corps des m\u00e9decins contre les chirurgiens. Quoi qu\u2019il en soit, il resta \u00e0 peu pr\u00e8s comme d\u00e9montr\u00e9, du moins \u00e0 Paris, que les ossements trouv\u00e9s \u00e0 Chaumont n\u2019avaient jamais appartenu \u00e0 un g\u00e9ant de l\u2019esp\u00e8ce humaine, mais bien \u00e0 un animal d\u2019une grande taille, et que c\u2019\u00e9tait par supercherie que Mazuyier et son associ\u00e9 affirmaient que ces ossements avaient \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s dans un tombeau de briques avec des m\u00e9dailles de Marius et l\u2019inscription <em>Theutobochus rex<\/em>. En vain fit-il conna\u00eetre une esp\u00e8ce de proc\u00e8s-verbal sign\u00e9 de lui et d\u2019un Guillaume Asselin, sieur de La Gardette, capitaine ch\u00e2telain, et de son greffier&nbsp;; on trouva dans le proc\u00e8s-verbal m\u00eame des marques de supercherie, en ce qu\u2019il y est parl\u00e9 d\u2019un morceau d\u2019une t\u00eate de 5 pieds de long sur 10 de circonf\u00e9rence, avec des orbites de la grandeur d\u2019une moyenne assiette, et d\u2019une clavicule de 4 pieds de long, pi\u00e8ces dont il n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 question dans le r\u00e9c\u00e9piss\u00e9 donn\u00e9 \u00e0 Paris, et la discussion scientifique cessa au bout de peu de temps.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> D\u00e8s-lors Mazuyier fut sans doute oblig\u00e9 de quitter Paris et de transporter son industrie dans d\u2019autres villes&nbsp;; je ne connais cependant pas de preuves directes de ce fait rapport\u00e9 par M.&nbsp;Cuvier. Ce qui est beaucoup plus certain, c\u2019est que probablement, au bout de dix-huit mois \u00e9coul\u00e9s, il restitua tous les ossements apport\u00e9s \u00e0 Paris \u00e0 M.&nbsp;de Langon, comme il s\u2019y \u00e9tait engag\u00e9. En effet, nous trouvons, dans une lettre \u00e9crite \u00e0 l\u2019abb\u00e9 Desfontaines, le 22 d\u00e9cembre 1744 et ins\u00e9r\u00e9e dans le tome V de ses Jugements sur quelques ouvrages nouveaux, que l\u2019auteur dit positivement avoir vu ces \u00e9normes ossements. Il cite entre autres la moiti\u00e9 d\u2019un os de la jambe dans sa perfection, et dont la partie qui se joint au genou \u00e9tait aussi grosse que la t\u00eate d\u2019un homme. Il ajoute que, si le r\u00e9dacteur avait encore quelques doutes, il pourrait s\u2019adresser \u00e0 l\u2019\u00e9v\u00eaque de Grenoble, dont il \u00e9tait connu, parce que M.&nbsp;de Langon avait fait porter une partie des ossements \u00e0 Grenoble, et entre autres une dent enti\u00e8re et ses trois racines.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Enfin, dans une autre lettre du m\u00eame correspondant, en date du 19 janvier 1745, il termine par ces mots&nbsp;: \u00ab&nbsp;Au reste, M.&nbsp;le marquis de Langon [Petit-fils de celui pendant la vie duquel la d\u00e9couverte avait \u00e9t\u00e9 faite] me fait dire que, d\u00e8s qu\u2019il sera \u00e0 Grenoble, il fera voir \u00e0 M.&nbsp;l\u2019\u00e9v\u00eaque la lettre originale de Louis&nbsp;XIII, ainsi qu\u2019une dent de <em>Theutobochus<\/em>, pour en constater authenticit\u00e9.&nbsp;\u00bb<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> L\u2019histoire des ossements du pr\u00e9tendu g\u00e9ant est ensuite interrompue jusqu\u2019\u00e0 ces derniers temps. M.&nbsp;Cuvier, \u00e0 l\u2019occasion des \u00e9l\u00e9phants fossiles, donna bien un extrait de la c\u00e9l\u00e8bre dispute \u00e0 laquelle ils donn\u00e8rent lieu, et crut y trouver des preuves qu\u2019ils avaient appartenu \u00e0 un \u00e9l\u00e9phant&nbsp;; mais il n\u2019en parle qu\u2019en passant. Ce n\u2019est qu\u2019il y a deux ou trois ans que M.&nbsp;Audouin, se trouvant \u00e0 Bordeaux, fut averti par M.&nbsp;Jouannet, membre de la Soci\u00e9t\u00e9 linn\u00e9enne de cette ville, que des ossements fossiles, regard\u00e9s comme ceux sur lesquels avait \u00e9t\u00e9 \u00e9difi\u00e9e l\u2019histoire du roi Theutobochus, se trouvaient \u00e0 Bordeaux, rel\u00e9gu\u00e9s dans un grenier depuis fort longtemps. Ces deux naturalistes eurent l\u2019heureuse id\u00e9e de commencer \u00e0 s\u2019assurer de la probabilit\u00e9 de cette conjecture, en confrontant le nombre et l\u2019\u00e9tat des pi\u00e8ces avec la liste que M.