L’enquête de 1788 à Aouste sur Sye

L’ENQUETE DE 1788 A AOUSTE SUR SYE





En mai/juin 1788, l’assemblée provinciale adressa aux toutes nouvelles municipalités élues un questionnaire commun destiné à appréhender au mieux les besoins et préoccupations des paroisses. Ce questionnaire évitait le plus possible le filtre de la noblesse et du clergé, fervents partisans du status-quo. Les réponses contenaient en filigrane les futurs cahiers de doléances.

Les Etats de la province, tenus à Romans, sont chargés de l’administration du Dauphiné. Entre les sessions des Etats une commission intermédiaire de cinq membres (présidée par Falquet-Travail, propriétaire de la forêt de Saoû, futur maire de Crest, futur sous-préfet) assure le suivi. Elle envoie aux communautés un questionnaire qui tiendra lieu. au moment voulu, de « cahiers de doléances » pour ce qui concerne le Dauphiné.

Ce document est très important en ce sens qu’il nous donne une image, restreinte certes, mais fiscale et sociale de la paroisse à la veille de la Révolution.

 


Réponses de la commune d’Aouste au questionnaire de 1788 de
la commission intermédiaire du Dauphiné.



La commune est étendue de 1/4 de lieue de l’orient à l’occident, d’une lieue du nord au midi .

La population est d’environ 1200 âmes.

Il n’y a aucune accoucheuse instruite. On a recours dans le besoin en la ville de Crest distante d’une demi-lieue.

On ne se rappelle pas d’une maladie épidémique ; on pratique assez souvent, depuis quelques années, l’inoculation de la petite vérole .

Les bâtiments se construisent à chaud et à sable. Toutes les maisons sont recouvertes en tuiles, fabriquées à une lieue et demie. Le prix commun pour une toise de couvert est de huit livres.

Le sol est rude et assez ingrat. Pour ce qui est en culture la majeure partie produit du froment. le quart du territoire est en hermes ou broussailles, un autre quart environ assez léger propice pour la vigne. On perçoit du blé froment, de seigle, d’épeautre rouge, de l’orge, des légumes et des tramois tels qu’avoine, vesson et autres et du vin. Il n’y a d’arbres que des mûriers à la culture desquels on s’ y adonne beaucoup.

Quelques noyers d’ assez belle venue.

Les grains servent à la nourriture des habitants. Les pommes de terre y sont également d’un grand secours.

La consommation excède le produit du sol. On tire ce qui manque des marchés de Crest ou de la montagne.

On vend un peu de vin dans les villages circonvoisins que l’on exporte par le moyen des bêtes à charge.

Les cocons sont en excédent, les filatures produisent des soies achetées sur place par des négociants.

Il y a trois foires, le 20 avril, le 1er octobre et 1er décembre.

Il y a quelques bois taillis qui appartiennent à des particuliers ; les communaux, à peu près 120 sétérées (environ 28 hectares). sont en très mauvais état. Ces bois sont insuffisants, il faut acheter dans les villages autour.

La seule possession immobilière de la commune : deux cimetières qu’on arrente quarante deux livres annuellement.

Les cours d’eau : Le torrent de Gervanne arrose la majeure partie des prairies de l’endroit mais les eaux en sont extrêmement rongeantes ce qui oblige d’appliquer du fumier sur les prairies. La rivière de Drôme ne sert point du tout à l’arrosage des fonds des habitants. Quelques forains seulement dont les possessions se trouvent du côté de Crest peuvent s’en servir. Cette rivière cause de très grands dégâts dans la communauté. Un mas appelé saint Pierre, presque tout en prairie et le plus précieux du territoire souffre considérablement et déjà une partie est en graviers. Une digue pourrait garantir le restant de ce mas, mais comme les propriétaires sont très bornés dans leurs facultés et comme les dépenses excéderaient l’avantage réel, il a été impossible de faire des démarches pour faire cette réparation, à la vérité des plus urgentes mais impossible sans le secours efficace de la part de l’’administration.