&nbsp;Cuvier en avait donn\u00e9e dans ses Recherches sur les ossements fossiles d\u2019apr\u00e8s Riolan, et ils se convainquirent que cela \u00e9tait comme on le supposait. M.&nbsp;Audouin, \u00e0 son retour \u00e0 Paris, sentant toute l\u2019importance de la possession de ces ossements par le Mus\u00e9um d\u2019histoire naturelle, en parla \u00e0 l\u2019administration dont il est membre, et il fut d\u00e9cid\u00e9 qu\u2019on prierait M.&nbsp;Jouannet de vouloir bien les envoyer&nbsp;: ce qu\u2019il a fait, en sorte qu\u2019ils font aujourd\u2019hui partie de la riche collection pal\u00e9ontologique du Mus\u00e9um.<\/p>\n\n\n\n<p>Maintenant restent \u00e0 r\u00e9soudre les trois questions suivantes&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>1<sup>e<\/sup>Comment ces ossements ont-ils \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9s \u00e0 Bordeaux&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>2<sup>e<\/sup>Sont-ce bien ceux que l\u2019on a attribu\u00e9s au roi Theutobochus&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p>3<sup>e<\/sup> Enfin, \u00e0 quel animal ont-ils appartenu&nbsp;?<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Pour la premi\u00e8re question, elle est r\u00e9ellement la moins importante de toutes. L\u2019opinion, \u00e0 Bordeaux, est que ces ossements ayant \u00e9t\u00e9 apportes par Mazuyier pour \u00eatre montr\u00e9s au public, y ont \u00e9t\u00e9 abandonn\u00e9s par lui \u00e0 d\u00e9faut de paiement de son loyer, ou de dettes d\u2019une autre nature. On ajoute m\u00eame que la petite catastrophe qui frappa le malheureux chirurgien n\u2019eut lieu que parce que le public fut d\u00e9tourn\u00e9 de cette curiosit\u00e9 par l\u2019attrait beaucoup plus vif qui le portait \u00e0 aller voir Moli\u00e8re et sa troupe de com\u00e9diens. Sans doute il n\u2019est pas impossible que cette anecdote soit vraie&nbsp;; mais, pour qu\u2019il y ait concordance entre les deux points qui la composent, il faudrait admettre d\u2019abord que Moli\u00e8re ait \u00e9t\u00e9 quelque temps \u00e0 Bordeaux&nbsp;; mais surtout il serait n\u00e9cessaire de reconna\u00eetre que Mazuyer aurait port\u00e9 ces ossements \u00e0 Bordeaux au moins trente ans apr\u00e8s leur d\u00e9couverte&nbsp;; car l\u2019histoire de Moli\u00e8re nous apprend que ce n\u2019est que vers 1650, qu\u2019entra\u00een\u00e9 par son g\u00e9nie, il se fit com\u00e9dien en s\u2019associant \u00e0 quelques jeunes gens, qui depuis ont compos\u00e9 sa troupe. D\u2019ailleurs, nous avons en outre montr\u00e9 qu\u2019en 1744 les ossements du pr\u00e9tendu roi Theutobochus \u00e9taient encore \u00e0 Grenoble ou \u00e0 Langon, entre les mains de M.&nbsp;de Langon&nbsp;; en sorte qu\u2019il semblerait plus probable que c\u2019est depuis cette \u00e9poque qu\u2019ils ont \u00e9t\u00e9 transport\u00e9s \u00e0 Bordeaux par un autre que Mazuyer.<\/p>\n\n\n\n<p>La seconde question est plus int\u00e9ressante&nbsp;: sont-ce bien les m\u00eames ossements que ceux d\u00e9couverts \u00e0 Chaumont&nbsp;? Cela nous para\u00eet aussi indubitable qu\u2019\u00e0 MM.&nbsp;Jouannet et Audouin. En effet, les pi\u00e8ces que le Mus\u00e9um a re\u00e7ues sont&nbsp;:<\/p>\n\n\n\n<p>1<sup>e<\/sup> Deux demi-m\u00e2choires offrant la place de deux dents, l\u2019une enti\u00e8rement enlev\u00e9e, et l\u2019autre dont les racines sont rest\u00e9es en place&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>2<sup>e<\/sup> Des dents au nombre de deux, l\u2019une fortement us\u00e9e, et l\u2019autre \u00e0 peine sortie de l\u2019alv\u00e9ole&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>3<sup>e<\/sup> La partie sup\u00e9rieure des deux hum\u00e9rus, l\u2019un droit et l\u2019autre gauche&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>4<sup>e<\/sup> L\u2019extr\u00e9mit\u00e9 articulaire et une grande partie du corps de l\u2019omoplate&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>5<sup>e<\/sup> L\u2019extr\u00e9mit\u00e9 articulaire sup\u00e9rieure et inf\u00e9rieure avec quelques morceaux du corps d\u2019un tibia&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> 6<sup>e<\/sup> Des morceaux de deux vert\u00e8bres toutes deux costif\u00e8res et lombaires&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>7<sup>e<\/sup> Des morceaux du bassin et entre autres l\u2019\u00e9pine ant\u00e9rieure et sup\u00e9rieure de l\u2019os des iles et la branche pubienne de l\u2019ischion avec les parties d\u2019un f\u00e9mur.