Le territoire au-dessous d’Aouste du côté de Crest, et sur les deux rives de la Drôme, ne souffre pas moins, cette rivière y a causé les dégâts les plus affreux. Les propriétaires, tous forains, avaient entrepris la construction d’une digue en pierre…

Il y a quatorze paires de bœufs, cinquante chevaux ou mulets pour la culture des biens et environ douze cents moutons ou brebis, les pâturages étant tres limités. Les maréchaux d’Aouste forgent les outils nécessaires à l’agriculture et s’occupent au ferrage des chevaux et mulets.

Les activités : exploitation des terres, filature des cocons et d’autres petits commerces rompus; deux fabriques de papier, une petite filature en coton.

La communauté n’a pas d’autres revenus que quelques modiques pensions formant à peu près un produit annuel de soixante livres. La plupart des redevables refusent même de se libérer faute de l’exhibition des titres qui se trouvent en partie égarés… Les charges de la commune sont d’environ 450 livres (arrêt de la cour du 16 mai 1733). Mais elles ont augmenté et se portent au moins à six cent livres. La communauté paye aussi un intérêt annuel de 165 livres 12 sols, soit aux dames religieuses de Sainte Ursule de Die, soit à l’hôpital de Crest, soit enfin à M. Richard.

Les revenus des pauvres consistent uniquement à la vingt-quatrième que l’on distribue le mardi de la semaine sainte.

Il y a un maître d’écoles que la communauté paye 250 livres par an.

 

Questionnaire « mendicité » en 1790



Population : 1150 habitants (256 feux), 40 vieillards hors d’état de travailler, 10 infirmes, 55 enfants de pauvres (moins de 14 ans), 8 pauvres malades.

Terroir très peu productif.

On réclame de faire revivre les fabriques de laine, d’établir une manufacture de soie.
Le chemin pour accéder à Crest est souvent impraticable en hiver.




Sources :Résumé par Elisabeth Voreppe d’après le document des Archives départementales confié par Robert Serre



Notes :

1 – tramois : mélange de grains comme orge, avoine, seigle, méteil, ainsi appelé car il ne reste que trois mois en terre.
2 – vesson : légumineuse, généralement pois chiche, la plus utilisée en inter-cultures, souvent en association avec des graminées.
3 – sétérée : elle vaut à Aouste 0,2277 hectare soit, pour une superficie totale du territoire, 3536 sétérées 1 quarte et 4 – civayers suivant le « Mémoire concernant les Généralités du Royaume pour le Dauphiné » de l’Intendant Bouchu, ce qui donne environ 805,15 hectares.
4 – feux : en Dauphiné, par conséquence pour Aouste, la notion de « feu » n’évoquait nullement la notion de famille ou ménage mais désignait un ensemble de propriétés immobilières de toute nature.
5 – rompu : Interrompu.  » Tout commerce est quasi rompu [à cause des mauvais chemins] dans cette province  » 

 
Après l’enquête de 1788 sur la situation économique d’Aouste, la communauté d’Aouste établit en 1793 un barème des salaires et des prix applicable sur la commune.

 


Subsistance et prix à Aouste




En 1791, la commune ayant subi de mauvaises récoltes de grains et de vin ainsi qu’une inondation catastrophique, les 18 et 19 novembre 1791, causant une perte importante pour le village l’obligeant à demander un secours au département. A la suite de ces calamités la communauté devra acheter 200 setiers de grains et déterminera la création d’un  » bureau de subsistances  » pour évaluer les besoins de la population.

La communauté a évalué les besoins annuels de la population à 2039 setiers de froment, 265 setiers de farine, 90 setiers de méteil, 137 setiers 1/4 de seigle, 57 setiers 3/4 d’orge, 33 setiers d’avoine, 3 setiers de maïs, 6 setiers 1/4 de blé noir et 2012 quintaux de pomme de terre.

En 1793, Aouste sur Sye avait une population de 1072 individus où l’ on dénombrait 252 chefs de familles.

* fabricant de panier, de corbeille
** sellier, bourrelier
*** fabricant d’étoffe légère en soie ou en coton



Des salaires et des prix


Des prix …

 

Le 8 brumaire An II (27/10/1793) le District établit le coût maximum des denrées comme suit :



Des salaires …


En ce qui concerne les salaires, il est décidé d’en fixer le taux comme suit :
 

  • une journée de labour avec une paire de bœuf set un conducteur :

du 1er novembre au 1er août : 6 livres
du 1er août au1er novembre : 6 livres 15 sols

  • une journée de charroi avec une paire de bœuf set un conducteur :

du 1er novembre au 1er août : 6 livres 15 sols
du 1er août au1er novembre : 7 livres 10 sols

  • une journée de menuisier : 2 livres 5 sols
  • manœuvrier : du 1er novembre au 1er avril:1 livre 7 sols

  du 1er avril au 1er novembre : 1 livre 16 sols

  • ouvrier cordonnier pour une paire de soulier à façon : 2 livres /jour
  • tailleur d’habit :

à façon : 4 livres 10 sols
veste croisée : 2 livres 5 sols
culotte : 1 livre 10 sols
gilet : 1 livre
veste non croisée : 1 livre 16 sols
guêtres : 18 sols

  • tisserand de toile :

toile fine le rang : 2 livres 5 sols
toile moyenne : 1 livre 10 sols
toile grosse : 1 livre 4 sols
serviette : 1 livre 12 sols

  • fileuse de soie : 18 sols par jour
  • marchand tailleur et ouvrier nourri : 15 sols par jour
  • fille couturière : nourrie : 9 sols par jour
  • femme à la journée nourrie : 9 sols 
    • non nourrie : 18 sols
  • domestique homme 1ere classe : 150 livres par an

2eme classe : 108 livres par an

  • domestique femme  1ere classe : 72 livres par an

  2eme classe : 60 livres par an

  • façon de sabots pour homme : 9 sols

   femme : 9 sols 6 deniers

  • maréchal : ferrage d’une monture à l’année : 7 livres 10 sols

      relevée pour chaque fer : 4 sols 6 deniers

  • cardeur en débris de soie :

bourette : 18 sols la livre
 » frison  » : 1 livre 7 sols
 » bourre  » de soie : 1 livre 4 sols

  • fileuse : rolle 15 sols la livre

étoupe fine : 13 sols 6 deniers
étoupe grosse : 8 sols
filoselle : 4 livres 10 sols
frison 3 livres 7 sols 6 deniers
bourre de soie : 3 livres
bourette : 1 livre 4 sols

  • tisserand de ratine :

large de 50 à 60 aunes : 18 livres
étroite même largeur : 13 livres 10 sols  

  • cardeur de laine : 4 livres 12 sols

pelote : 4 sols la livre

  • fileuse de laine :

pour battre la laine : 6 livres 2 sols 3 deniers ourdissage d’une pièce : 18 sols

  • maître papetier : 135 livres par an
  • meunier : ancien usage : 1 livre de grain sur 40 livres

pour 1 quintal de blé froment : 6 sol 1 denier pour 1 quintal de méteil : 5 sols 1 denier pour 1 quintal de seigle : 4 sols 3 deniers pour 1 quintal d’orge : 4 sols pour 1 quintal de blé de Turquie : 3 sols 7 deniers pour 1 quintal de blé noir : 3 sols 1 denier pour 1 quintal d’avoine : 6 sols 1 denier pour 1 quintal d’épeautre : 6 sols 1 denier pour chaque pressée d’huile de noix : 3 sols

  • étamine en toutes couleurs :

 « chiffe » en soie : 2 livres 5 sols
filoselle : 1 livre 10 sols
en laine : 1 livre 1 sol