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u2019o\u00f9 l\u2019on voit que, quoique dans cet ensemble d\u2019ossements il y ait quelques pi\u00e8ces de moins que dans le r\u00e9c\u00e9piss\u00e9, entre autres le calcan\u00e9um, l\u2019astragale et une vert\u00e8bre, et au contraire quelques morceaux de plus, ce qui peut tenir \u00e0 ce que les pi\u00e8ces ont \u00e9t\u00e9 mal d\u00e9nomm\u00e9es, il est cependant \u00e0 peu pr\u00e8s hors de doute que ce sont bien ceux qui ont \u00e9t\u00e9 attribu\u00e9s au roi Theutobochus&nbsp;; car il serait bien difficile de croire qu\u2019un second hasard aurait port\u00e9 \u00e0 la lumi\u00e8re six ou sept pi\u00e8ces capitales exactement les m\u00eames que dans le premier.<\/p>\n\n\n\n<p><a><\/a> Quant \u00e0 la troisi\u00e8me et derni\u00e8re question, la structure des dents formant une couronne h\u00e9riss\u00e9e de plusieurs rang\u00e9es de tubercules en mamelons, et port\u00e9e par de v\u00e9ritables racines, ne peut laisser aucun doute sur le genre de mammif\u00e8res auquel ces ossements ont appartenu&nbsp;: c\u2019\u00e9tait un mastodonte, et non un \u00e9l\u00e9phant comme M.&nbsp;Cuvier l\u2019avait pens\u00e9 \u00e0 tort, n\u2019ayant, il est vrai, pour porter son jugement, que le poids et une appr\u00e9ciation grossi\u00e8re de la grandeur de la dent principale. Toutefois le fait soigneusement relat\u00e9 de l\u2019existence des racines aurait pu le mettre sur la voie, et l\u2019on con\u00e7oit comment Habicot et ses partisans avaient \u00e9t\u00e9 port\u00e9s \u00e0 soutenir la supercherie de Mazuyer, en remarquant que ces dents \u00e9tant pourvues de racines et de tubercules \u00e0 la couronne avaient r\u00e9ellement quelque ressemblance avec des dents d\u2019homme, surtout pour des anatomistes qui ne poss\u00e9daient \u00e0 cette \u00e9poque aucun \u00e9l\u00e9ment de comparaison.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi, d\u00e8s 1613, il avait \u00e9t\u00e9 d\u00e9couvert en France, dans un terrain d\u2019alluvion, des restes fossiles nombreux d\u2019un v\u00e9ritable mastodonte, semblable \u00e0 celui de l\u2019Ohio dans l\u2019Am\u00e9rique septentrionale&nbsp;; fait qui ne s\u2019est pr\u00e9sent\u00e9 depuis que d\u2019une mani\u00e8re beaucoup moins compl\u00e8te, puisque, parmi les restes europ\u00e9ens de mastodontes, c\u2019est \u00e0 peine si l\u2019on cite quelques fragments de m\u00e2choire adh\u00e9rents aux dents recueillies en assez grand nombre dans le midi de la France.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">H. D. de Blainville<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><br><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><strong>Sources&nbsp;:<\/strong><\/p>\n\n\n\n<ul class=\"wp-block-list\">\n<li>https:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k278128.texte\/discours_v\u00e9ritable_de_la_vie,_mort,_et_des_os_du_g\u00e9ant_Theutobocus<\/li>\n\n\n\n<li>https:\/\/archive.wikiwix.com\/cache\/index2.php?url=http%3A%2F%2Fpasseurdesciences.blog.lemonde.fr%2F2013%2F01%2F13%2Fteutobochus-le-geant-qui-nen-etait-pas-un%2F<\/li>\n<\/ul>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;\u00e9nigme du g\u00e9ant Theutobocus Le 11 janvier 1613, des ouvriers qui travaillaient dans une sablonni\u00e8re dauphinoise voisine du ch\u00e2teau de Chaumont, \u00e0 proximit\u00e9 des villes de Montricaut et de Serre, non loin de Romans, exhumaient d&rsquo;\u00e9tranges ossements \u00e0 environ six m\u00e8tres de profondeur. 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